Faut-il supprimer Israël ?

Publié le par L'Express par Daniel jean

«Regardez le pays et jugez si nous existons ou pas», dit Ben Gourion.

David Ben Gourion

David Ben Gourion

Selon Ben Gourion, "il y a deux choses qui font la vie du peuple d'Israël, ce sont la Bible et le socialisme. Et pour ceux qui comprennent la Bible, comme je la comprends, cela ne fait qu'une seule chose".

De son point de vue, "il n'y a pas moyen d'interpréter le message biblique autrement que de manière profondément socialiste, c'est-à-dire comme exprimant une philosophie d'égalité totale et d'insatiable exigence de justice". Il dit encore: "Nous ferons d'Israël une société modèle. Nous nous intégrerons dans le Moyen-Orient et nos voisins seront forcés de prendre exemple sur nous. Pour le moment, cela paraît une folie. Mais, dans ce pays, nous ne sommes pas réalistes: quand vous parlez de réalisme à un Israélien, il cesse d'écouter."

La Bible et le socialisme

Je lui dis combien le problème des réfugiés m'empêche d'admirer sans réserve l'expérience israélienne. Il répond: "Sur ce point, comme sur la guerre, comme sur les frontières, j'ai déclaré que je serai prêt à toutes les discussions directes avec Nasser ou avec qui que ce soit d'autre; jusqu'à maintenant, je n'ai enregistré que des refus. On prétend ??ignorer'' notre existence - dont il a pourtant fallu tenir compte lorsqu'on nous a attaqués en 1948. Et, bien, regardez le pays et jugez si nous existons ou pas."

Israël est une nation. Il est en train de l'être, aussi inéluctablement, aussi nécessairement que l'Algérie. Juste ou injuste, c'est un phénomène évident et dont les Russes et les Américains - plus encore que les nations du Moyen-Orient - devraient avoir une conscience aiguë. Je me souviens d'une conversation avec le gouverneur militaire de Nazareth en présence d'un Arabe chrétien et d'un fonctionnaire du Foreign Office israélien. Le gouverneur était un capitaine juif au parler un peu rude, et qui à certains moments trouvait que la conversation devenait un peu "levantine". Il déclara: "En tout cas, il y a quelque chose de précis et qui ne peut plus faire l'objet ici ou ailleurs d'une contestation quelconque, c'est notre droit à vivre dans ce pays et notre volonté de défendre ce droit. Il se peut que l'antisémitisme ait inculqué aux juifs des autres pays des complexes et parfois même jusqu'à un doute sur leur droit à vivre là où ils vivent. Mais ici nous n'avons pas de complexes."

Au terme de ce voyage, je ne puis pas honnêtement décider si les juifs ont eu raison de choisir la Palestine, si, dans le problème des 400 000 réfugiés arabes qui, fuyant Israël pendant la guerre, campent aux frontières dans de misérables conditions, les juifs n'ont pas leur part de responsabilité.

Mais l'intention de guerre préventive prêtée aux Israéliens ne résiste à aucun examen et ne tient pas une seule seconde aux yeux du touriste le plus distrait. La situation géographique, la longueur des frontières, l'organisation du pays dans ses structures économiques mêmes contraignent Israël à la stricte défensive. Sans doute, il y a un parti en Israël qui préconise une agression avant que l'Egypte, par les livraisons d'armes russes, ne devienne trop supérieure en équipements. Mais ce parti n'est pas populaire et, de plus, il ne peut entraîner ses propres troupes qu'en faveur d'une politique de représailles isolées, d'expéditions punitives, non d'une agression. Le président Ben Gourion proclame urbi et orbi, comme il m'a dit à moi-même: "Plutôt une mauvaise paix qu'une bonne guerre." Il me l'a dit le lendemain de la démission de Scharett, ministre israélien des Affaires étrangères, et dont on a répété en Europe qu'il symbolisait la négociation, tandis que Ben Gourion symboliserait la guerre. Non, le Moyen-Orient arabe n'est pas menacé d'une guerre israélienne. Le colonel Nasser le sait d'ailleurs parfaitement bien, ainsi que le roi Hussein de Jordanie. Ils sont menacés par Israël, sous une forme d'ailleurs presque aussi explosive, mais complètement différente. Ces Etats arabes, dont les masses vivent à la manière féodale et les élites sur le registre d'idées nationalistes du XIXe siècle, se voient soudain flanqués à leurs frontières d'un Etat qui vit avec une frénétique aisance au XXe siècle. C'est là le seul et vrai problème du Moyen-Orient en ce qui concerne ses rapports avec Israël.

Mémo

Les travaillistes vont se maintenir au pouvoir pendant près de trente ans. On verra à la tête de l'Etat :

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