Il avait 14 ans au moment de la Libération de Carpentras

Publié le par Roger Cousin

JournalLa provence publié le 25/08/2010 à 16H36

Adolescent en 1944, Robert Mora se souvient de l'arrivée des Américains et de la fin de la guerre

Libération de carpentrasIl dit qu'il ne se souvient de rien, que l'histoire a été maintes fois racontée, qu'il n'a rien à ajouter. Pourtant Robert Mora a des souvenirs très précis de la Libération de Carpentras et de la période qui a précédé. Il avait 14 ans à l'époque et durant l'été 1944, alors que les grandes vacances touchaient à leurs fins, il assiste aux derniers jours de l'occupation allemande.

À l'époque, il ne saisit pas tout mais comprend que quelque chose d'important est en train de se jouer. Avec ses amis de l'époque, il se faufile partout, il veut être aux premières loges des événements. "À 14 ans, on voit tout et on voit rien. On allait partout, on écoutait les conversations mais il y a beaucoup de choses qui nous échappaient" raconte le Carpentrassien, soixante-six ans plus tard.

Quand la guerre débute, Robert Mora habite Place du Palais de justice, avec ses parents, expéditeurs, et ses frères et soeurs. Il observe les années de guerre et d'occupation avec ses yeux d'enfants, puis d'adolescent. "À Carpentras, on entendait les bombardements d'Avignon. Il y avait des centaines de bombardiers qui passaient au-dessus de nos têtes. Quand on entendait les sirènes, on allait tous se mettre route de Saint-Didier, à l'abri, au milieu des champs."

Robert Mora est jeune, il a soif de comprendre, d'observer. Un jour, il prend un bus, avec quelques amis, pour voir se qui se passait du côté d'Avignon. "Ma mère disait : "Ne vas pas là-bas, ne vas pas là-bas". On y est allé quand même. Il y avait eu des bombes, des morts, des trous. C'était la pagaille. On était jeune. On voulait voir".

La peur ? Durant toute cette période, Robert n'en connaît pas l'odeur : "On écoutait bien les discussions des adultes mais on n'a pas peur à 14 ans. On allait voir les ponts qui avaient sauté. C'était nos escapades". Depuis le débarquement des Alliés, le 15 août, à Saint-Raphaël, les Carpentrassiens suivent leur progression à la radio. "On attendait les Américains depuis 3, 4, 5 jours peut-être. On savait qu'ils allaient arriver."

Enfin, ils finissent par venir, guidés par Paul Fructus. Pendant plusieurs jours, c'est l'euphorie et le désordre général : "Il y avait des Américains qui partaient. D'autres qui arrivaient. Pour nous, c'étaitla rigolade". Robert Mora et ses copains ne veulent rien louper. Il suit les grands, se faisant parfois rabrouer. Il se rend dans les campements américains, installés à Saint-Ponchon et sur la route de Pernes. Une autre fois, il va à l'encontre des chars sur la route de Beaumes-de-Venise.

Il lance des melons aux libérateurs, qui passent, sur leurs tanks. En échange, il réceptionne des chewing-gums et du chocolat. La fin de l'été sent bon l'insouciance et la liberté. "Après la libération, le train-train et le travail sont revenus. Il y avait les tickets pour le pain et les patates. Pour moi, c'était le plus pénible. Les prisonniers aussi étaient de retour. On allait les attendre sur la place du Théâtre ou à la gare…" Et puis il y avait le reste.

Les histoires de vengeances et de règlements de compte. Ce dont Robert Mora ne veut pas parler, "parce que c'était moche", même du haut de ses 14 ans. "Tout ça c'est bien loin maintenant. Ça fait 65 ans qu'on raconte les mêmes histoires." Robert Mora reste discret sur ses souvenirs, pourtant, il n'a rien oublié. Il n'a jamais quitté Carpentras non plus. Aujourd'hui, il vit place de la Libération, toujours aux premières loges.


Publié dans Articles de Presse

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