Jacob Max

Publié le par Mémoires de Guerre

Max Jacob, né le 12 juillet 1876 à Quimper et mort le 5 mars 1944 à Drancy, est un poète moderniste et romancier mais aussi un peintre français. Précurseur de Dada puis du surréalisme sans y adhérer, il bouleverse de son vers libre et burlesque la poésie française dès 1917, après avoir renoncé à sa carrière de journaliste auprès d'Alphonse Allais et s'être intimement lié à Pablo Picasso, Guillaume Apollinaire, Marie Laurencin, André Salmon, Amedeo Modigliani. Artiste vivant principalement de sa peinture, laquelle a été assimilée à l'École de Paris, il devient à partir de 1934 un épistolier influent, en particulier sur Jean Cocteau, et prolixe, dont la théorie esthétique, au-delà du mysticisme qui anime son écriture, sert en 1941 de fondement à l'École de Rochefort.

Né en Basse Bretagne dans une famille juive voltairienne et non pratiquante, Max Jacob, qui restera toute sa vie tourmenté par son homosexualité, se convertit en 1915 au catholicisme après avoir eu plusieurs visions, tout en continuant à animer l'avant-garde montmartroise et montparnassienne. À partir de 1936, il mène à Saint-Benoît-sur-Loire la vie monacale d'un oblat séculier rattaché à l'abbaye de Fleury. Sa poésie témoigne dès lors du quasi quiétisme dans lequel il assume douloureusement sa vie de pécheur comme une condition de sa rédemption. Ses origines ashkénazes lui valent, six mois avant la Libération de Paris, d'être arrêté par la Gestapo, destin qu'il accepte comme un martyre libérateur. Interné par la gendarmerie française dans le camp de Drancy, il y meurt en cinq jours, trente heures avant sa déportation programmée pour Auschwitz

Jacob Max

Années de formation

Histoire d'un nom

Max Jacob Alexandre naît le 12 juillet 1876 au 14 rue du Parc à Quimper, à l'entresol du café qui fait l'angle avec la rue Saint François, dans une famille juive voltairienne non pratiquante, ne serait-ce qu'en raison de l'absence de coreligionnaires et de synagogue. Madame Alexandre, née Jacob, donne à ses trois cadets Jacob pour second prénom (Gaston Jacob, Max Jacob, Jacques Jacob). Max Jacob, toute sa vie tourmenté par ses démons, placera l'ensemble de son œuvre sous le signe de Jacob luttant avec l'Ange, représenté ici par Gauguin, en 1888. Il finira par voir dans le changement de nom d'Israël et l'acquisition du droit d’aînesse par celui-ci la prémonition de la conversion des Juifs au christianisme, dont enfant il souffrait d'être exclu. Le grand-père paternel de Max Jacob, Samuel Alexandre, est un colporteur né dans la Sarre, autrefois française, au sein d'une famille de maquignons. Il est issu de ces familles ashkénazes de l'ex-Cisrhénanie qui ont été émancipées par la France révolutionnaire et ruinées par les guerres napoléoniennes. 

Il immigre en France à l'âge de treize ans et finit par s'installer en 1858 à Quimper, où il fera fortune dans la confection. Aidé de ses deux fils, il ouvre en 1870 plusieurs succursales, dont un magasin proposant toutes sortes d'objets pittoresques bretons, pratique des campagnes publicitaires et remporte plusieurs prix d'expositions universelles, notamment celle de 1867. Le couturier saisit le goût celtisant de l'époque et se fait styliste. Pour le mobilier, il invente le style breton. En brodant les motifs des parois du cairn de Gavrinis, il a une influence certaine sur la mode bretonne. Le père de Max Jacob, Lazare Alexandre, exerce le métier de kemener, c'est-à-dire tailleur-brodeur. Dans la Bretagne d'alors, c'est un métier estimé par les coquettes de Quimper et leurs maris bourgeois, mais, en raison de préjugés relatifs à la virilité, moqué par le peuple des campagnes et les enfants. 

Quand Lazare Alexandre épouse en 1871 une parisienne, Prudence Jacob, il est, au sein de l'entreprise paternelle, à la tête d'une équipe de « tennerienou neud », brodeurs travaillant à domicile. Les Jacob possèdent des ateliers de confection à Lorient, et c'est sous la marque « Jacob » que l'entreprise Alexandre développe sa notoriété. Le 16 juillet 1888, Samuel Alexandre et ses fils font changer leur nom à l'état civil et adoptent officiellement le nom de famille « Jacob », sous lequel ils sont connus de leurs clients. « Jacob » a en outre l'avantage d'être, comme beaucoup de prénoms bibliques, un patronyme typiquement cornouaillais. Max Alexandre a douze ans quand il devient Max Jacob. Max Jacob est le cousin de la résistante Andrée Jacob et du compositeur Dom Clément Jacob. 

Enfance bretonne (1876-1894)

Vivant au premier étage d'une élégante maison neuve au 8 rue du Parc, le long de l'Odet, le petit Max passe à Quimper une enfance confortable, imprégnée de légendes et de la ferveur catholique des pardons qu'exaltent la défaite de 1870, la Grande Dépression, l'implication du clergé dans le revanchisme et le « redressement moral », puis la politique de l'« esprit nouveau », notamment par le culte du Sacré-Cœur. N'ayant pas reçu le baptême, il souffre d'être exclu de cette vie fervente, particulièrement quand les processions défilent sous les six fenêtres du balcon. Il apprend l'orgue dans la cathédrale Saint Corentin avec son professeur de piano. Depuis son plus jeune âge, il manifeste une phobie des chiens même petits, peur irrationnelle qui le poursuivra toute sa vie, de sorte qu'il se fera mordre de nombreuses fois et que les animaux représenteront souvent dans sa poésie des lieux d'angoisse. Dès l'âge de huit ans, il s'amuse à prédire avec assurance l'avenir de ses camarades et fait des horoscopes. Il se moque des enfants bretonnants et joue aux « rêves inventés ». 

Battu par sa sœur et son frère aînés, il ne trouve pas de consolation auprès d'une mère railleuse, toute à sa toilette, et restera très attaché à la petite dernière, Myrthe-Léa, qui a huit ans de moins que lui. À treize ans, afin de soigner sa nervosité débordante, il est envoyé à Paris consulter Jean-Martin Charcot, lequel pratique une psychothérapie fondée sur la suggestion et utilise parfois l'hypnose. Il passe l'année scolaire 1890-1891 dans une maison de santé pour adolescents issus des milieux favorisés. Au retour de cette expérience parisienne où la fréquentation des pensionnaires l'a sensibilisé aux beaux-arts et à la musique, il entame une scolarité des plus brillantes, conversant souvent en privé avec ses professeurs, collectionnant les prix en histoire, en sciences naturelles, en allemand, en rhétorique. Il s'enthousiasme pour Baudelaire et Jules Laforgue et, avec ses camarades les plus exaltés, essaie de lancer des revues littéraires qui fâchent le proviseur. En 1894, il obtient un huitième accessit au concours général de philosophie, et se voit proposer une bourse pour préparer le concours de Normale, dans une classe du prestigieux lycée Lakanal, à laquelle il renonce. 

