Décès de Raymond Aubrac figure de la Résistance française

Publié le par Le Nouvel Observateur

Le Nouvel Observateur publié le 11/04/2012 à 10h30

Paris - Raymond Aubrac, figure de la Résistance française pendant la Deuxième guerre mondiale, est mort mardi soir à l'âge de 97 ans, à l'hôpital parisien du Val-de-Grâce, a annoncé mercredi sa petite-fille Hélène Helfer Aubrac.

Co-fondateur du mouvement "Libération-Sud", ancien ingénieur formé à l'école des Raymond AubracPonts et Chaussées, Raymond Aubrac avait été hospitalisé il y a quelques jours pour une grande fatigue, a précisé à l'AP sa petite-fille.

Raymond Samuel le 31 juillet 1914, Raymond Aubrac, dont les parents sont morts à Auschwitz, s'était engagé dans la Résistance dès le début de la guerre aux côtés de sa femme Lucie, également grande résistante. Celle-ci était décédée en 2007 à 94 ans. "C'était un exemple de tout; de sagesse, de morale; d'humour d'intelligence, de curiosité, de culture", a salué sa petite-fille.

"C'était quelqu'un d'exceptionnel"

Le président Nicolas Sarkozy a rendu hommage "à ce compagnon de clandestinité de Jean Moulin, avec lequel il fût arrêté à Caluire le 21 juin 1943". "Son évasion, grâce au courage de sa femme Lucie Aubrac, est entrée dans la légende de l'histoire de la Résistance".

Pour réussir cette évasion, Lucie Aubrac avait rencontré le chef local de la Gestapo, Klaus Barbie, qu'elle avait prié de la laisser voir son époux. Au cours de cette visite, elle avait pu informer son mari du plan d'évasion: l'attaque par la Résistance du camion allemand qui devait le transférer. Le couple s'était enfui à Londres avec ses enfants en février 1944.

Après la guerre, Lucie Aubrac avait repris l'enseignement de l'histoire et la géographie. De son côté, Raymond Aubrac avait organisé et dirigé le déminage de la France au ministère de la Reconstruction, de 1945 à 1948. Il avait ensuite créé et dirigé, pendant dix ans, un bureau d'études et de recherches pour l'industrie moderne (BERIM). En 1958, il s'était rendu au Maroc, à la demande des autorités locales, pour organiser un Office national des irrigations, et il avait rejoint, en 1963, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

En 1975, en tant que représentant personnel du secrétaire général de l'ONU Kurt Waldheim, il avait été chargé de préparer l'aide internationale auprès des populations du Vietnam. Trois ans plus tard, il rejoignait l'UNESCO pour des travaux de coopération internationale.

"Ces héros de l'ombre qui ont sauvé l'honneur de la France, à un moment où elle semblait perdue, disparaissent les uns après les autres", souligne le chef de l'Etat dans son communiqué. "Nous avons le devoir d'en maintenir le souvenir vivant au coeur de notre mémoire collective".

Dans un communiqué, le candidat socialiste François Hollande rappelle que Raymond Aubrac "poursuivait avec modestie et ferveur la volonté d'alerter les jeunes générations qu'il rencontrait régulièrement". "C'était sa leçon de vie, une manière pour lui de dire qu'il y a toujours un chemin là où brille la flamme des indignations justes, là où s'exprime une espérance".

L'ancien résistant avait apporté son soutien au député de Corrèze dans le cadre de la campagne présidentielle. Dans un message diffusé sur le site Internet de campagne du candidat, il expliquait qu'il était "la chance du changement" et "de l'avenir". "Tout cela doit nous donner envie de nous imaginer en 2050, dans une France meilleure, sereine et engagée".

Les deux hommes s'étaient rencontrés, souligne François Hollande, le 15 mars dernier, jour anniversaire de l'adoption du programme du Conseil national de la Résistance.

Raymond Aubrac avait publié en 1996 ses souvenirs, "Où la mémoire s'attarde", aux éditions Odile Jacob. Il laisse derrière lui trois enfants, un fils et deux filles, ainsi que de nombreux petits-enfants et arrière-petits-enfants.

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