Guy Wildenstein ment

Publié le par Le Point - Jean-Michel Decugis, Mélanie Delattre et Christophe Labbé

JournalLe Point publié le 12/07/2011 à 12:39 par Jean-Michel Decugis, Mélanie Delattre et Christophe Labbé

Le collectionneur Yves Rouart a porté plainte contre X en octobre dernier pour abus de confiance, vol et escroquerie.

Wildenstein GuyYves Rouart : C'est une grande satisfaction. Cela fait quatorze ans que je me bats pour retrouver les oeuvres de ma tante détournées lors de sa succession. J'espère que la mise en examen de Guy Wildenstein va permettre de faire la lumière sur la disparition de certains tableaux. Ma tante entretenait des relations de confiance avec le marchand d'art Daniel Wildenstein, le père de Guy. Quand elle partait en vacances, elle lui confiait la garde des tableaux accrochés aux murs de son appartement.

Le reste de sa collection était entreposé en permanence dans les coffres de l'institut. Quand ma tante a légué son imposante collection à l'académie des Beaux-Arts, dont Daniel Wildenstein était le trésorier, elle a désigné comme co-exécuteur testamentaire son fils Guy. Moi, son neveu, je me suis vu attribuer "tous les meubles meublants" de son appartement de Neuilly. En clair, tous les tableaux accrochés aux murs. J'ai toujours été convaincu qu'au moment de l'inventaire, qu'ils ont effectué en mon absence, les Wildenstein ont décroché les "meubles meublants" pour les mélanger avec la collection qu'ils avaient ramenée de leur coffre. Ceci pour les faire sortir de mon héritage.

Pourquoi avoir déposé une plainte ?

J'avais déjà porté plainte contre X en 1997 pour abus de confiance, escroquerie et vol. Deux ans plus tard, lors du décès de François Daulte, le père de l'autre exécuteur testamentaire, vingt-quatre oeuvres, dont un Corot, qui avaient disparu lors de la succession ont été retrouvées dans le coffre suisse de la famille Daulte. Une transaction provisoire avait alors été signée avec l'académie pour la répartition de ces oeuvres. Avec la découverte par la police de la Chaumière en Normandie dans les coffres de l'Institut Wildenstein, je considère que l'affaire est relancée. J'ai la preuve que ce tableau appartenait à ma tante et qu'il a disparu lors de sa succession. Quand les policiers de l'Office central contre le trafic des biens culturels m'ont appelé pour identifier le tableau, j'ai porté plainte sans hésitation.

Croyez-vous Guy Wildenstein sincère quand il affirme qu'il ignorait que ce tableau se trouvait dans le coffre de l'institut ?

Il ment. (Lire l'audition de Guy Wildenstein devant la police) En 1997, j'ai engagé une première procédure devant le TGI de Nanterre, qui a ordonné à Daniel et Guy de communiquer les documents relatifs aux entrées et sorties des tableaux de ma tante dans leur coffre. Les Wildenstein ont alors fourni plusieurs listes dans lesquelles apparaît la Chaumière en Normandie. En tant qu'exécuteur testamentaire, Guy Wildenstein ne pouvait donc ignorer que ce tableau appartenait à ma tante. Il est impensable que depuis la mort de Daniel Wildenstein en 2001 aucun inventaire du coffre de l'institut n'ait été réalisé. Et ce, alors que Guy Wildenstein était en conflit judiciaire avec sa belle-mère. Par ailleurs, les policiers ont acquis la preuve que la Chaumière en Normandie avait été sorti ces dernières années de l'Institut Wildenstein pour être présenté à un galeriste parisien.

Croyez-vous que Guy Wildenstein a en sa possession d'autres oeuvres de votre tante, notamment trois tableaux de Manet et une toile de Corot qui ont également disparu ?

C'est une certitude. Après l'élection de François Mitterrand en 1981, Daniel Wildenstein avait convaincu ma tante que des tableaux de cette importance risquaient d'être "nationalisés". Il lui avait proposé de les transporter en Suisse dans son avion privé pour les mettre en lieu sûr. Ma tante a eu la naïveté d'accepter. Au moment de sa succession, les oeuvres n'ont pas été rendues ! J'ai en ma possession des témoignages qui en attestent.

Quel rôle a joué, selon vous, dans cette affaire l'académie des Beaux-Arts, principal légataire de votre tante ?

L'académie se désintéresse de ce que sont devenus trois Manet et un Corot. Pour moi, c'est la preuve d'une collusion avec Guy Wildenstein. J'ai été démuni de certains "meubles meublants" dans l'appartement de ma tante à cause d'une manipulation orchestrée par les Wildenstein, dans l'intérêt de l'académie, principale légataire de ma tante. Je vous rappelle qu'à l'époque Daniel Wildenstein, co-exécuteur testamentaire, était membre de l'académie. En 1997, l'académie avait refusé de s'associer à ma plainte, alors que de nombreuses oeuvres disparues pouvaient lui revenir. La direction de l'académie qui était déjà en poste au moment de la succession ne semble pas avoir changé de position. Comment ne pas penser que l'académie a fait un "cadeau" aux Wildenstein en s'abstenant à l'époque de porter plainte ?


Publié dans Articles de Presse

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