Étudiant dans le Paris de la Belle Époque (1895-1898)

À la rentrée 1894, Max Jacob choisit de suivre à Paris les traces de son frère aîné, Maurice « l'Africain », à l'École coloniale. Il s'y oriente pour devenir cadre dans l'administration coloniale de l'Indochine. Logeant à l'hôtel Corneille, rue Corneille, dans le quartier latin, il suit en parallèle le cursus de la Faculté de droit de la Sorbonne. Le 4 mars 1895, son meilleur ami, Raoul Bolloré, petit-neveu de l'industriel Jean-René Bolloré et génie précoce auquel il voue une admiration particulière empreinte d'exaltation, se suicide à Rennes, en se jetant dans la Vilaine. Il en portera le deuil mélancolique toute sa vie. Il échoue à tous ses examens et l'année scolaire 1895-96 est une année de redoublement, tant à la Faculté de droit qu'à l'École coloniale. Dans celle-ci, il prépare par anticipation les concours d'entrée dans l'administration pénitentiaire coloniale. Réformé en décembre 1896 pour insuffisance pulmonaire au bout de deux mois de service militaire passé au 118e de ligne de Quimper, il attend la rentrée suivante dans une mansarde de la maison paternelle aménagée par lui, en s'adonnant avec rage au piano et au dessin paysager. 

Au bout du premier trimestre de sa seconde année, en décembre 1897, il est conduit à démissionner de l'École coloniale. Renonçant aux rêves de voyages exotiques, il retourne pour quelques semaines à Quimper, où il retrouve son piano et son désœuvrement. À vingt et un ans, attiré par le tourbillon de la fête parisienne, rêvant de devenir l'homme de lettres promis par le concours général, il profite de sa majorité, au grand dam de ses parents, pour retrouver Paris en février 1898, où un collègue l'héberge provisoirement. Tout en continuant ses études de droit, logé d'une chambre misérable à l'autre, boulevard Arago puis rue Denfert-Rochereau, il tâche de gagner sa vie comme accompagnateur de piano, puis animateur d'un cours de dessin dans une école communale. En décembre 1898, il passe avec succès ses examens et reçoit son diplôme de licence de droit19, option droit maritime, le 6 janvier 1899. 

Journaliste caractériel (1899-1901)

En décembre 1898, Max Jacob, introduit par le peintre et ami Fernand Alkan-Lévy auprès de Roger Marx et recommandé par celui-ci, commence à exercer comme critique d'art sous le nom de son grand-père maternel, Léon David, au Moniteur des arts, ce qui lui permet de parcourir les expositions. En septembre 1899, il est promu rédacteur en chef de La Revue d'art, nouveau titre de cette revue, publiée par Ernest Flammarion et reprise par Maurice Méry. Celui-ci veille comme un père sur le jeune homme et Madame Méry reçoit à dîner le protégé de son mari. Installé dans la carrière de journaliste, Max Jacob, alias Léon David, porte barbe et redingote. Il est devenu l'objet de la fierté familiale. Payé vingt francs, somme relativement considérable, par article hebdomadaire, il s'offre des cours de dessin à l'atelier dont Jean-Paul Laurens a confié l'animation à ses élèves, au sein de l'Académie Julian. Le ton condescendant et le style pédant par lesquels les articles de Léon David proclament la fin du classicisme agacent, au point que son directeur, Maurice Méry, se sent obligé de prendre la plume et défendre l'indépendance de ses journalistes. Lassé du métier d'écrivaillon tirant à la ligne, exaspéré par un lectorat conformiste, Max Jacob démissionne à la fin21 d'octobre 1899 et tombe malade. 

En janvier 1900, il revient prendre un poste de secrétaire de rédaction au Sourire, une revue satirique fondée par Maurice Méry quatre mois plus tôt et appartenant au même groupe de presse Le Gaulois. Il y publie quelques articles, dont certains signés du nom de son rédacteur en chef, Alphonse Allais. C'est à Montmartre, chez Pedro Mañach, qu'en juin 1901, après en avoir admiré une des toiles exposées chez Ambroise Vollard, Max Jacob, qui a laissé sa carte à chaque fois qu'il passait à la galerie avec un mot pour le peintre méconnu, fait la connaissance de Pablo Picasso. Auprès du critique, de cinq ans son aîné, le jeune peintre fraichement arrivé d'Espagne et dont le compagnon d'infortune, Carlos Casagemas, perdu d'alcool, vient de se suicider, se familiarise au français et au Paris des arts. Max Jacob, reconnu par la profession et estimé des peintres, mais déçu par sa « conquête de Paris », décide de tenter sa chance dans sa province. Ce qui le détermine à briser sa carrière, c'est la prise de conscience de l'écart entre la langue pratiquée par les journalistes et son projet initial de devenir écrivain. Il publie son dernier article dans Le Sourire le 21 décembre 1901, un poème intitulé en forme de sourire Enterrement, trois jours avant Noël. 

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L'aventure de l'art moderne

Le tournant Picasso (1902)

Rentré à Quimper, Max Jacob, à vingt-cinq ans, s'essaie à divers métiers, dont celui de menuisier. Son espoir déçu d'obtenir par relation un poste de petit fonctionnaire, il retourne à Paris, où il trouve à louer une chambre quai aux Fleurs. Il se retrouve sans soutien et multiplie les emplois à l'essai. En 1902, il est clerc d'avoué, précepteur, employé de l'Entrepôt Voltaire. En octobre 1902, Pablo Picasso, rencontré quinze mois plus tôt et reparti à Barcelone en janvier, revient à Paris. Les deux crève-la-faim s'entendent pour partager la chambre que Max Jacob loue boulevard Voltaire, dans le Pincourt de Casque d'or et des Apaches. Ils y dorment à tour de rôle, le poète la nuit, le peintre le jour. Cette surexploitation pratiquée par les marchands de sommeil est tout à fait habituelle dans un Paris haussmannien peuplé d'ouvriers. Pour payer sa part, Max Jacob accepte tout travail. Il vend des horoscopes dans les palaces, à des femmes du demi monde et à leurs clients, de faux princes russes. 

La bohème montmartroise (1903-1906)

En janvier 1903, Pablo Picasso repart à Barcelone, et Max Jacob emménage 33 boulevard Barbès, au pied de la butte Montmartre. Il entame une amitié indéfectible avec André Salmon, qu'en juin 1902 il a rencontré en même temps qu'Edmond-Marie Poullain au Caveau du Soleil d'or, au cours d'une des soirées de La Plume qu'organise Karl Boès et que fréquente aussi un ami de ce dernier, son ancien directeur Alphonse Allais. Il se lie aux autres peintres qui fréquentent la bohème montmartroise au Chat noir, 68 boulevard de Clichy : Georges Braque, Henri Matisse, Amedeo Modigliani, mais aussi les critiques d'avant garde, dont Beatrice Hastings. Il a une aventure libertine avec une femme pauvre rencontrée à l'entrepôt Voltaire, Cécile Acker, « seule passion violente de sa vie » qui le désespère.

C'est la misère noire. Plutôt que de se nourrir, Max Jacob dépense avec ses amis le peu de pension qu'il reçoit de son père en mauvais vin au Lapin Agile et autres guinguettes. Il survit grâce à de petits métiers, balayeur, garde d'enfants... Déguisé en disciple de l'École de Pont-Aven, il porte le costume glazic de son Quimper natal, s'initie en autodidacte26 à la poésie et à la gouache, et essaie de vendre ses œuvres le soir dans les cafés du quartier interlope de Montmartre. Depuis Barcelone, Pablo Picasso lui conseille de renoncer à Cécile Acker et lui suggère d'écrire pour les enfants. Histoire du roi Kaboul Ier et de son marmiton Gauwain lui rapporte cent francs et un début de reconnaissance, le livre servant de prix scolaire.

