Allemagne : la chasse aux derniers nazis relancée par voie d'affiches

Publié le par Midi Libre

Midi Librepublié le 23/07/2013 à 09 h 39

68 ans après la fin de la Seconde guerre mondiale, la traque aux derniers criminels nazis est relancée en Allemagne par une campagne d'affichage.



L'affiche nommée opértion last chance

L'affiche nommée "opération de la dernière chance" a pour but de retrouver les derniers nazis encore en vie. (Centre Simon-Wiesenthal)

 

Les affiches, placardées à partir de mardi, montrent une photo en noir et blanc de l'entrée du camp d'extermination nazi d'Auschwitz-Birkenau, sous le titre "Opération dernière chance". La campagne, prévue dans les grandes villes du pays, a été lancée par le Centre Simon-Wiesenthal, l'ONG qui notamment établit chaque année une liste des anciens bourreaux du Troisième Reich les plus recherchés.

Soixante nazis pourraient encore être arretés

"Des millions d'innocents ont été assassinés par des criminels nazis. Quelques-uns des auteurs sont libres et en vie! Aidez-nous à les faire comparaître devant la justice", peut-on y lire. Suit un numéro de téléphone. Une récompense allant jusqu'à 2.000 euros est promise pour toute information d'importance. "Nous n'avons plus beaucoup de temps. Deux ou trois ans au maximum", explique l'historien Efraim Zuroff, directeur du Centre Simon-Wiesenthal en Israël et l'un des "chasseurs de nazis" les plus connus dans le monde. Selon lui, une soixantaine de personnes pourraient être poursuivies, alors que les crimes nazis sont imprescriptibles en Allemagne. "Il y a eu environ 6.000 personnes qui ont travaillé dans les camps ou les Einsatzgruppen", détaille l'historien. "On estime que 2% d'entre elles sont encore en vie, soit 120 personnes et la moitié ne peuvent pas être poursuivis pour des raisons médicales, cela fait donc 60 restants".

Une justice trop tardive?

Deux cas, en Hongrie et en Allemagne, ont récemment montré que la quête de justice ne connaissait pas de répit. Mi-juin, le Parquet de Budapest a mis en accusation Laszlo Csatari, 98 ans, pour son rôle présumé dans la déportation de 12.000 juifs vers les camps de la mort. le vieillard, qui nie les accusations, avait été arrêté il y a un an après que la justice hongroise eut été alertée par Efraim Zuroff. Son procès devrait commencer mi-septembre. En Allemagne fut interpellé début mai Hans Lipschis, 93 ans, soupçonné de complicité de meurtres dans le camp d'Auschwitz où il aurait été gardien. Le nonagénaire affirme qu'il y était cuisinier. Son arrestation a réveillé un débat en Allemagne sur le sens d'une justice aussi tardive. Certains ont évoqué leur malaise de voir poursuivis des vieillards quasi-grabataires.

Une justice expéditive

L'ancien gardien du camp de Sobibor John Demjanjuk, condamné en 2011 à 5 ans de prison et mort un an plus tard, avait ainsi comparu en chaise roulante ou sur un brancard --une mise en scène selon certains. Son verdict a créé une jurisprudence sur laquelle compte le Centre Wiesenthal: en tant que garde à Sobibor il fut jugé co-responsable des meurtres qui y furent perpétrés, malgré l'absence de preuve et de témoin. Un "principe soviétique, et non démocratique", qui laisse une "amertume" dans la bouche d'un autre célèbre chasseur de nazis.

6500 condamnations depuis la fin de la guerre

 Depuis le procès des principaux responsables du Troisième Reich à Nuremberg (1945-1946), 106.000 soldats allemands ou nazis ont été accusés de crimes de guerre. Quelque 13.000 ont été jugés et la moitié d'entre eux condamnés, selon l'Office allemand chargé d'élucider les crimes nazis, basé à Ludwigsbourg (sud-ouest). Quelque 6 millions de juifs ont été exterminés par les nazis.

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