Ben Laden dix ans de cavale…

Publié le par Metro

Ben Laden dix ans de cavale, des planques au Pakistan et quatre accouchements… La plus jeune des femmes du défunt leader d'al-Qaïda, mère de cinq de ses enfants, a raconté leurs dix ans de fuite.

Ben Laden Oussama2On ne savait pas grand-chose du parcours d'Oussama Ben Laden, l'ex-leader d'al-Qaïda, de sa disparition, après les attentats du 11 septembre 2001, à sa mort, le 2 mai 2011, à Abbottabad, au Pakistan, sous les balles d'un commando américain, cependant l'une de ses trois femmes a récemment levé une partie du voile.

En substance, on retiendra que durant cette presque décennie, Ben Laden n'a pas tant trouvé refuge dans les grottes de montagnes afghanes, où les Américains et la coalition de l'Otan l'ont traqué, que dans des villes du Pakistan voisin. On notera aussi qu'en fuite ou pas, l'ex-ennemi public numéro un avait trouvé moyen d'engendrer au moins quatre enfants, et de faire accoucher leur mère dans des hôpitaux publics, ce qui pourrait suggérer qu'il a bénéficié sur place d'appuis haut placés.


La plus jeune des épouses Ben Laden s'ouvre à des policiers...

L'ex-chef de l'organisation terroriste avait plusieurs épouses, deux Saoudiennes, comme lui, et pour la plus jeune, une Yéménite aujourd'hui âgée de trente ans, Amal Abdulfattah. Des trois veuves, appréhendées par les Américains dans la maison où Ben Laden a été tué et remises aux autorités pakistanaises, de sources sécuritaires locales, les deux aînées se sont murées dans le silence, mais la cadette a été plus coopérative.

En témoigne un rapport de police, daté du 19 janvier, que l'AFP a pu consulter vendredi 30 mars. Pour la situer, Amal Abdulfattah, qui est issue d'une famille de dix-sept enfants, a expliqué aux policiers pakistanais qu'elle avait voulu "se marier avec un moudjahidine", entendez par là un "combattant de l'islam", en l'occurrence engagé dans une croisade contre l'Occident. De sources américaines, durant le raid contre Ben Laden, elle aurait été blessée par balle en tentant de faire opposition de son corps pour le protéger.

Cachés du nord au sud du Pakistan, apparemment sans grande difficulté...

A lire son procès verbal, la jeune femme était entrée au Pakistan, en toute légalité, en juillet 2000. De là, elle avait gagné Kandahar, au sud de l'Afghanistan, qui était alors la capitale du régime taliban, où elle avait épousé Oussama Ben Laden et s'était installée avec lui, et ses deux autres compagnes.

Un an plus tard, après l'attaque, entre autres, du World Trade Center, la petite famille du commanditaire des attentats avait dû se disperser. On ne sait pas ce qui est alors advenu de son mari, mais pour ce qui la concerne, Amal a raconté que pendant huit à neuf mois, sous la supervision de Saad, le fils aîné du terroriste, avec l'aide de familles du cru, elle avait été hébergée dans "six à sept" résidences de Karachi, la plus grande ville du pays, tout au sud, sur la côte de la mer d'Oman, où les réseaux djihadistes ont des connexions. Avec elle : Safia, la première fille née de son union avec Ben Laden.

Courant 2002, mère et fille auraient rejoint le patron d'al-Qaïda et le reste de sa famille polygame à Peshawar, la plus grande ville du nord-ouest du Pakistan, et ne l'ont plus quitté jusqu'à sa mort. Pendant trois ans, ils auraient séjourné dans la région, au sens très large, d'abord, pendant neuf fois dans la province de Swat, puis pendant environ deux ans à Haripur, à une heure et demie de route, au nord de la capitale, Islamabad. Enfin, c'est en 2005 qu'ils se seraient installés dans la ville plutôt cossue d'Abbottabad,où leur cavale a donc pris fin en mai 2011.

Accouchée à l'hôpital, grâce à des pontes pakistanais ?

Durant ces années, Ben Laden, qui, au total, a laissé derrière lui une bonne vingtaine d'enfants, en a eu quatre avec sa jeune épouse yéménite : Aasia, née en 2003 à Haripur, comme Ibrahim, né un an plus tard au même endroit, puis Zainab et Hussain, encore une fille et un garçon, qui ont respectivement vu le jour en 2006 et 2008 à Abbottabad.

Chose troublante : dans son témoignage aux policiers pakistanais, au moins pour les deux premières naissances, la mère raconte qu'elle a accouché dans des hôpitaux publics pakistanais, certes, pas au grand jour, mais lors d'escapades de "deux ou trois heures", en toute clandestinité. De quoi tout de même alimenter les soupçons des Etats-Unis, dont le secrétaire à la Défense, Leon Panetta, a encore récemment déclaré qu'au coeur des autorités pakistanaises, quelqu'un savait certainement où se terrait Ben Laden, même s'il n'en avait pas la "preuve indiscutable".

Au pire, les épouses feront un peu de prison et seront expulsées...

Dernier point, pour ce qui est du sort de la jeune femme à qui l'on doit ce récit et des autres épouses de Ben Laden : elles n'ont pas été vues en public depuis près d'un an. Selon la presse pakistanaise, les veuves et leurs enfants, en tout cas les cinq d'Amal, vivraient actuellement en "résidence surveillée" à Islamabad. Selon leur avocat, la justice pakistanaise n'aurait rien d'autre à leur reprocher que leurs entrées et leurs séjours illégaux sur le territoire et pourrait à ce titre les inculper et décider de leur expulsion, éventuellement au terme d'une peine de prison.

Côté américain notamment, la façon dont sont détenus, et privés de tout contact, cette femme, ses deux "homologues" et leurs enfants, et le doute persistant sur leur sort, loin de satisfaire, nourrit les soupçons quant à une éventuelle collusion entre l'armée pakistanaise et al-Qaïda ou consorts.

Publié dans Articles de Presse

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