En 1904, il est employé dans la centrale d'achat que son cousin Gustave Gompel possède, Paris-France, mais son incompétence fait interrompre l'expérience au bout de huit mois. Il abuse en effet de l'éther, source de son inspiration. En novembre, Picasso lui présente un critique avant-gardiste, Guillaume Apollinaire. La rencontre a lieu dans un bar de la rue d'Amsterdam, l'Austin's Fox. Le Journal des Instituteurs publie de lui, en quatre épisodes, un conte pour enfants, Le Géant du Soleil. En 1905, il se fiance à Cécile Acker, mais les crises mystiques de celle ci mettent un terme au projet de ménage après seulement quelques mois. Les anciens amants resteront liés par une foi mystique partagée. Un soir de 1905, en rentrant du cirque Medrano avec Max Jacob, Pablo Picasso demande à celui-ci de poser. Picasso sculpte dans la glaise ce qui, après l'ajout d'un bonnet de bouffon, deviendra un de ses plus célèbres bronzes, Le Fou, mais le lendemain, du portrait, seul le sourire de son ami est conservé par l'artiste. 

La phalange cubiste (1907-1908)

En 1907, Max Jacob s'installe dans une des chambrettes du Bateau-Lavoir, 7 rue Ravignan, où Pablo Picasso et Juan Gris ont la leur. Trois ans plus tôt, quand Picasso s'y était installé, c'était Max Jacob qui avait donné le nom de « lavoir » à cette résidence d'artistes sordide dont l'escalier central évoque un bastingage, car il n'y a, dans toute cette maison qu'il appellera l'« Acropole du cubisme », qu'un seul et unique point d'eau. Pablo Picasso y est en train d'achever le manifeste du cubisme qu'est Le Bordel d'Avignon. D'aucuns ont voulu voir dans le portrait d'une des femmes du tableau celui de la grand-mère avignonnaise de Max Jacob, qui a pu confier au peintre l'impression que lui inspirait durant son enfance ce personnage rude et austère. Désormais la millionnaire américaine Gertrude Stein et son frère Léo, pilotés par celui qui ne se fait pas encore appeler Pierre Roché, soutiennent Picasso. En revanche, les gouaches de Max Jacob, que Daniel-Henry Kahnweiler expose, ne se vendent guère, mais la galerie de la rue Vignon attire les amateurs de nouveauté et facilite les échanges intellectuels. C'est sans doute là que deux ans plus tard Max Jacob rencontrera Fernand Léger. Quasi mendiant, il passe le soir dans les restaurants proposer ses poèmes aux clients.

Au printemps, Marie Laurencin, amie de Braque lancée par le collectionneur Roché, rencontre Picasso à la galerie de Clovis Sagot, où elle expose. La bande du Bateau-Lavoir s'en trouve bouleversée. Elle est la seule jeune fille peintre, et non pas seulement un modèle, Suzanne Valadon faisant déjà figure de matrone. Max Jacob, qui accuse une différence d'âge, est à la fois séduit par Marie Laurencin, choqué par l'amour libre et blessé d'être rejeté. Le groupe se restructure autour des deux couples Laurencin-Apollinaire et Fernande-Picasso, éloignant un peu plus Max Jacob de ce dernier. L'admiration pour Apollinaire n'est pas non plus réciproque. Quand celui-ci devient le principal animateur de La Phalange, revue que dirige Jean Royère, il se garde bien de prévenir son ami poète. C'est qu'il le considère, ainsi que Picasso, non comme un artiste mais comme un compagnon loufoque, un peu stupide sinon complétement fou mais sachant rire à propos. Un soir de juin 1907, en compagnie des deux couples, auxquels se sont joints Maurice Princet et sa femme Alice, il expérimente le haschich.

En juillet, c'est lui que Fernande Olivier, rendue stérile par une « fausse couche », charge de ramener à l'orphelinat la petite Raymonde, âgée de treize ans, que le couple avait trois mois plus tôt envisagé d'adopter. Seul Max Jacob avait prêté un peu d'attention à l'orpheline. Jalousie ou prévention maternelle, sa mère adoptive craignait désormais de la voir entraînée dans les fantasmes de Picasso. Celui-ci avait en effet commencé à dessiner l'adolescente nue. Peu de temps après, à cause d'une chansonnette grivoise sur Marie Laurencin qu'il a composée et fait jouer dans un cabaret, Max Jacob manque de se faire casser la figure par Guillaume Apollinaire. Au printemps 1908, la fâcherie oubliée, celui-ci, qui a le sens des relations et de la publicité que Max Jacob n'a pas, consent enfin pour une fois, à l'occasion de la présentation de la nouvelle formule de La Phalange, à le révéler au public, à le compter parmi les acteurs de ce qu'il appellera L'Esprit nouveau et à publier deux de ses poèmes. 

Vocation mystique (1909-1911)

Seul face à ses démons, Max Jacob étudie, en bibliothèque le jour, veillant la nuit, les textes mystiques, le Zohar et quelques autres textes de la Kabbale, le bouddhisme, l'astrologie, l'occultisme. Toujours affamé, il ajoute à sa consommation d'éther, qu'il achète au litre, celle des tisanes de jusquiame, qui lui servent à invoquer les démons, mais ce qui lui arrive le 22 septembre 1909, à l'âge de trente-trois ans, est d'une toute autre nature. Alors qu'il rentre de la Bibliothèque nationale, l'image d'un ange lui apparaît sur le mur de sa chambre au 7 rue Ravignan : « [...] quand j'ai relevé la tête, il y avait quelqu'un sur le mur ! Il y avait quelqu'un ! Il y avait quelqu'un sur la tapisserie rouge. Ma chair est tombée par terre. J'ai été déshabillé par la foudre ! ». Il entoure l'apparition d'un cercle tracé sur le revêtement du mur. Élevé dans l'athéisme, mais sensible aux racines juives de sa famille, il se convertit intérieurement au catholicisme. Pendant deux années, il se plonge dans ce qui restera l'œuvre de sa vie, une exégèse occultiste58 de l'Évangile, de l'Ancien Testament et des Pères de l'Église, qui lui donne les clefs des visions qui continuent d'absorber son esprit. 

Il y cherche les réponses aux voix qui lui disent Na!, c'est-à-dire « secret » en hébreu. Il y trouve les preuves que le génie est une forme du phénomène de possession, manifestation du Saint Esprit qui est, selon lui, le nœud de l'Évangile. Il reste logé et habillé misérablement. Picasso, devenu riche, s'est installé dans un grand appartement bourgeois de la place de Clichy, 11 boulevard de Clichy, et a une domestique mais refuse à son ex-compagnon d'infortune l'aide financière qu'il lui demande. Toutefois, le peintre grave quatre cuivres pour illustrer le premier ouvrage proprement moderne de son ami, Saint Matorel. C'est le premier livre cubiste. L'idée de l'éditeur, Daniel-Henry Kahnweiler, est de promouvoir l'art moderne en associant les peintres et poètes. Il récidivera. Max Jacob a l'habitude de distribuer des talismans à ses amis. Un soir de chiromancie, en 1911, chez le couple Laurencin-Apollinaire, il prédit à celui-ci son destin tragique. 

