Emile Gente ancien déporté plus jamais ça

Publié le par Nice Matin

JournalNice Matin publié le 28/04//2008 à 01h00

Gente Emile« Ancien bagnard, je me sens entouré de millions d'êtres humains suppliciés, pendus, noyés, morts de faim, de froid, d'épuisement. Il reste encore quelques témoins de la déportation. J'en suis un ».

A la tribune hier place des Martyrs de la Résistance, Emile Gente a ému des centaines de personnes. Ancien déporté, c'est le président de l'association locale des déportés, internés et familles du canton d'Antibes (FNDIRP).

Agé de 20 ans en 1940, Emile Gente mobilisé en juin, puis démobilisé au bout de 3 mois.

Résistant actif à partir de 1942, il devient commandant des francs-tireurs pour l'Aisne, puis pour les 5 départements frontaliers, puis des FTP à l'état-major des FFI pour la 1re région militaire.

Capturé à cause d'un retard de train

En se rendant à un comité départemental, un retard de train cause sa capture lors du couvre-feu. Emprisonné à Saint-Quentin par la police française, il est transféré à la Santé à Paris, livré à la Gestapo, torturé, et finalement envoyé au camp de Buchenwald où il est au block 26, responsable militaire de la brigade action liberté.

Lors de l'évacuation des camps par les SS avant l'arrivée des forces alliées, il réussit à s'évader avec trois camarades à la fin des 20 jours de marche forcée vers Munich.

Terrés durant quatre jours dans un petit bois, les quatre fuyards finissent par être sauvés par les alliés. Il mettra ensuite dix ans avant de pouvoir en parler, même à ses proches. Trop de douleur à gérer, et un pays pas prêt à écouter ses déportés.

« Je suis un des derniers témoins de l'entreprise de destruction de la personnalité qu'ont voulu les bourreaux nazis, a-t-il témoigné hier. Un des derniers témoins de l'extermination systématique de femmes, d'hommes et d'enfants qui n'avaient commis d'autres crimes que celui de naître juif, tsigane ; ou d'autres délits que d'être profondément antinazis et de le dire, ou d'être des résistants ».

« Ils sont des millions à n'avoir pas connu l'ivresse de la Libération et la joie du retour dans la famille ».

« Aux années et aux mois de prison et de camp, ce sont des journées mais aussi des nuits que l'on doit ajouter. On a le temps de réfléchir, de souffrir plus encore. Mais on veut aussi tout faire pour éviter le retour de pareilles tragédies ».

« Aujourd'hui n'est pas la célébration d'un rituel quelconque. Ne nous prenez pas pour des rabat-joies. Nous nous sommes battus et nous nous battons pour la paix. On ne s'étourdit jamais tant que lorsque le danger plane. Tout est mis en oeuvre aujourd'hui pour faire oublier ».

« Rien ne s'acquiert sans lutte, y compris la paix. Aujourd'hui est une journée d'espoir. Plus jamais ça », conclut-il.


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