Il n’y a pas de bons Français, il n’y a que des braves gens

Publié le par L'Hebdo de l'Ardèche - Sylivie Colozzino

L'Hebdo de l'Ardèchepublié le 31/05/2010 à 6:28 par Sylivie Colozzino


Le documentaire Xavier Vallat, un bon Français ? commence avec Serge Klarsfeld et son épouse Beate, ornés de leur étoile jaune, lors des funérailles de Vallat. Ils y étaient venus traquer d’éventuels criminels de guerre et dénoncer le passé de l’ancien élu ardéchois. « En 1972, la France méconnaît une partie de son histoire de la seconde guerre, les époux Klarsfeld commencent tout juste à l’exhumer, Vallat était le premier Français qu’ils traquèrent » explique Sylvie Colozzino, réalisatrice du documentaire.

Une rencontre déterminante

Klarsfeld Serge et BeateJournaliste à France 3 Lyon, elle a déjà tourné beaucoup de reportages sur la seconde guerre mondiale et a notamment eu l’occasion de s’intéresser à Xavier Vallat. Elle rencontre alors Jean-Claude Nicolas et son frère Joseph et y a vu l’occasion, à travers leur témoignage de réaliser ce document : « Ce sont deux bons interlocuteurs qui ont l’intelligence de transmettre cette histoire. » Ses nombreuses recherches lui font dire que Vallat était « l’archétype du fonctionnaire zélé qui certes n’a pas créé Auschwitz, n’a pas fait déporter de juifs mais a été de ceux qui l’ont organisé ». Le titre du documentaire, Xavier Vallat, un bon Français ?, n’est évidemment pas à prendre littéralement : « Je voulais montrer que la notion de bon Français évolue. Entre 1940 et 1944, c’était les pétainistes mais plus la guerre avance, plus on se rend compte, que les bons Français sont plutôt ceux qui aident les gens recherchés. Mais, selon moi, il n’y a pas de bons Français, il n’y a que de braves gens. »

Comme pour tous ses tournages, Sylvie Cozzolino est ressortie de celui-ci enrichie mais pas bouleversée : « J’ai réalisé un documentaire sur les vingt ans du procès de Klaus Barbie, donc je commence à être un peu vaccinée même si, bien sûr, on sort marqué de ce genre de travail. » Marquée, elle le fut notamment de la rencontre au Centre d’histoire de la résistance et de la déportation à Lyon, entre les différents intervenants du film, notamment les époux Klarsfeld et les frères Nicolas : « Chacun a écouté les autres sans jugement de valeur avec un grand respect et surtout beaucoup d’humilité. Je me souviens de jolis regards échangés à la fin de cette rencontre. »

Alexandre Pauze

Le documentaire Xavier Vallat, un bon Français ? de Sylvie Cozzolino sera diffusé samedi 12 juin à 15 h 25 sur France 3.

Qui était Xavier Vallat ?

Né le 23 décembre 1891 dans le Vaucluse, Xavier Vallat est devenu enseignant puis a combattu durant la première guerre mondiale où il perdit une jambe et l’usage d’un œil. Maire de Pailharès, conseiller général du canton de Saint-Félicien et député de l’Ardèche, il n’a cessé durant l’exercice de ses mandats de dire son hostilité envers les juifs et les francs-maçons.

En 1940, il s’associe au gouvernement de Vichy en devenant secrétaire général aux anciens combattants puis prend en mars 1941, la tête du commissariat général aux questions juives. Il rédige le second statut des juifs, moins libéral que le précédent, organise leur recensement ainsi que l’appropriation et la liquidation de leurs biens. Les autorités allemandes le trouvant trop « libéral » le remplacent en 1942 par Louis Darquier de Pellepoix. Il tiendra ensuite le micro de Radio journal Vichy. En 1947, il est condamné à dix ans d’emprisonnement, échappant à la peine de mort car il n’a pas collaboré directement à l’extermination des juifs. Il sera libéré en 1949. Il poursuivra jusqu’à sa mort, en 1972, ses écrits antisémites notamment dans le journal Aspects de la France.

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