En septembre, l'affaire du vol de la Joconde rompt les amitiés. Pablo Picasso, dans une crise de paranoïa agoraphobique au cours de laquelle il rase les murs pour éviter une police imaginaire et s'enferme à triple tour, exclut celui qui est devenu son rival le plus talentueux, Juan Gris. En octobre 1911, au terme de deux années d'études, le Commentaire des Évangiles de Max Jacob est prêt à imprimer. La Doctrine étant que, depuis la fin des temps évangéliques, Jésus Christ, comme celui-ci l'a annoncé dans son discours d'adieu, intervient auprès des croyants par l'intermédiaire de l'Église qu'il a fondée et ses saints pour être les seuls interprètes du Paraclet, et non directement par des apparitions de lui-même, il doit renoncer, sous peine de passer pour hérétique, à le publier. Il n'en restera que quelques échos dans des conférences qu'il donnera notamment chez Paul Poiret le 26 janvier 1912 et à Madrid en février 1926. Le manuscrit, remanié et refusé par Gallimard en janvier 1939, est archivé à la Bibliothèque Doucet68. Une version posthume sera publiée en 1947.

L'avant-garde montparnassienne (1912-1914)

A partir de la mi décembre 1911, Max Jacob est hébergé par Pablo Picasso dans le grand appartement bourgeois de la place Clichy. Six mois plus tard, il a achevé Mémoires apocryphes, mise en scène de personnage animés par l'inconscience, mais le manuscrit, trop avantgardiste, est refusé par Fasquelle malgré le soutien de Paul Poiret. Il ne sera publié qu'en 1920 sous le titre Cinématoma. C'est avec un Juan Gris resté brouillé avec Pablo Picasso qu'en 1913 Max Jacob séjourne à Céret, dans le Vallespir. Il y réalise une série de dessins du village. À son retour, il quitte définitivement sa chambrette du Bateau-Lavoir déserté. Il emménage seul à l'autre bout de la rue, au no 17 rue Gabrielle. Le numéro d'août de La Phalange a publié cinq de ses poèmes, ce qui provoque une colère mémorable de Guillaume Apollinaire, qui n'a pas été consulté.

À la fin de cette année 1913, il est toutefois de ceux que Guillaume Apollinaire sollicite pour la nouvelle édition des Soirées de Paris, Revue littéraire dont la direction a été confiée à celui-ci par le peintre Serge Férat. Jusqu'à l'éclatement de la Première Guerre mondiale, il fréquente, au cours des soirées mondaines organisées à Montparnasse, au siège de la revue, 278 boulevard Raspail, ou chez la baronne Oettingen, au 229, tout ce que la peinture, la littérature et la critique comptent de plus avant-gardiste, sur le plan artistique autant que sur le plan moral, Irène Lagut, Maurice Raynal, Blaise Cendrars, André Salmon, Fernand Léger, Albert Gleizes, Marc Chagall, Sonia Delaunay... Il est des membres de la fantomatique Société des Amis de Fantômas, qui n'a ni statut ni siège.

En 1914, il achève par Le Siège de Jérusalem, « drame injouable » illustré par Pablo Picasso et Eugène Delâtre, le cycle de la transcription de son itinéraire spirituel commencé en 1911 à travers le personnage de Saint Matorel, auquel il ajoutera un codicille en 1921. Le 16 décembre 1914, il a une vision du Christ, durant une séance de cinéma. Il en aura d'autres. Deux mois après sa vision, le 18 février 1915, Max Jacob, âgé de trente-huit ans, reçoit enfin le baptême sous le patronage de Cyprien au couvent de Sion, rue Notre-Dame-des-Champs, Pablo Picasso étant son parrain. Il pense pouvoir partager son mysticisme avec le magnétique Amedeo Modigliani mais celui-ci, comme Picasso précédemment, préfère se tourner vers les femmes. « Au lieu de femme un jour j'avais rencontré Dieu. » — Max Jacob, Le Laboratoire central, 1921.

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Le front de la révolution artistique (1915-1918)

Durant la Grande Guerre, Max Jacob, réformé en 1896, profite de la cantine de Marie Vassilieff. Il découvre avec André Salmon, Paul Fort, Blaise Cendrars, Léon-Paul Fargue, Pierre Reverdy la jeune génération de l'intelligentsia, Jules Romains, André Breton, Philippe Soupault, Jacques Lacan, Jean Paulhan, Tristan Tzara, Jean Cassou, Louis Aragon, à la Maison des Amis du Livre, librairie qu'Adrienne Monnier a ouvert en novembre 1915. Il y rencontre André Gide et Paul Valéry. Il est sollicité pour rédiger des textes présentant les expositions de ses amis peintres.  En juin 1917, il est le chef de chœur des Mamelles de Tirésias. Son père est mort quelques semaines plus tôt à Quimper, où il a été enterré avec les honneurs municipaux. Max Jacob édite à compte d'auteur Le Cornet à dés, chef-d'œuvre par lequel il accède à la notoriété d'écrivain. Le titre répond au célèbre poème graphique Un coup de dés jamais n'abolira le hasard de Stéphane Mallarmé, modernisateur de la poésie française décédé alors que Max Jacob n'avait que treize ans. Le Cornet à dès est une construction inventive de trois cents poèmes en prose méditatifs et aphorismes, presque tous écrits avant la guerre : « Il y a dans ma tête une abeille qui parle ». 

À l'instar de Pierre Reverdy, il qualifiera lui-même cet enchaînement de tours de passe passe verbaux d'œuvre cubiste. En 1918, Max Jacob se lie avec le jeune Raymond Radiguet, qu'il présente à Jean Cocteau mais qui, à l'insu de celui-ci et sous une homosexualité duplice, profite, tel Henri-Pierre Roché, d'un Paris vidé de ses hommes pour multiplier les liaisons féminines, telle Irène Lagut. Emu par le récit du génocide arménien que lui font des réfugiés, il publie une sorte de manifeste poétique pour une intervention humanitaire, Les Alliés sont en Arménie. Le 9 novembre 1918, il est avec Jean Cocteau, Ruby, et Pablo Picasso au chevet de Guillaume Apollinaire, quand celui-ci expire à l'hôpital sous le tableau Apollinaire et ses amis qu'avait peint Marie Laurencin en 1908 et qu'ils ont dressé dans la chambre pour évoquer les amours croisées d'antan. Le lendemain, au Sacré Cœur, il entend « n'ayez pas peur », parole du Christ transfiguré s'adressant à ses disciples, et dessine la vision qu'il a du défunt devenu ange « (..) comme un oiseau à tête d'homme au-dessus. Était-il mort [...]? »

Un mélancolique dans les Années folles (1918-1920)

La guerre finie, Max Jacob, dans les cafés en fête, Le Dôme, La Rotonde, La Coupole, retient l'attention d'une jeunesse frivole et désirable, mais il est convenu que tout ce qui a plus de trente ans sera vomi, Max Jacob comme Romain Rolland. Autour de celui-là, se forme toutefois un cénacle de jeunes auteurs qui résistent au matérialisme. Max Jacob y cultive l'amitié de Jacques Maritain, Marcel Jouhandeau, « ses deux Jeans », Aurenche et Cocteau, Jacques-Émile Blanche. Aux folles soirées du comte et de la comtesse de Beaumont, Lucien Daudet se travestit en Spectre de la rose, mais Max Jacob, lui, parait en robe monastique. Il se lasse du Paris des années folles et de lui-même, qui ne connaît pas la fortune de ses amis partis, direction Nord-Sud, pour Montparnasse. En 1920, Max Jacob participe à l'érection de la fictive République de Montmartre. Francis Poulenc lui commande Quatre poèmes. 

