Ce furent des républicains espagnols qui entrèrent les premiers dans Paris le 24 août 1944

Publié le par L'Humanité par Patrick Sommier

Patrick Sommier Directeur de la MC93 Bobigny, maison de la culture de Seine-Saint-Denis.

Patrick Sommier Directeur de la MC93 Bobigny, maison de la culture de Seine-Saint-Denis.

Patrick Sommier Directeur de la MC93 Bobigny, maison de la culture de Seine-Saint-Denis.

«Un jour, l’amour s’est enfui, dans la grande surface de la vie… où tu n’iras pas, c’est promis, faire ton marché un lundi… » Il s’appelait Étienne Roda-Gil. Ces lignes de fuite, de nuages et d’amour, il les écrivit pour l’album qui scella l’amitié retrouvée d’Étienne et de Julien. En 2014, cela fera dix ans que mon pote, mon frère, mon camarade de nuit et d’alcool Roda repose au cimetière du Montparnasse à côté de Nadine, sa femme au regard de source bleue, si belle, talentueuse, si férocement courageuse devant la mort. Roda aimait William Blake et les préraphaélites, les poètes russes et les rockers anglais. Il était fier de la Catalogne, de son père combattant antifranquiste de la CNT, interné en 1939 au camp de Septfonds, près de Montauban. Mais ce dont il était le plus fier, Roda, c’était que ce furent des républicains espagnols qui entrèrent les premiers dans Paris le 24 août 1944.

Ils composaient la 9e compagnie du régiment de marche du Tchad intégré dans la 2e DB à bord de halftracks qui avaient pour noms Guadalajara, Madrid, Teruel, Guernica, Ebro. De sa maison, rue Cassini, on voyait le dôme de l’Observatoire et les marronniers de la Maison des gens de lettres. On se retrouvait au Petit Luxembourg pour des parties de boules qui s’achevaient à La Closerie. Dans la bande, les frères Stavridès, Jean-Marc Roberts, merveilleux déconneur, et Vlad, le plus jeune fils de ses fils, guitariste déjanté, beau et généreux. Quand il est mort, une sorte d’omerta s’est abattue sur lui… des histoires de droit ou d’argent. Un comble, pour lui qui avait un souverain mépris pour les porteurs de Sicav. Un de ses plus beaux écrits fut cet hommage au poète russe Sergueï Essenine, qu’il adapta pour Angelo Branduardi, Confessions d’un malandrin : « Bonne nuit, faucille de la lune, Brillante dans les blés qui te font brune, De ma fenêtre j’aboie des mots que j’aime Quand dans le ciel je te vois pleine. La nuit semble si claire Qu’on aimerait bien mourir pour se distraire. » Le 28 mai 2014, à la Maison de la culture MC93, à Bobigny, nous lui dirons nos mots d’amour et d’espoir.

Publié dans Articles de Presse

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