Einaudi Jean-Luc

Publié le par Roger Cousin

Einaudi Jean-Luc Jean-Luc Einaudi, né le 14 septembre 1951 à Paris et mort le 22 mars 2014 à Paris. Jean-Luc Einaudi est un historien et militant politique français. Longtemps membre du Parti communiste marxiste-léniniste de France (PCMLF), et rédacteur au journal L'Humanité rouge, il a également été éducateur à la Protection Judiciaire de la région parisienne. Il a témoigné en 1997 devant la Cour d'assises de Bordeaux, sur le massacre des Algériens du 17 octobre 1961, lors du procès de Maurice Papon pour son action de 1942 à 1944. À la recherche de preuves judiciaires du massacre des Algériens du 17 octobre 1961, Jean-Luc Einaudi dépose le 8 février 1998 aux Archives de Paris une demande de dérogation pour accéder aux registres d'information du parquet.

Le 20 mai 1998, Jean-Luc Einaudi écrit dans Le Monde: « En octobre 1961, il y eut à Paris un massacre perpétré par des forces de police agissant sous les ordres de Maurice Papon ». En juillet 1998, Papon porte plainte pour diffamation envers un fonctionnaire public. « Pour préparer sa défense, Jean-Luc Einaudi compte sur les documents officiels dont il a demandé communication trois mois plus tôt aux Archives de Paris. Le directeur des Archives de Paris, a effectivement transmis sa demande au procureur de la République, assortie d'une mise en garde « sur l'opportunité de lui réserver [...] une issue positive » (12 février). C'était solliciter un refus ».

Faute de pouvoir produire des documents écrits attestant de la responsabilité de la préfecture de police, dirigée par Maurice Papon en octobre 1961, l'historien sollicite le témoignage de deux conservateurs des Archives de Paris, qui acceptent et témoignent, l'un par écrit et l'autre à la barre, les 4, 5, 11 et 12 février 1999. Maurice Papon, présent, est défendu par l'avocat Jean-Marc Varaut, et fait témoigner en sa faveur entre autres l'ancien Premier ministre Pierre Messmer, tandis que Jean-Luc Einaudi fait venir à la barre des témoins directs des événements de 1961. Le 26 mars 1999, Maurice Papon est débouté de sa plainte et l'historien relaxé au bénéfice de la bonne foi.

Les deux archivistes qui ont témoigné expliquent ainsi la situation : « En charge des séries des archives judiciaires aux Archives de Paris depuis vingt-cinq ans, nous avons effectivement accès aux documents dont Jean-Luc Einaudi a besoin pour assurer sa défense face à Maurice Papon, mais nous ne pouvons pas les lui communiquer puisqu'il n'a pas obtenu la dérogation nécessaire. La seule solution permettant de conjuguer le respect de la déontologie de notre profession et notre conscience de citoyen, est donc d'accepter d'être cités comme témoins. Nous ne pouvions passer sous silence l'existence des documents dont nous avions assuré le versement, le classement et la conservation, sachant que, face à la thèse défendue par Maurice Papon, ces documents apportaient la preuve incontestable du massacre opéré à Paris par les policiers le 17 octobre 1961 et les journées et semaines suivantes. Nous taire eût été commettre une faute au regard du code international de déontologie des archives. Nous avons toujours considéré que notre mission de conservateurs du patrimoine était à la fois technique et politique. » Les deux fonctionnaires sont sanctionnés pour leur témoignage par une mise à l'écart complète, se voyant retirer par notes de service du directeur des Archives de Paris leurs activités et équipements de bureau, interdire tout contact avec le public, etc.

Les thèses et les chiffres avancés par Jean-Luc Einaudi concernant les événements d'octobre 1961 ont été sévèrement critiqués par l'historien Jean-Paul Brunet. Einaudi dresse une liste des 393 victimes algériennes qu'il rapporte à la manifestation du 17 octobre 1961 (les policiers auraient fait ce soir-là plus de 200 morts) et dont il attribue le décès unilatéralement aux forces de police. Au lendemain du 17 octobre 1961, la Préfecture de Police communique un bilan se montant à deux morts parmi les manifestants. De fait, les archives de l'Institut médico-légal de Paris n'enregistrent aucune entrée de corps de nord-africain à la date du 17 octobre. En janvier 1998, la mission Mandelkern, quant à elle, retrouve dans les archives du cabinet du préfet une liste de fin octobre dénombrant sept décès survenus dans le ressort de la Préfecture de Police.

En 2006, les historiens britanniques, House et MacMaster, précisent que dans la liste d'Einaudi des 246 victimes pour lesquelles la date du décès est connue, 141 décès ont été enregistrés avant le 17 octobre. Dans la liste de Jean-Luc Einaudi se trouvent plusieurs corps non identifiés ; des Algériens morts des suites d'un suicide ou d'un accident ; au moins 8 victimes mentionnées deux fois ; Jean-Paul Brunet y découvre aussi un harki. Jean-Paul Brunet relève que dans la liste des 393 victimes de Jean-Luc Einaudi, 57 seulement sont décédées les 17 et 18 octobre, « la répression ne serait donc responsable que d'une minorité des morts Algériens ».

D'une manière générale, Jean-Paul Brunet dénonce dans l'exploitation de cette affaire un « mythe forgé pour les besoins d’une cause militante bien incertaine » car en attribuant « systématiquement à la police française toutes les morts de Nord-Africains […] on reste abasourdi, mais on comprend pourquoi la vérité historique n'est pas le souci premier de Jean-Luc Einaudi ». Jean-Paul Brunet qui rappelle l'engagement de Jean-Luc Einaudi au Parti communiste marxiste-léniniste de France (PCMLF) de 1967 à 1982, son rôle de rédacteur en chef de L'Humanité rouge qui « chantait les louanges des Khmers rouges et des bons présidents chinois Mao, nord-coréen Kim Il-sung et albanais Enver Hodja », signale aussi son attitude négationniste des crimes contre l'humanité commis par Pol Pot et Mao-Tse-Toung. Et il conclut « il est grave qu'une fraction de la société française d'aujourd'hui se soit laissée abuser » par son manque de professionnalisme.

Paul Thibaud estime qu' « Einaudi entasse les pièces d'un réquisitoire alors que Brunet essaie d'écrire une histoire » ; ainsi, « beaucoup des résumés d'enquête qu'Einaudi nous livre ne permettent pas de savoir qui a tué »14 mais, suivant un « choix global et politique », Einaudi met les décès au compte de la police afin d'exonérer le FLN de ses « visées totalitaires ».

Publié dans Historiens

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