Les mélodies seront achevées en juillet 1921 et créées le 22 janvier 1922, mais la mode est versatile plus que jamais et, le compositeur, délaissant la polyphonie, les reniera moins d'un an plus tard. Le Dos d'Arlequin, tentative de « synthèse du théâtre contemporain », ne suscite pas l'intérêt des spectaculaires et provocateurs Mamelles de Tirésias, Parade et Mariés de la Tour Eiffel mis en scène par la jeune génération. Celle-ci pourtant, tels Joseph Delteil, Michel Leiris ou Antonin Artaud en 1921, le découvre, l'admire et prise ses conseils, alors que deux ans plus tôt Paul Dermée, qui appartient à la plus ancienne, assimilait son œuvre à une production déliquescente de malade mental. À une époque où Jacques Lacan n'avait pas encore réhabilité la théorie aristotélicienne du fou génial ni Salvador Dalí inventé celle de la paranoïa critique, c'était une faute de goût qui valut au critique d'être exclu du mouvement Dada. 

« Homme de lettres »

Désintoxication, reconstruction (1921-1925)

Un an et demi après la mort prématurée d'Amedeo Modigliani, tuberculeux détruit par l'alcool, Max Jacob renonce définitivement aux psychotropes et en 1921, sur les conseils d'un ami prêtre, il s'exile à Saint-Benoît-sur-Loire, où il est hébergé au presbytère par l'abbé Albert Fleureau. C'est là qu'il achève un long poème en vers qui exprime sa lente revertébration, Le Laboratoire central, qu'il dédie au jeune Abbé Morel, « disciple et maître ». Quand il n'écrit pas, Max Jacob se fait voyageur. À Saint Brieuc, Jean Grenier lui fait rencontrer le romancier qu'il ne sait lui-même pas être, Louis Guilloux. Dans sa Cornouaille natale, il se lie au peintre Lionel Floch et est reçu dans le cercle de Saint-Pol-Roux. Il séjourne chez des compagnons de fêtes, tel Louis Émié à Bordeaux, occasions de rechuter dans son alcoolisme mondain. Quand il est de passage à Paris, il se rend aux dimanches de Boulogne, où il a l'occasion d'introduire un jeune talent, André Malraux. En 1925, il est à Rome pour le Jubilé, où, hébergé par Paul Petit, il retrouve son ami Jean Grenier. Si un de ses plus importants ouvrages, Les Pénitents en maillots roses, parait, il n'arrive pas à achever un roman, Les Gants blancs. À court d'argent, il est sur le point de vendre les lettres qu'il a d'Apollinaire et de Picasso, mais se ravise. 

L'homosexualité platonique (1925-1927)

La Chanson de Marianne, mise en musique et chantée après-guerre par Jacques Douai, est un des dix-huit poèmes publiés en 1925. En août 1925, Max Jacob fait la connaissance de Pierre-Michel Frenkel, incarnation de Thomas l'imposteur qui vit de l'argent que lui donnent pour un tour de piste les dames fréquentant les dancings. Max Jacob éprouve pour cet étudiant de vingt ans de l'« infection » et pendant deux mois entreprend de le convertir à la méditation religieuse mais il finit par céder au charme du « diable ». À Saint Benoît, il reçoit les visites de ses amis en route pour la Côte et la villa Noailles, tels André Sauvage ou Jean Cocteau. Pour celui-ci, le quinquagénaire nourrit une passion littéralement péderastique, mêlant homosexualité et éducation intellectuelle, qui transcenderait l'amour charnel et, contrairement à celui-ci, ne réduirait pas le partenaire à un objet de jouissance, mais désirerait son élévation. Max Jacob se conforte dans cet amour mystique conçu comme une sublimation de l'amour charnel par l'enseignement du Livre de l'Ami et de l'Aimé, qu'il a traduit en 1919, et par l'exemple d'Anne Catherine Emmerich, dont les visions ont été publiées à l'occasion de son second procès en béatification. Cette éthique platonique partagée avec Cocteau heurte l'idéal grégorien de chasteté et les milieux bien pensant. 

A l'occasion de la publication par Jean Cocteau du recueil Opéra, son ami maritaniste Julien Lanoë dénonce l'hypocrisie qu'il y aurait à confondre ange et éromène. « La religion catholique repose sur une distinction : celle de la chair et de l'esprit. La religion de Cocteau repose sur un calembour : elle profite de ce qu'un seul mot (le mot "amour") désigne la passion charnelle et la communion spirituelle pour embrouiller l'un et l'autre [...] ». De son côté, Jean Cocteau, lui, se plaint d'être l'objet de brimades, et effectivement, Max Jacob ne modère pas sa sévérité à l'endroit de la poésie de son éphèbe de trente huit ans. Leur relation orageuse, plus épistolaire que physique, s'interrompra en 1928 pour sombrer définitivement dix ans plus tard quand Jean Cocteau viendra séjourner à Montargis, à quelques kilomètres de Saint Benoit, en compagnie de Jean Marais. Le 5 février 1926, à l'initiative de José Bergamín, Max Jacob est à Madrid. Accueilli à la Résidence des étudiants par Alberto Jiménez Fraud, auprès duquel Salvador Dalí et la future Génération de 27 terminent leurs études, il donne deux conférences alimentaires. Désinvolte, il ne les a pas préparées mais elles sont très bien reçues. Il profite de ces deux semaines pour découvrir le Prado, l'Escurial et Tolède.

Au cours de cette année 1926, Pierre Reverdy, ami de quinze ans ayant rompu avec Coco Chanel, se retire définitivement à l'abbaye de Solesmes. Inversement, Max Jacob a acquis suffisamment de notoriété, reçoit assez de revenu de ses éditeurs, dont la prestigieuse maison Gallimard auprès de laquelle il s'est deux ans plus tôt imprudemment engagé à écrire deux romans en échange d'une mensualité de cinq cents francs, pour envisager de mettre un terme à sept années de retraite. Il reste obsédé par la figure de Robert delle Donne, qu'il revoit à Paris. [...] mon Dieu joli. Je tiens tes bras entre mes bras et mon corps sur ton corps. [...] Tu es encore plus beau qu'auparavant, chéri [...]. J'aime à sentir ton corps dans mes bras [...]. Ton ventre est dur aussi. [...] Je suis amoureux de ton cadavre et je vois combien je t'aimais sans le savoir [...] jeune homme plus que charmant, plus que séduisant [...]. Au début de septembre de la même année, c'est Paris qui vient à lui en la personne de Maurice Sachs, secrétaire de Jean Cocteau rencontré chez celui ci à l'automne 1925. Maurice Sachs courtise lui aussi Robert delle Donne, lequel lui a trouvé un poste dans l'hôtel Vouillemot que possède son père 15 rue Boissy d'Anglas. 

