Foch, le pire stratège de la Grande Guerre ?

Publié le par Le Point par Laurent Legrand

Foch, le pire stratège de la Grande Guerre ?

Avant d'être considéré comme un héros, Ferdinand Foch commit d'énormes bourdes tactiques qui entraînèrent de lourdes défaites pour la France.

Foch, le pire stratège de la Grande Guerre ?

L'une des similitudes que nous pouvons constater entre les deux principaux conflits mondiaux du siècle dernier pourrait se traduire par la mauvaise préparation de l'armée française. Face à une Allemagne déjà beaucoup plus évoluée sur le plan militaire, avec l'utilisation de l'artillerie lourde, ses doctrines et sa stratégie basée sur l'attaque ont engendré de lourdes pertes à l'armée française. Au cours des premières années de la guerre, le général Foch fut à l'image du commandement français : mal inspiré. Un euphémisme lorsqu'on mesure l'ampleur des pertes dans les rangs alliés. Cet état des lieux ne tarde pas à se confirmer, puisque dès l'entame du conflit le théoricien Foch découvre la réalité du terrain, et plus particulièrement lors de la bataille de Morhange.

Nous sommes le 20 août 1914, Foch est à la tête du 20e corps d'armée, fer de lance de l'armée française. Son supérieur, le général de Castelnau, lui interdit formellement d'entreprendre une offensive, mais les ordres ne parviennent pas en temps voulu et Foch s'enfonce à travers les lignes allemandes. Le 20e corps passe à l'offensive et se heurte à de violents feux d'artillerie lourde, puis à une contre-attaque allemande. Foch n'a pas le choix, il doit battre en retraite. À la suite de ce fiasco, le général de Castelnau ordonne le retrait général et ne pardonnera jamais à Foch qui, selon lui, a désobéi. L'énorme revers subi par les Français entre le 19 et le 20 août 1914 coûta la vie à 5 000 hommes.

Foch est destitué du Gan

Foch redore son blason lors de la bataille de la Marne et obtient les faveurs de Joffre, qui le nomme commandant en chef adjoint de la zone nord. Toutefois, en mai 1915, lors de la seconde bataille d'Artois, l'offensive de Foch est symbolisée par la mauvaise coordination des troupes françaises. En effet, Pétain, à la tête du 33e corps d'armée, réalise une percée audacieuse de trois kilomètres sur ses terres natales. L'invulnérabilité du front allemand prend du plomb dans l'aile. Paniqués, les états-majors allemands mobilisent rapidement toutes les forces présentes dans la région, mais la réactivité des réserves françaises n'est pas aussi efficace, l'avancée spectaculaire de Pétain reste inexploitée. Conséquence immédiate, les Allemands contre-attaquent et la guerre de position s'installe de nouveau. En définitive, on retiendra surtout le coût humain considérable de la bataille d'Artois avec pas moins de 102 000 pertes.

Même constat en juillet 1916 lors de la bataille de la Somme. Les alliés mobilisent plus de deux millions d'hommes dans l'optique de détourner l'attention des Allemands de Verdun, tandis que leur artillerie pilonne les positions allemandes. Les têtes pensantes, dont Foch fait partie, s'attendent à ce que la ligne de défense allemande soit décimée par ce bombardement, mais c'est une utopie. Cette dernière est intacte, et lors du premier jour de la bataille, la Somme est le théâtre de la journée la plus sanglante du conflit. Au terme de la bataille, les lignes n'ont pas bougé, et on compte 622 221 soldats hors de combat côté allié, "pour rien". En décembre 1916, Foch est destitué du commandement du Groupe d'armées du Nord (Gan) et tombe en discrédit.

Un retour en grâce qui inspirera de Gaulle

À la suite de cette mise au second plan, Foch se voit attribuer le commandement des forces alliées le 26 mars 1918. La France restait sous pression et la personnalité "folle" de Ferdinand Foch s'imposait, comme l'expliqua Clemenceau une fois le conflit terminé : "Je me suis dit : essayons Foch ! Au moins, nous mourrons le fusil à la main ! J'ai laissé cet homme sensé, plein de raison qu'était Pétain ; j'ai adopté ce fou qu'était Foch. C'est le fou qui nous a tirés de là !" Foch place les relations interalliées au coeur de sa stratégie et fait preuve d'énormément de tact à l'égard des Britanniques et des Américains.

Un comportement qui n'est pas sans rappeler celui du général de Gaulle vingt ans plus tard, comme en témoignent les propos de l'intéressé lors du quatorzième anniversaire de la mort du maréchal Foch : "Il me semble d'abord que la grande mémoire du maréchal Foch nous rappelle aujourd'hui, au coeur même de cette guerre, une condition élémentaire du succès. Cette condition, c'est l'unité de l'effort." Au cours de cette année 1918, la France ne représentait plus la majorité des effectifs militaires alliés. En ce sens, les entreprises fédératrices menées par Foch furent décisives et innovantes. Souvent mis sur un piédestal par les hagiographes (personne qui écrit une biographie élogieuse), Foch a en réalité multiplié les mauvaises décisions durant les trois premières années du conflit. Mais, au final, son refus d'abdiquer, son énergie et sa capacité à fédérer les forces alliées ont triomphé, faisant de lui l'un des personnages les plus emblématiques de la Première Guerre mondiale.

Publié dans Articles de Presse

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