Grosser Alfred

Publié le par Mémoires de Guerre

Alfred Grosser est un politologue, sociologue et historien franco-allemand né le 1er février 1925 à Francfort-sur-le-Main. 

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Grosser Alfred
Jeunesse et études

Alfred Grosser est le fils de Paul Grosser (né le 4 février 1880 à Berlin, et mort le 7 février 1934 à Saint-Germain-en-Laye). Social-démocrate et franc-maçon d'origine juive, il est docteur et a fondé un centre hospitalier pour enfants à Francfort. Sa mère, Lily Rosenthal, est issue d'une famille aisée. Les Grosser se réfugient en France en 1933, après que Paul est interdit d'exercer à l'université du fait des lois raciales. Il meurt l'année suivante. La famille Grosser, installée à Saint-Germain-en-Laye, s'enfuit à Saint-Raphaël dans le Var. La sœur d'Alfred meurt en 1941 des suites de l'exode. Non scolarisé du fait d'une absence de lycée dans la ville, Grosser passe le baccalauréat en candidat libre à Nice en 1942, où il est reçu.

Il s'inscrit au Centre d’études littéraires de Nice, dépendant de la faculté de lettres de l'université d'Aix-Marseille.Il soutient son mémoire de diplôme d'études supérieures de langue et littérature allemande en 1945. Il souhaite se présenter à l'agrégation en 1946, mais ne dispose de la nationalité française que depuis neuf ans, et ne peut s'y présenter. Il prépare le concours de l'École normale supérieure au lycée Condorcet mais échoue. Il est reçu à l'agrégation d'allemand en 1947. ll commence une thèse sous la direction d’Edmond Vermeil, mais rompt avec la germanistique pour se tourner vers la science politique à partir de 1955. Marié le 9 juillet 1959 avec Anne-Marie Jourcin, il a quatre enfants : Jean, Pierre (également historien), Marc et Paul. 

Carrière

Parcours professoral

Il est recruté comme enseignant à l'Institut d'études politiques de Paris par Jacques Chapsal, initialement pour y enseigner trois ans, en 1956. Il y reste finalement jusqu'à son départ à la retraite, en 1992. où il a été professeur, puis professeur émérite. Il est directeur de recherches à la Fondation nationale des sciences politiques, de 1956 à 1992, et fait ainsi partie des « quatre mousquetaires », à savoir les quatre premiers directeurs de recherche de la FNSP, aux côtés de René Rémond, Jean-Baptiste Duroselle et Jean Touchard. En 1966, il prend la direction du Cycle supérieur d'études politiques, ancêtre de l'école de la recherche. Il conserve ce poste jusqu'en 1986. Il joue un rôle important pendant Mai 68, où il est chargé par la direction de discuter avec les étudiants et les chercheurs acquis au mouvement.

En novembre 1989, alors qu'il donne un cours à Sciences Po dans l'amphithéâtre Boutmy, le directeur de l'établissement Alain Lancelot arrive en courant dans la salle de cours et annonce que le mur de Berlin est tombé, provoquant l'émotion et les pleurs d'Alfred Grosser devant ses élèves. Il enseigne également à l'université Johns-Hopkins de 1955 à 1969, à l'École des hautes études commerciales (HEC) de 1961 à 1966 et de 1986 à 1988, à l'université Stanford de 1964 à 1965, à l'École polytechnique de 1965 à 1995, à l'université Keiō de Tokyo en 1992, ainsi qu'à Singapour en 1994. Ses travaux et son enseignement ont exercé une grande influence, notamment pour la réconciliation et la coopération franco-allemande. 

Autres activités

Alfred Grosser a eu des activités journalistiques variées : chroniqueur politique au Monde de 1965 à 1994, il occupe la même fonction très régulièrement à La Croix et à Ouest-France depuis 1994. Il est membre du Conseil du développement culturel de 1971 à 1973. En novembre 2009, questionné sur le débat sur l'identité nationale lancé par le ministre Éric Besson, il le juge « parfaitement démagogique ». Le 25 avril 2017, il fait partie des signataires d'une tribune de chercheurs et d'universitaires annonçant avoir voté Emmanuel Macron au premier tour de l'élection présidentielle française de 2017 et appelant à voter pour lui au second, en raison notamment de son projet pour l'enseignement supérieur et la recherche. Il est athée convaincu et « en dialogue » ; dans son livre de 2011, La joie et la mort. Bilan d'une vie, il dit prendre pour modèle Albert-Élie Luce dans ses derniers moments, Albert-Élie Luce étant un des personnages centraux de Jean Barois, roman de Roger Martin du Gard publié en 1913. 