Max Jacob avait donné une importante somme d'argent au jeune homme en échange de deux précieux boutons de manchettes, que le premier ne savait pas avoir été dérobés par le second au patron de celui-ci. Les deux hommes ont passé ensemble les deux derniers mois du printemps à Paris. Durant les deux mois et demi de cet automne 1926 qu'il passe chez de Max Jacob, à Saint-Benoît-sur-Loire, l'accompagnant dans deux courts voyages, Maurice Sachs apprend par l'exemple la discipline du métier d'écrivain, et l'objet du larcin qui a scellé leur « amitié », les boutons de manchettes, sont restitués à André delle Donne. Un an plus tard, Maurice Sachs confie à Jacques Paul Bonjean, qui deviendra avec Pierre Colle l'agent de Max Jacob, une édition de luxe de quarante dessins de celui-ci, Visions des souffrances et de la mort de Jésus Fils de Dieu. Max Jacob est amoureusement fasciné par Maurice Sachs. Il voit en lui le futur grand romancier français mais il lui reproche d'aimer d'autres hommes et de s'intéresser moins à sa personne qu'au profit qu'il tire de ses œuvres. Cet amour sans retour vire à la haine la plus noire quand Maurice Sachs publie son premier roman, en 1935. L'auteur, non sans manifester quelques relents d'antisémitisme, y caricature sous les traits d'un escroc en littérature, César Blum, le parangon du vice manipulant les sentiments des jeunes gens qu'il séduit pour son profit personnel. 

Accident et frasques (1928-1931)

En 1928, Max Jacob retourne à Paris, et s'installe aux Batignolles, 55 rue Nollet, dans un hôtel bon marché peuplé d'artistes, Jean Follain, Antonin Artaud, Georges Schehadé, Henri Sauguet. Le 19 août 1929, la voiture qui le ramène de Saint-Malo à travers la campagne bretonne crève un pneu et rencontre un arbre. Tibia et péroné gauches cassés, une épaule démise, son hospitalisation est prolongée de quatre mois par une pneumonie nosocomiale. Cocteau, Picasso, Georges Ghika et sa femme Liane de Pougy, Coco Chanel, Misia Sert, Marie Laurencin se relaient à son chevet. Le 14 février, il chute et sa jambe se fracture au même endroit. L'accident ouvre une procédure judiciaire de trois années entre assureurs au terme desquelles, moyennant une déclaration incriminant son ami quimpérois et agent Pierre Colle, le chauffeur, il obtient une pension viagère de sept mille francs qui constitueront l'essentiel de ses maigres revenus.

Il passe deux années de suite ses vacances à Tréboul, à l'hôtel Ty Mad, où le rejoignent sur la plage des amis artistes, tel Charles-Albert Cingria. Le port de Douarnenez et la société des marins lui offrent une atmosphère moins pesante que celle, bourgeoise et conformiste, voire homophobe, de son Quimper natal. C'est là, en juin 1930, qu'il retrouve le couple Francis Rose et Frosca Munster accompagné de leur amant, Christopher "Kit" Wood, un peintre de vingt-neuf ans, qui a fait de lui un célèbre portrait, et auquel les amis de Max Jacob, qui a confessé à Charles Vildrac ses habitudes des jeunes agents de police moustachus, prêtent une relation homosexuelle avec le poète de cinquante quatre ans. Moins d'un mois plus tard, Christopher Wood, matériellement et moralement ruiné par ses toxicomanies, se suicide devant les yeux de sa mère à Salisbury, en se jetant sous le train entrant en gare.

Au début des années 1930, au sortir de l'hôpital, Max Jacob s'installe dans le même hôtel que Jean Cocteau, le Boissy d'Anglas, ex hôtel Vouillemont, au 15 de la rue du même nom. Il est des habitués du Bœuf sur le toit voisin. Il y retrouve les anciens musiciens du Groupe des Six et se fait librettiste pour les compositeurs Francis Poulenc, Henri Sauguet, Georges Auric... Il y fréquente aussi les jeunes gens, Albert Messian, Alain Daniélou, Christian Dior, Christian Bérard et s'éprend d'un gigolo argentin, Reggie de Sablon-Favier, alias Reggy, qui devait se pendre à la suite de revers de fortune. Dans les salons de l'hôtel de la Madeleine, il rencontre un sanskritiste du cercle de Cocteau, Philippe Lavastine, qui est le fils du psychiatre Maxime Laignel-Lavastine et a été l'élève de l'indianiste Sylvain Lévi. Tout en redoutant les tendances psychopathiques qu'il observe chez le jeune homme de vingt-deux ans et qui se retrouvent systématiquement chez ses partenaires, quatre ayant déjà réussi leur suicide, il nourrit pour celui-ci le même amour bercé de l'espoir de faire naître un écrivain. 

Manuel Ortiz de Zárate, Henri-Pierre Roché, Marie Vassilieff, Max Jacob et Pablo Picasso, 1915, devant La Rotonde, à Paris.

Manuel Ortiz de Zárate, Henri-Pierre Roché, Marie Vassilieff, Max Jacob et Pablo Picasso, 1915, devant La Rotonde, à Paris.

La figure des années trente (1932-1935)

En 1932, pour une des dernières soirées données à la villa Noailles par Anna de Noailles, Francis Poulenc conçoit à partir d'extraits choisis et recomposés du Laboratoire central, qui a consacré le poète dix ans plus tôt, une cantate profane, Le Bal masqué. Après la mort de mon amour, oh ! de longs mois après, la douleur et la joie d'avoir aimé (t'aimè-je encore ?) après l'obscur charnier des ruptures sanglantes, et morte et mort et toi en moi et moi en toi, et morte et mort, moi que voici et toi là-bas, je te parlai, ô l'angélique, je te parlai de cette visite dans la neige à la porte de ta maison en ce Paris de velours blanc, pierre de lune, ombre et lumière en chaque rue. « Je savais que vous êtes fou, car tous les médecins vous le diront, les plus vrais fous sont les plus calmes. » Et morte et mort, et toi en moi et moi en toi, et morte et mort, moi que voici, et toi là-bas.  Ballade de la visite nocturne, un des plus célèbres poèmes de Max Jacob. La « femme » en question pourrait être René Dulsou.

À la fin de cette année 1932, Max Jacob a cinquante-six ans et une couronne de cheveux blancs quand il rencontre chez Léon Merle de Beaufort le jeune René Dulsou, étudiant en droit qui multiplie les relations homosexuelles et publie des critiques cinématographiques sous le pseudonyme de Sinclair. Les sentiments d'amour « paternel » qu'il éprouve pour celui-ci, contrevenant à son engagement en religion, le mettent à la torture et le conduisent au bord du suicide. Par trois fois, son confesseur lui refuse l'absolution. En juin, il est invité pour une semaine de vacances par les parents de René et en septembre, il part pour Lourdes, mais c'est pour rejoindre son amant dans le village voisin de Saint-Marcel-sur-Aude. Entretemps, le 13 juillet 1933, André Salmon le fait nommer chevalier de la Légion d'honneur par le ministre de l'Éducation nationale Anatole de Monzie, un ami de Marc Sangnier. À l'automne, il s'installe dans un entresol de la rue de Duras, qu'il loue et habite avec son agent Pierre Colle, le fils d'un ami d'enfance qui depuis deux ans tient avec le jeune Christian Dior une galerie d'art. Dans le Paris mondain, il fait montre d'un certain dandysme.

