Darlan : un cumulard seconde Pétain

Publié le par L'Ardennais

Darlan : un cumulard seconde Pétain

Il a manœuvré pour être le nouveau dauphin du Maréchal. Il est parvenu à ses fins. Son équipe ne présente pas de grandes surprises. Le tombeur de Laval, Bouthillier est maintenu aux Finances et à l'Economie. En revanche, Raphaël Alibert est remplacé comme garde des Sceaux par un juriste professeur des universités Joseph Barthélemy. Le général Huntziger conserve le ministère de la Guerre ce qui ne sied qu'à moitié à l'amiral bien décidé à le placer sous surveillance. L'ex-cégétiste René Belin est confirmé au ministère du Travail. Pierre Pucheu fait son entrée à la Production industrielle. C'est un ancien proche de Jacques Doriot dont il a été le trésorier pour développer le PPF en obtenant d'importants soutiens auprès des milieux patronaux.

Lamiral Darlan entouré de Vuillemin et Gamelin

Lamiral Darlan entouré de Vuillemin et Gamelin

Ce remaniement déçoit les milieux collaborationnistes qui parlent de colmatage et dénoncent un gouvernement insuffisamment renouvelé. On lui reproche d'entrée de ne pas avoir créé le grand ministère de l'Action franco-allemande qui était recommandé par Berlin et Otto Abetz. Pierre Laval en profite pour exprimer sa profonde déception et considérer que ce n'est pas ainsi que la Révolution nationale va être au service de la nouvelle Europe. On le soupçonne même d'être à l'origine d'une campagne de dénonciations des agents des trusts judéo-anglophiles au sein du gouvernement ! L'amiral Darlan remet à l'ambassadeur d'Allemagne un cahier de doléances qui recense l'ensemble des souhaits formulés depuis l'armistice et qui n'ont pas été satisfaits. Abetz ne s'embarrasse pas de formules diplomatiques pour indiquer à son interlocuteur qu'il n'a pas le pouvoir de trancher : « J'expédie les réclamations françaises à Berlin ! » annonce-t-il sur un ton badin.

Laval poursuit son travail de sape et indique à ses amis allemands que son retour à Vichy aurait permis des aménagements significatifs pour engager une collaboration franche et utile aux deux pays. L'ancien vice-président du Conseil parie : « Le ministère Darlan sera éphémère, il est composé de trop de gens mous ». L'amiral ne pipe mot mais mène avec une rare discrétion des intrigues aussi condamnables que celles, publiques, d'un Laval nostalgique de ses responsabilités d'hier.

Un dauphin impulsif

L'amiral Darlan n'est pas un facile. Ceux qui le connaissent bien le décrivent comme un impulsif capable de colères homériques. Au cours d'une conversation où son propos ne semble pas faire l'unanimité, il est capable, pour rétablir un rapport de forces en sa faveur, d'être d'une rare violence verbale. Il sait que ses propos dépassent souvent sa pensée aussi effectue-t-il des revirements spectaculaires pour éviter de cristalliser les hostilités. Pour d'autres, cette façon d'être atteste ses facultés de louvoiement qu'il a déployées depuis son entrée au gouvernement le 16 juin 1940 comme ministre de la Marine militaire et de la Marine marchande. Au fil des mois, il devient un architecte discret de la collaboration mais il en discerne les limites et surtout ressent une hostilité grandissante au sein de la population. Il s'impose comme le vrai chef du gouvernement parce que deux semaines avant sa prise de fonction, il a été officiellement désigné par l'Acte constitutionnel n°4 « quater » successeur éventuel du Maréchal.

Le voici à la tête d'un pays rationné, qui a faim et froid et attend toujours le retour d'environ 1.500.000 prisonniers ! Cet autodidacte né à Nérac dans la Lot-et-Garonne a réussi une ascension stupéfiante dans la marine. Il est un carriériste assumé et confie à ses camarades stupéfaits par ses promotions météoriques : « Je suis l'officier le plus pistonné de toute la marine » ! Il a aussi des qualités. C'est un organisateur-né, il aime les dossiers bétonnés mais préfère le travail avec une équipe restreinte qui compose aussi un réseau les « Amis de Darlan ». Même s'il se tait, il a en réalité un programme politique très précis. Il ne livrera pas la flotte française aux Allemands. Il ne leur accordera rien qui soit contraire aux intérêts du pays. A ceux qu'il interroge, il tempère mais affirme toutefois : « Je n'accorderai rien sans contrepartie ». Il n'exclut pas une négociation permanente avec l'occupant pour obtenir quelques concessions utiles à la paix intérieure. A son premier cercle il déclare : « Jamais je ne céderai un pouce de la souveraineté française, ni dans la métropole, ni dans l'Empire ».

L'ambition est réelle mais dans un pays désarmé, partiellement occupé, avec une ligne de démarcation étanche et des menaces d'aggravation des conditions quotidiennes de vie, quelle est réellement sa marge de manœuvre ? Darlan bombe le torse mais il a prise sur bien peu de choses,, aussi dès les premiers jours de son gouvernement, il met tout en œuvre pour gagner du temps, faire patienter. Entre les impératifs de la collaboration et ceux de la Révolution nationale, il adopte le mouvement de la marée. Il avance pour mieux reculer.

Propagande

L'ouverture d'une exposition industrielle allemande au Petit Palais à Paris qui est qualifiée par Radio Paris d'événement le plus important depuis l'armistice témoigne de la tutelle allemande imposée au gouvernement. « Le but de l'exposition est de montrer aux industriels français les nombreux objets dont l'Allemagne a besoin et qu'elle invite à fabriquer pour elle ». On croit rêver mais il n'y en a pas moins de quinze mille ! Cela va de l'automobile en passant par le tracteur, les chaudières et les combinés téléphoniques, les masques à gaz et l'outillage agricole. Georges Boris n'est pas dupe. Le 25 février 1941, sur les ondes de la BBC, il indique : « L'intérêt de l'exposition au Petit Palais, c'est qu'elle matérialise les mots collaboration économique : elle nous fait toucher du doigt tout au moins une partie de ce qu'ils cachent ». Darlan est-il à même de dénoncer la supercherie ? Personne n'y croit. Les Français libres ont beau jeu d'ajouter à leur commentaire : « Il s'agit pour les Français de travailler et de fabriquer pour l'Allemagne, de livrer l'Allemagne. Mais on ne nous dit rien sur la contrepartie de ces fournitures, c'est-à-dire sur la nature de la collaboration allemande, sur le travail allemand, sur les fabrications allemandes pour la France, sur les livraisons allemandes à la France ».

Si le silence est de rigueur, c'est tout simplement parce qu'il s'agit d'une exigence à sens unique qui préfigure des privations accrues pour la France occupée et par incidence sur la France encore libre. Boris le synthétise ainsi : « C'est en réalité une prestation de vaincu au vainqueur, une prestation de main-d'œuvre qui travaille et se fatigue, d'outillage qui s'use, de matières premières qu'on ne remplace pas. Cette collaboration n'est pas pour la paix mais pour la guerre ». Darlan est-il prêt à s'insurger alors que le ministère des Finances du Reich n'a pas l'intention de débourser un centime pour payer les fournitures à l'industrie française ? Il ne versera pas d'huile sur le feu. Entre Laval et Darlan, c'est blanc bonnet et bonnet blanc : « N'oubliez pas que tout ce qui sera fabriqué en France pour l'Allemagne retardera la défaite allemande et prolongera vos souffrances » conclut la BBC.

Publié dans Articles de Presse

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