Distinctions

Décorations

  • Grand-croix de la Légion d'honneur le 31 décembre 2018
  • Grand-croix de l'ordre national du Mérite le 14 novembre 2012
  • Croix de grand commandeur de l'ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne en 2003
  • Commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres le 11 décembre 1997

Prix

  • 1965 : prix Broquette-Gonin en littérature pour le livre La Politique en France.
  • 1975 : prix de la paix des libraires allemands décerné par l'Union des éditeurs et libraires allemands comme « médiateur entre Français et Allemands, incroyants et croyants, Européens et hommes d'autres continents »
  • 1978 : médaille Theodor Heuss
  • 1986 : Schärfste Klinge
  • 1995 : prix de l'orateur Cicéron
  • 1996 : prix Schiller de la ville de Mannheim
  • 1998 : grand prix de l'Académie des sciences morales et politiques
  • 1996 : prix humaniste
  • 2004 : Médaille Wilhelm-Leuschner
  • 2004 : prix Abraham-Geiger
  • 2012 : grand prix franco-allemand des Médias (PFAJ)
  • 2013 : prix Theodor Wolff
  • 2014 : prix Nannen

Honneurs

  • 1986 : Plaque Goethe d'honneur de la ville de Francfort-sur-le-Main
  • 2001 : Doctorat honoris causa de l'Université européenne des humanités (15 décembre 2001, Lituanie)
Publications

Travaux scientifiques

  • L'Allemagne de l'Occident, éd. Gallimard, 1953.
  • La situation de l'Allemagne en 1955, Presses universitaires de France, 1955.
  • La démocratie de Bonn (1949-1957), éd. Armand Colin, 1958.
  • Hitler : la presse et la naissance d'une dictature, éd. Armand Colin, 1959.
  • La IVe République et sa politique extérieure, Paris, Armand Colin, coll. « Sciences politiques », 1972, 3e éd. (1re éd. 1961), 439 p. (présentation en ligne [archive]).
  • La politique en France, éd. Armand Colin, 1964 (avec François Goguel).
  • L'Allemagne de notre temps, éd. Fayard, 1970.
  • Dix leçons sur le nazisme, éd. Fayard, 1976 (direction).
  • La vie politique en Allemagne fédérale, éd. Armand Colin, 1978 (avec Henri Ménudier).
  • Les Occidentaux : les pays d'Europe et les États-Unis depuis la guerre, éd. Fayard, 1978, rééd. Le Seuil, « Points »-histoire, 1982 et 1991.
  • Affaires extérieures : la politique de la France depuis 1944, éd. Flammarion, 1984, rééd., coll. « Champs », 1989.
  • L'Allemagne en Occident, éd. Fayard, 1985, rééd. Hachette, coll. « Pluriel », 1987.
  • Le crime et la mémoire, éd. Flammarion, 1989, rééd., coll. « Champs », 1991.
  • Allemagne, éd. Flammarion, coll. « Dominos », 1994 (avec Héĺène Miard-Delacroix).
  • Les identités difficiles, Presses de Sciences Po, 1996.
  • L'explication politique, Editions Complexe, 1999.
  • L'Allemagne de Berlin ; différente et semblable, éd. Alvik, 2002.
  • La France, semblable et différente, éd. Alvik, 2005.

Essais

  • Au nom de quoi ? Fondements d'une morale politique, Le Seuil, 1969.
  • La passion de comprendre, (Noël Copin interroge Alfred Grosser), Le Centurion, 1977.
  • Le sel de la terre : pour l'engagement moral, Le Seuil, 1981.
  • Une vie de Français : mémoires, Flammarion, 1997.
  • Les fruits de leur arbre : regard athée sur les chrétiens, Presses de la Renaissance, 2002.
  • La joie et la mort. Bilan d'une vie, Presses de la Renaissance, Paris, 2011.

Publié dans Historiens

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