Sa notoriété lui vaut les sollicitations de jeunes poètes qui l'importunent, tel Edmond Jabès, mais auxquels il s'astreint de prodiguer ses conseils agacés. Elle lui vaut aussi depuis une dizaine d'années l'opprobre de la presse catholique, ce qui le met au désespoir. Il y a loin de Max Jacob à Paul Claudel ou François Mauriac. Dix ans plus tôt, il appuyait chaleureusement le pamphlet de Julien Green dénonçant l'hypocrisie catholique. Pour surmonter l'hostilité des conservateurs, il compte dès 1934 sur l'appui du jeune Abbé Morel dans la rédaction d'une anthologie catholique qui obtienne l'imprimatur mais le projet, repris maintes fois sous de nouvelle formes jusqu'à la veille de sa mort, n'aboutira pas. En 1935, Max Jacob déménage avec Pierre Colle pour un grand appartement ensoleillé au 17 de la rue Saint-Romain, rive gauche, non loin de Montparnasse. 

Il organise à Paris pour Jean Moulin, alias Romanin, secrétaire général de préfecture et peintre amateur rencontré en 1932 quand celui-ci était sous-préfet de Châteaulin, une exposition des eaux fortes de son ami qui ont servi à illustrer une édition des poèmes de Tristan Corbière. À Quimper, il rencontre un jeune pion qu'il encourage dans la voie de l'écriture, Per Jakez Helias. Dévalués par la crise, ses revenus, malgré les sept mille francs de rente obtenus en décembre 1932 à la suite de l'accident automobile d'août 1929, ne lui permettent pas, comme il l'envisageait initialement, de maintenir un train de vie parisien, d'autant plus qu'ayant omis de déclarer cette pension il est poursuivi par le fisc. Le 1er juillet 1935, il apprend que René Dulsou, qu'en deux ans et demi il a fervemment tenté de convertir à la prière, le trompe. 

Retraite testamentaire

Oblat et maître (1936-1939)

René Dulsou l'ayant quitté en septembre 1935 pour un Lou, Max Jacob, sans désespérer dans un premier temps de retrouver son amant, revient à Saint-Benoît-sur-Loire en 1936. Sa retraite y sera définitive. Pensionnaire de l'inconfortable hôtel Robert, il y adopte une vie quasi monastique, en suivant la règle de Saint François de Sales. Il communie tous les matins, assiste très régulièrement à la messe, uniquement celle des domestiques, et participe à son service. On le voit souvent en prière devant la statue de la Sainte Vierge ou sur le chemin de croix. Pris initialement pour un original très parisien, la dévotion exemplaire de « Monsieur Max » procure à celui-ci l'amitié de nombreux villageois et provoque même des conversions. Il accomplit des retraites parmi les rares bénédictins dépêchés à la restauration de l'abbaye de Fleury, qui est désertée depuis 1903. La tâche lui est confiée de faire visiter aux pèlerins de passage l'ancienne abbatiale qui abrita les reliques de Saint Pol Aurélien, premier évêque du Finistère, et il rédige un guide touristique à leur intention. Il entretient une volumineuse correspondance, écrit beaucoup, en particulier de longues méditations religieuses qu'il rédige de très bon matin et qui attestent une foi fulgurante.

Dès l'été 1936, Roger Lannes, Pierre Lagarde, Jean Oberlé, Jean Fraysse viennent le voir. Il reçoit les visites d'amis de longue date, Paul Éluard, Jean Cocteau, Maurice de Vlaminck, Fernand Léger, Pablo Picasso, Pierre Mac Orlan, Roland Dorgelès, Georges Hugnet, Yanette Delétang-Tardif... Marie Laurencin, dont il prise les dons de médium, vient régulièrement partager sa ferveur religieuse. Cependant, il ne renoncera jamais à ses furtives amours pour les garçons, ce qui est pour lui le sujet d'une souffrance morale dont il ne s'arrange pas toujours. À partir de 1937, il se lie à la nouvelle génération de poètes, peintres et musiciens, sur lesquels ses conseils, sa correspondance, ses essais, sa théorie esthétique ont une grande influence. Ce sont, entre autres, Yanette Delétang-Tardif, Michel Manoll, René Lacôte, René Guy Cadou, Jean Bouhier, Marcel Béalu, qui formeront en 1941 un mouvement littéraire, l'Ecole de Rochefort, Olivier Messiaen, Roger Toulouse, Jean Rousselot, Benjamin Fondane, Charles Trenet, Jean-Bertrand Pontalis... La lecture de Paul Vulliaud et sa présentation du Zohar le conforte dans sa théorie gnostique que le mot a un pouvoir magique de faire entendre quelque chose de l'indicible.

Le 9 novembre 1937, il est à Quimper pour l'enterrement de sa mère. Quand il retourne dans sa ville natale, les années suivantes, il accompagne un ami médecin dans ses consultations auprès des réfugiés de la guerre d'Espagne. En février 1939, il est un des seuls, avec Charles Mauron et Jean-Paul Sartre, à féliciter Nathalie Sarraute, dont Tropismes, paru dans l'indifférence, inaugure ce qui sera appelé le Nouveau roman. Il répond volontiers à la demande de Max-Pol Fouchet de contribuer à Fontaine, nouvelle revue algéroise. De mai à octobre 1939, il se consacre à illustrer pour le banquier Robert Zunz, mécène et ami, une sélection de poèmes rassemblés sous le titre Méditations sur le chemin de croix. Durant la drôle de guerre, il se fait parrain de guerre, écrivant aux soldats mobilisés pour soutenir le moral des troupes, jusqu'à quatre-vingts correspondants à raison de quatre lettres par jour. En avril 1940, il sollicite l'abbé de la Pierre qui Vire pour entrer dans les ordres. Il se voit proposer l'ostariat, auquel il renonce au dernier moment. 

Juif sous l'Occupation (1940-1943)

À l'annonce de l'entrée des troupes allemandes dans Paris, le 14 juin 1940, une cousine de Max Jacob, Noémie Gompel, se suicide à Biarritz. Dès l'automne sont mises en œuvre à Quimper les « lois » d'aryanisation « votées » par le régime de Vichy. Le magasin d'antiquité de Gaston Jacob, l'oncle du poète, est placardé d'une affiche « JUDE ». Le propriétaire affiche sur la vitre de la boutique « Liquidation - Profitez des derniers jours ». En octobre, Max Jacob se rend à la sous-préfecture de Montargis pour se faire inscrire sur un registre de recensement des Juifs alors que les préfets n'ont pas reçu de consignes à ce sujet. À la suite de l'édiction de la « loi » du 3 octobre 1940, la Société des gens de lettres le raye de la liste de ses adhérents. Il ne peut plus percevoir ses droits d'auteur. À Saint-Benoît-sur-Loire, il se passionne pour les mystères du miracle de Fatima. En juin 1941, c'est son frère Jacques, tailleur dans le XIVe, qui est mis sur le pavé. Interdit de publication, voire de citation, il donne dès 1941 des poèmes aux revues clandestines publiées par la Résistance, Confluences, qu'a fondé Jacques Aubenque et que dirige à Lyon René Tavernier, et Les Lettres françaises, recommandant à Jean Paulhan, à cause de l'antisémitisme régnant à Paris, de le publier sous le pseudonyme de Morvan le Gaëlique utilisé en 1931 pour ses Poèmes bretons. Il ne se fait plus adresser de courrier que sous le nom de « Monsieur Max », Jacob faisant trop « juif ».

