Eichmann un procès pour l'Histoire

Publié le par Paris Mairie

Eichmann un procès pour l'Histoire

Adolf Eichmann était l'un des principaux organisateurs de l'extermination des Juifs. Jusqu'au 28 septembre, une exposition exceptionnelle du Mémorial de la Shoah revient sur son jugement à Jérusalem en 1961. Extraits vidéos d'un procès spectaculaire. 

Sa fuite s’est arrêtée dans la banlieue de Buenos-Aires. Le 11 mai 1960, un commando du Mossad, les services secrets israéliens, capture en Argentine Adolf Eichmann.

Onze jours plus tard, il est exfiltré discrètement vers Tel-Aviv. Dès le lendemain, le premier ministre David Ben Gourion monte à la tribune de la Knesset –le parlement israélien-, et annonce au monde entier la capture de « l’un des plus grands criminels de guerre nazis ».

Et son jugement prochain…en Israël. C’est cette histoire que nous revivre l’exposition gratuite du Mémorial de la Shoah  (4e), appuyée sur des archives vidéos exceptionnelles.

Huit mois d’audience sous l’œil des caméras

« L’homme dans la cabine de verre » : les mots sont de la philosophe américaine Hanna Arendt, qui couvre le procès pour le « New Yorker ». Car Eichmann passera les huit mois d’audience, du 11 avril au 15 décembre 1961, derrière des vitres blindées. Sous l’œil du public, rassemblés dans une salle de 750 places, et sous le regard des médias internationaux : plus de 500 journalistes sont accrédités, et l’intégralité des débats sont filmés. Après Nuremberg, c’est le 2e grand procès de l’Histoire à être entouré de caméras. La télévision israélienne n’existe pas encore. Le filmage a donc d’emblée une portée pédagogique et historique. Un studio de radiodiffusion est même monté spécialement à l’intérieur du bâtiment du tribunal de Jérusalem. Autre nouveauté, les journalistes reçoivent des petits transistors pour suivre en direct les débats en allemand, hébreu, anglais et français ! 

Qui est Eichmann ?

« De taille moyenne, mince, d’un certain âge, un peu chauve, myope et les dents mal plantées ». Dans «Eichmann à Jérusalem» (1963), Hannah Arendt dresse le portrait de l’accusé. Mais qui est cet homme, inconnu du grand public avant sa spectaculaire arrestation ? Eichmann est un haut fonctionnaire du régime nazi, l’un des principaux logisticiens de la "Solution finale". Né à Solingen (Rhénanie) en 1906, il suit ses parents en Autriche dès 1913. Le jeune homme adhère au parti nazi local en 1932, puis devient l’un des experts du « Bureau des affaires juives ». D’abord spécialiste de l’émigration forcée des populations juives, il se charge notamment de la mise au pas des communautés israélites d’Autriche, après l’annexion du pays en mars 1938.

A la fois homme de bureau et homme de terrain, il est l’un des organisateurs d'une extermination systématique. Après la conférence de Wannsee de janvier 1942 (Eichmann en rédigera le procès verbal), il a en charge l’administration du transport vers les camps. Belgique, France, Pays-Bas, Slovaquie… Il sillonne l’Europe pour mettre en place très concrètement le processus des déportations. C’est en Hongrie, de mars à décembre 1944, que le maître logisticien déploie le plus d’efforts : 400 000 Juifs hongrois seront envoyés vers les camps de la mort en quelques mois. Jusqu’à 10 000 personnes déportées par jour !  

Les témoins en première ligne

Ils ont enfin la parole. Le procès d’Adolf Eichmann permet de mettre en avant une centaine de témoins, en majorité des survivants de la Shoah. La plupart d’entre eux ne connaissait pas Eichmann, ils parlent autant aux noms des morts qu’en leur nom propre. Quinze ans après la fin de la 2e Guerre mondiale, leurs récits marquent un tournant pour l’opinion israélienne et internationale. Les « crimes contre l’humanité » et les « crimes contre le peuple juif » - deux des chefs d’accusation contre Eichmann- prennent corps de manière bouleversante. Grâce à de nombreuses vidéos , l’exposition du Mémorial nous replonge dans l’intensité de témoignages directs. Sans tabou. Comme celui de Rivka Yoselewksa, en yiddish, survivante d’une fusillade de masse en Pologne, en août 1941, qui raconte l’horreur à l’état brut, comme la mort de son père abattu sous ses yeux. Ou celui de Gedalia Ben-Zvi qui nous fait entrevoir le fonctionnement du complexe d’Auschwitz-Birkenau. Déporté à 16 ans, ce juif slovaque a notamment travaillé dans l’usine de caoutchouc synthétique installé par le groupe industriel allemand I.G Farben à Monowitz-Buna, l’un des trois camps du complexe concentrationnaire d’Auschwitz.

Au procès, un seul témoin français a été convoqué. Au camp de Drancy, « les enfants arrivaient par des autobus, des autobus gardés par des gendarmes de Vichy », raconte Georges Wellers. Lui n’a rien oublié de ces enfants « de 2, 3 ou 4 ans », qui dormaient « les uns à côté des autres par terre » dans des « chambres sans mobilier, avec des paillasses sales ».

La mort au bout du procès

Dans sa cage de verre, Eichmann se défend, argumente, se contredit souvent, tente de refaire l’Histoire. Lui souhaitait n’apparaître que comme un fonctionnaire zélé, un petit soldat de la cause nazie. Les juges en décideront autrement. Sa condamnation à la peine capitale lui sera confirmée lors du jugement en appel. La sentence fait alors débat chez une partie des intellectuels juifs, tels le romancier Arthur Koestler ou le philosophe Martin Buber, qui craignent qu’elle soit perçue comme une vengeance. Le 31 mai, un ultime recours en grâce échoue. A minuit, Adolf Eichmann est pendu dans la prison de Jérusalem. Et ses cendres dispersées dans la mer. Au delà des eaux territoriales d’Israël.

Publié dans Articles de Presse

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