Hitler aurait-il manipulé Staline ?

Publié le par Roger Cousin

JournalAgora Vox publié le 27/09/2010

David E.Murphy, dans son ouvrage "Ce que savait Staline, l’énigme de l’opération Barbarossa" (Stock, 2006), nous livre peut-être la clé de l’entêtement du dictateur géorgien, incapable de croire à l’attaque imminente de l’Allemagne nazie, le 22 juin 1941, malgré de multiples avertissements.

Beria LavrentiLe 22 juin 1941, au petit matin, la Wehrmacht envahit l’URSS à la grande surprise de Staline et ,pendant près de 6 mois, l’armée rouge va aller de Charybde en Scylla, perdant près de 5,5 millions d’hommes devant les armées allemandes, en cette seule année 1941, à cause, notamment, de l’impréparation de cette même armée rouge. Or, le flot d’informations allant vers l’URSS, indiquant que l’attaque allemande était imminente, après la défaite de la France, en juin 1940, fut continuel.

Tout le monde connaît les prédictions du super-espion, Richard Sorge, qui, infiltré à l’ambassade d’Allemagne au Japon, ami de l’ambassadeur Ott, avait prévenu les services soviétiques du jour de l’attaque allemande, en mai 1941. Mais il y eut bien d’autres informateurs, plus anonymes, qui informèrent Staline, et David E.Murphy, dans son livre, « Ce que savait Staline , l’énigme de l’Opération Barberousse  », en fait un inventaire impressionnant !

Dès le 17 mai 1939, Ivan Proskourov, alors chef du renseignement militaire (GRU), avait envoyé un rapport à Staline mettant l’accent sur les plans belliqueux allemands contre la Pologne et l’URSS. En juin 1940, Proskourov, sur les indications de l’attaché militaire soviétique, à Sofia, le colonel Ivan.F.Dergatchev, remit un rapport au Petit Père des Peuples indiquant que l’Allemagne avait comme objectif d’envahir l’URSS !

L’antenne du GRU, à Berlin, était assez prolifique, vu qu’elle disposait d’un agent double au ministère allemand des affaires étrangères, nom de code Ariets, qui signala, le 29 septembre 1940, qu’Hitler avait l’intention d’attaquer l’URSS ! Ariets récidiva en décembre 1940, informant les soviétiques que les allemands s’apprêtaient à attaquer l’URSS au printemps 1941. Sur les injonctions de Filip I.Golikov, nouveau chef du renseignement militaire en remplacement de Proskourov, tombé en disgrâce après la calamiteuse campagne d’hiver contre la Finlande, Ariets, le 28 février 1941, alla même jusqu’à donner l’ordre de bataille allemand pour l’opération Barbarossa  !!

En mars 1941, le président Roosevelt, prévenu par l’ambassade américaine à Berlin, décida d’informer l’ambassadeur soviétique à Washington, de l’imminence de l’invasion allemande. L’ambassadeur américain à Moscou, Laurence Steinhardt, le 15 avril 1941, réitéra à l’adjoint au commissariat des Affaires Etrangères, Salomon A.Lozovski, les informations concernant l’invasion imminente de l’URSS par les nazis.

En fait, de toute l’Europe, des informations venant des antennes du GRU sur l’imminence d’une attaque allemande convergeaient vers Moscou. De Berne, Alexandre Rado, agent soviétique, envoya des informations très précises sur les fortes concentrations allemandes sur la frontière germano-soviétique, de Bucarest, Kurt Völkisch, l’attaché de presse de l’ambassade et agent au service de l’URSS, nom de code AVS, rapporta la teneur exacte des discussions entre Goering et le Maréchal Antonescu, début 1941, concernant la future attaque de l’URSS. De Paris, de Londres, de toutes les capitales d’Europe, des bruits incessants sur l’imminence de l’invasion de l’URSS par les armées allemandes arrivaient aux oreilles des soviétiques

Alors pourquoi cet autisme de la part du Petit Père des Peuples ? Pourquoi devant la multiplication des informations sur l ’imminence de l’invasion, venant de sources très variées, Staline s’est entêté à ne pas voir la vérité en face ? Plusieurs raisons peuvent-être invoquées dont, notamment, la flagornerie régnant dans l’entourage du dictateur géorgien et la crainte de le mécontenter. Que ce soit le chef du GRU, Golikov, ou celui du NKVD, Beria, la prudence était de mise, et les deux hommes filtraient les informations pour Staline, devançant les désirs du géorgien, qui s’entêtait à croire que l’Allemagne nazie n’allait nullement commettre la folie d’ouvrir un deuxième front. Un certain Proskourov, devancier de Golikov, avait d’ailleurs payé assez cher son indépendance d’esprit ...et il était fort risqué de dire la vérité à Staline, surtout dans cette période où le souvenir des purges étaient encore bien fraîches !

David E.Murphy nous donne, peut-être, les raisons de cette incroyable cécité stalinienne. En effet, les allemands disposaient d’un agent double, Orest Berlinks, un letton, qui depuis août 1940 , avait été infiltré dans l’entourage d’Amiak Z.Koboulov, agent du NKGB et, surtout, frère de Bogdan Z.Koboulov, l’un des lieutenants les plus proches de Beria, le chef du NKVD. Or, Orest Berlinks, nom de code « lycéen  », aurait intoxiqué Amiak Z.Koboulov et par ricochet, le clan Beria et Staline sur l’improbabilité d’une attaque allemande ! Murphy, ancien agent secret, travaillant pour le compte de la CIA, spécialisé dans les affaires soviétiques dans les années 50-60, s’appuie, notamment, sur les archives du Bureau Ribbentrop pour étayer ses dires sur cette opération d’intoxication. Il souligne, que les soviétiques, ne découvrirent l’existence de ce Berlinks, qu’en 1947 ! L’ancien espion américain a peut-être levé le voile sur un des grands mystères du second conflit mondial.


Publié dans Articles de Presse

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