Des pro-Morales fusillés au Pando

Publié le par LHL - La Loupe

Des pro-Morales fusillés au Pando
Libération publié le 18/09/2008 à 05h04
Par Nourmamode Reza



De notre correspondante à La Paz «Nous nous sommes dispersés, car nous étions sans défense, explique Rodrigo Melina, rescapé de la tuerie. Les gens se jetaient dans la rivière, et là c'était incroyable, ils ont mitraillé ceux qui essayaient de traverser.» Depuis le début de la semaine, les témoignages glaçants se multiplient et tous racontent comment un groupe de paysans fidèles au président Evo Morales, simplement armés de bâtons, est tombé, la semaine passée, dans une embuscade tendue par des hommes armés à 30 kilomètres de Cobija, capitale de la région amazonienne du Pando (nord de la Bolivie).

Fosse commune. Déplacés dans la capitale par les autorités pour les mettre à l'abri, et rassemblés mardi dans les salons du Parlement, certains rescapés assurent même que de jeunes enfants figurent parmi les victimes. «Nous sommes arrivés à la rivière, raconte Claudia Alpire, paysanne indigène de la commune de Filadelfia, et là ils ont tué les enfants. Des enfants d'1 an, de 6 ans, et de 8 ans, qui pleuraient et suppliaient leurs mères pour qu'on ne les tue pas. Ils les ont d'abord battus et après ils leur ont tiré dans le dos. Ces enfants sont là-bas et je crois que les poissons les ont mangés.» Le gouvernement, qui estime que le carnage a fait au bas mot 15 morts, une trentaine de blessés et provoqué une centaine de disparus - certaines sources font état de 30, voire 100 victimes -, n'a pas encore confirmé la mort d'enfants alors que la recherche de corps se poursuit.

Une commission d'enquête de l'Assemblée bolivienne des droits de l'homme est déjà sur place, en attendant la venue d'organisations internationales. Pour Rodrigo Melina, les autorités locales sont impliquées : «Le responsable, c'est Leopoldo Fernandez [le gouverneur du Pando, ndlr], affirme-t-il. Nous avons vu des véhicules des autorités locales avec à l'intérieur plus de 30 hommes armés de fusils, de mitraillettes et de revolvers.» Les rescapés soulignent que de nombreux corps ont été récupérés par les auteurs de la tuerie pour être enterrés dans une fosse commune.

Accusé par le gouvernement d'être responsable du massacre et d'avoir engagé des mercenaires, dont des ressortissants brésiliens et péruviens, pour accomplir le sale boulot, le gouverneur Fernandez a été arrêté mardi à Cobija par les militaires, officiellement pour «refus de se soumettre à l'état d'urgence», avant d'être transféré à La Paz et détenu dans un endroit gardé secret.

Les événements du Pando ont été les plus violents de la semaine d'affrontements qui ont opposé les militants autonomistes aux partisans du président Morales. Et l'état d'urgence a été décreté par le chef de l'Etat, vendredi, dans cette région frontalière du Brésil et du Pérou.

«Il n'y aura pas d'impunité dans ce dossier», avait prévenu dès dimanche Sacha Llorenti, vice-ministre des Relations sociales, ajoutant même : «Leopoldo Fernandez aura droit à une sentence de trente ans de prison.» Visé par une instruction ouverte par le procureur général de la République pour «génocide dans sa catégorie de massacre sanglant», le préfet risque en effet une peine maximale de trente années d'emprisonnement, sans possibilité de libération anticipée.

Régime de terreur. Agé de 56 ans, Leopoldo Fernandez a été député et sénateur du Pando de 1979 à 2005, avant d'être élu préfet. Au sein du parti Action démocratique et sociale (ADS), il a participé au retour au pouvoir de l'ancien dictateur militaire Hugo Banzer en 1997. Les opposants à Fernandez, également entrepreneur du secteur agro-industriel, l'accusent d'avoir instauré un régime de terreur à la solde des grands propriétaires terriens. Le Comité civique proSanta Cruz, principale organisation autonomiste, a réclamé hier la libération immédiate du gouverneur du Pando, sans pour autant mettre dans la balance une éventuelle rupture du fragile dialogue entre gouvernement et opposition.

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article