Capri Agnès

Publié le par Mémoires de Guerre

Sophie Rose Fridmann dite Agnès Capri née le 15 avril 1907 à L'Arbresle (Rhône) et décédée le 15 novembre 1976 à Paris 7ème, est une actrice, chanteuse, directrice de théâtre, productrice de radio et écrivain.

Capri Agnès

Carrière

Agnès Capri est issue d’une famille juive qui a fui la Révolution russe. Adolescente, elle prend d’abord des cours d’art dramatique chez Charles Dullin et Louis Jouvet, et s’initie au chant dès l’âge de seize ans à la célèbre Schola Cantorum. Imprégnée d’idées révolutionnaires, elle devient membre de l’Association des Artistes et Écrivains Révolutionnaires (AAER) et fréquente à cette occasion Paul Nizan, Louis Aragon, Jacques Prévert et Max Ernst. Elle se constitue alors un répertoire en puisant dans les textes d'auteurs considérés alors comme des poètes et écrivains sulfureux ou d'avant garde : Jacques Prévert, qu'elle a rencontré au groupe Octobre, Raymond Queneau, Robert Desnos, Paul Éluard, Henri Michaux, Guillaume Apollinaire ou Léon-Paul Fargue. Elle ajoute à son répertoire des textes d'Erik Satie.

Elle rencontre à 22 ans en 1929, Georges Pomiès dont elle tombe amoureuse et dont elle devient une admiratrice farouche ("mais à vingt-deux ans j'avais déjà rencontré Georges Pomiès qui littéralement me foudroya par son regard bleu et sa personnalité étincelante. Ses sœurs l'appelaient Ariel."). En 1935, elle se lance dans la chanson au Bœuf sur le toit, cabaret ouvert à l’initiative de Jean Cocteau, où elle interprète les premières compositions de Jacques Prévert. Le succès est immédiat et le tout Paris se précipite pour écouter cette jeune femme dont la voix et le répertoire sont très vite reconnus.

Dans la foulée, Agnès Capri est programmée à l’A.B.C. (où elle fait scandale le jour de Pâques pour avoir récité le poème de Jacques Prévert Pater Noster (Notre Père qui êtes aux cieux, restez-y !). Elle est soutenue à cette époque par Charles Trenet qui dans les salles où elle se produit, réclame les textes que la direction veut lui supprimer (Adrien de Jacques Prévert, entre autres) ! Elle se produit également sur la scène de l’Opéra bouffe, avant d’ouvrir, en 1938, son propre lieu, Le Petit Théâtre de nuit (en hommage à Mozart), rue Molière à Paris, qui devient vite le Théâtre Chez Agnès Capri pour ses habitués. C'est dans cet endroit révolutionnaire qu'elle retrouve plusieurs artistes surréalistes et amis du Groupe Octobre comme Jacques Prévert, Michel Vaucaire et Joseph Kosma. C'est à cette époque qu'elle enregistre ses premiers disques au Chant du Monde et chez Columbia.

L’arrivée de la guerre la contraint à fermer Le Petit Théâtre de nuit (elle est d'origine Juive) et faute de pouvoir chanter en zone libre, elle quitte Paris pour se réfugier en Algérie où elle présente des spectacles de chansonniers et anime les spectacles de l’Opéra d’Alger (un théâtre) avec l’aide de Jacques Canetti, grand découvreur de talents qui travaillera plus tard pour Polydor avant de fonder son propre Label (Jacques Canetti présente). Elle revient à Paris en 1944, et prend en 1945 la direction du Théâtre de la Gaîté-Montparnasse auquel elle donne le nom de Théâtre Agnès Capri. Elle y reste jusqu'en 1949, date à laquelle elle réinstalle son cabaret (Chez Agnès Capri, rue Molière) où se produiront entre autres Germaine Montero dans son répertoire espagnol, Jean Sablon, Catherine Sauvage, Cora Vaucaire, Mouloudji, Serge Reggiani, Juliette Greco, Marc Ogeret, Pierre Louki, qui y chante, entre autres, La Môme aux Boutons, Georges Moustaki et les Frères Jacques qui y remportent leurs premiers succès.

La concurrence lui impose hélas en 1958 de fermer son cabaret. En 1958, parait un roman de Nicole Louvier, qui a chanté chez Agnès Capri, intitulé La mort d'un théâtre, dans la collection Les Œuvres libres, éditées par Fayard. Cependant, elle continue jusqu'à sa mort sa carrière de chanteuse et comédienne et enseigne son savoir au théâtre de l’Epée de Bois, devient productrice de radio, continue à enregistrer quelques disques et se met à l'écriture. Elle fréquente L'Écluse après guerre, puis devient femme de radio créant entre autres la fameuse émission Le Pays de Papouasie durant le mois d'août 1954, récit de voyage improbable, où de sa voix haut perchée, proche de celle de Danielle Darrieux ou de Mireille, elle raconte ses découvertes en y insérant des chansons de Prévert, ses propres chansons, des lectures de poèmes ou d'adaptations de poèmes. Elle contribua beaucoup à la reconnaissance de Jean Tardieu et de François Billetdoux.

Agnès Capri, est aussi auteur de nombreuses chansons (« La Grande Opéra », « Laisse parler Jacob », « Il m'a toujours dit à demain ») et peut véritablement être considérée comme l’une des pionnières de la chanson au féminin. Elle fut une des premières interprète de Prévert, sinon la première. En 1975, elle publie la première partie de ses mémoires Sept épées de mélancolie qui paraissent chez Julliard, et est reçue à l'occasion par Jacques Chancel pour une Radioscopie spéciale Agnès Capri, où elle revient sur son parcours, ses amours, ses rencontres. La seconde partie devait être consacrée à son parcours artistique depuis l'après guerre.

Filmographie

  • 1937 : Drôle de drame de Marcel Carné (la chanteuse des rues)
  • 1967 : Le Dimanche de la vie de Jean Herman
  • 1969 : La Voie lactée de Luis Buñuel
  • 1972 : Hellé de Roger Vadim
  • 1972 : Le Moine d'Ado Kyrou
  • 1974 : Le Fantôme de la liberté de Luis Bunuel

Théâtre

  • 1933 : Liebeleï d'Arthur Schnitzler, mise en scène Georges Pitoëff, Théâtre du Vieux-Colombier
  • 1933 : La Polka des chaises de Ronald Mackenzie, mise en scène Georges Pitoëff, Théâtre du Vieux-Colombier
  • 1934 : Tessa, la nymphe au cœur fidèle adaptation Jean Giraudoux d'après Basil Dean et Margaret Kennedy, mise en scène Louis Jouvet, Théâtre de l'Athénée
  • 1935 : Ce soir on improvise de Luigi Pirandello, mise en scène Georges Pitoëff, Théâtre des Mathurins
  • 1955 : À la nuit la nuit de et mise en scène François Billetdoux, Théâtre de l'Œuvre
  • 1935 : L'Étrange Nuit de Rockland de Howard Irving Young, Théâtre des Deux Masques
  • 1960 : Une demande en mariage de Simone Dubreuilh, mise en scène Michel de Ré, Théâtre de l'Alliance française
  • 1967 : Black Comedy de Peter Shaffer, mise en scène Raymond Gérôme, Théâtre Montparnasse
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