Le vendredi 12 décembre 1941 est opérée à Paris par la police française la troisième rafle antijuive, la « rafle des notables ». Sept cent quarante trois citoyens sont arrêtés, dont René Blum et Lucien Lévy, bijoutier qui est le beau-frère de Max Jacob. Au début de l'année 1942, celui ci se cache pendant un mois à Orléans chez les Tixier, belle famille de son ami peintre et sympathisant communiste Roger Toulouse, où il trouve confort et réconfort. Le 8 mars 1942, Lucien Lévy meurt au camp de Royallieu, à Compiègne, d'où partiront le 27 mars les premiers déportés raciaux qui auront jusque là survécu à leurs épouvantables conditions d'internement. En mai, Max Jacob assiste à Quimper à l'enterrement de sa sœur aînée Julie-Delphine, tuberculeuse tuée par le chagrin le 15 avril.  Avant la guerre, Max Jacob recevait de Marie Laurencin une abondante correspondance signée « Ta douce Marie », sur laquelle son exemple de piété aura une influence radicale, puis, comme d'autres amis, tel Marcel Jouhandeau, elle a cédé à un certain antisémitisme. À partir de juin 1942, bouleversée par le port rendu obligatoire de l'étoile jaune, elle lui adresse des colis, nourriture, cigarettes, tricots, couvertures, qui l'aident à survivre. Il survit aussi grâce à la diligence du relieur Paul Bonet, qui lui envoie, avec un billet glissé entre les pages, les éditions de ses propres ouvrages à illustrer pour quelques riches collectionneurs. Un Max Jacob, ainsi illustré, doré et relié, décuple sa valeur.

Pour son soixante sixième anniversaire, le 12 juillet 1942, Max Jacob reçoit la visite de deux gendarmes français venus vérifier qu'il respecte l'assignation à résidence qui pèse sur les « Juifs » et qu'il porte effectivement l'étoile jaune. Imposée le 6 juin précédent par un décret d'application d'une ordonnance allemande, il la laisse au vestiaire jusqu'en décembre 1942. Il la porte alors pour ainsi dire « zazou », non pas découpée et cousue sur la poitrine mais dessinée sur son bandeau et recouvrant le revers du veston, sous la boutonnière marquée de la légion d'honneur. Les enfants dans la rue se moquent de cette étoile. Il n'a plus le droit de voyager, ni même d'écouter la messe à l'abbaye, l'accès aux monuments historiques étant désormais interdits aux « Juifs ». Il est régulièrement contrôlé à son domicile, par les gendarmes, les gestapistes, les miliciens. Son frère aîné Gaston, arrêté une première fois en août, l'est de nouveau à Quimper ce même mois de décembre puis déporté de Compiègne le 11 février 1943 vers Auschwitz, où il est gazé à son arrivée, le 16, mais la famille reste dans une angoisse entretenue par l'ignorance de cette fin rapide, ce qui est précisément l'effet théorisé et recherché par le chef de la Gestapo, Heinrich Himmler. La maison familiale est saccagée et les souvenirs dispersés. Il chantonne « j'suis l'bouquet, j'suis l'bouquet, j'suis l'bouc émissaire ».

Max Jacob se croit protégé par son baptême et la Providence, comme le prouverait le contre exemple de ses frères et sœurs, et par le réseau chrétien La France continue, dont un des fondateurs, son ami le diplomate Paul Petit, a pourtant été arrêté dès le 7 février 1942 pour avoir exprimé trop radicalement son opposition à la Collaboration et à Pétain. Le nouveau commissaire de police d'Orléans, Jean Rousselot, est un poète, un admirateur et un ami qui s'engage en février 1943 dans le réseau de résistance Cohors sous la direction de Jean Cavaillès. Max Jacob refuse les évasions qui lui sont proposées. Il écrit : « je mourrai martyr. » Son ami Jean Moulin, organisant la Résistance sous la couverture d'un marchand d'art niçois, adopte entre janvier et juin 1943 le pseudonyme de « Max », en souvenir de leur rencontre à Quimper et au manoir de Coecilian chez Saint-Pol-Roux au début des années 1930, rencontre restée d'autant plus vive dans son esprit que Saint-Pol-Roux est mort dans des conditions qui ont révolté tous ses amis. « Max » représente toute la synthèse culturelle de la France la plus avant-gardiste en même temps que la plus ancrée dans son histoire telle que la chante à sa façon Aragon dans La Diane française, et tout ce que l'Allemagne nazie honnit de l'« art dégénéré ». Pourtant, ses amis, ceux qu'il encourage dans la voie qu'ils ont choisie et qui se sont regroupés sous le titre des Amis de Rochefort, sont anonymement dénoncés pour leur manque d'engagement, assimilé à du collaborationnisme, et promis à leur tour à la chambre à gaz183 par quelques surréalistes. 

Internement (1944)

Le 4 janvier 1944, la sœur préférée de Max Jacob, Myrté-Léa Lévy, dont le mari, le bijoutier Lucien Lévy, est mort le 8 mars 1942 au camp de Royallieu, est arrêtée à son tour. Elle se cachait à Paris, visitant tous les dimanches son fils unique, interné à l'hôpital psychiatrique de Villejuif. Le 20, elle est déportée de Drancy, et gazée à son arrivée à Auschwitz. Le poète, effondré, la croit vivante et se démène pour faire intervenir ses connaissances, Jean Cocteau, Paul Claudel, René Fauchois, qui est l'intime et le secrétaire de Sacha Guitry, Sacha Guitry lui-même, qui a sauvé Tristan Bernard en octobre, Coco Chanel, Misia Sert, qui ne répondra pas, et Marie Laurencin, qui est proche de l'influent Karl Epting et multiplie les démarches. Un mois plus tard, le dimanche 20 février 1944, à la fin d'une visite de la basilique en compagnie de Marguerite et Marcel Béalu, il signe le registre « Max Jacob (1921-1944) ».

Le jeudi 24 février 1944, trois jours après l'exécution des « terroristes » de l'Affiche rouge, deux jours après l'incarcération de Robert Desnos et de René Lacôte à Fresnes, Max Jacob, après avoir assisté à la messe de sept heures à la chapelle de l'hospice, actuelle mairie, passe à la poste prendre le courrier, qui lui donne des nouvelles de l'emprisonnement de son contact au sein du réseau La France continue. À onze heures, trois membres de la Gestapo d'Orléans se présentent pour la troisième fois en deux jours à son domicile, et, cette fois là, l'y trouvent. De la rue, rien ne transparait de l'arrestation qui ne dure pas plus d'une heure. Sont présents un invité, le docteur André Castelbon venu de Montargis pour la semaine, sa logeuse, un voisin, auxquels il transmet l'adresse d'un ami à prévenir qui travaille à Radio Paris, l'occultiste et illustrateur pornographique Conrad Moricand, ce qu'ils feront sans délai. Ils lui donnent précipitamment, dans la voiture qui l'emporte, un caleçon, un couvre-lit.

Lui qui est fragile des poumons depuis l'enfance, gros fumeur, qui pis est, il est emprisonné quatre jours dans la glaciale prison militaire d’Orléans, à l'emplacement de laquelle se situe l'actuel palais des sports. La femme de son ami Roger Toulouse, Marguerite Toulouse, dont il avait été le 20 juin 1938 témoin de mariage, s'y présente chaque jour pour lui transmettre nourritures et vêtements, ce que les officiers lui refusent. Max Jacob s'emploie à s'occuper des malades et à divertir ses soixante cinq codétenus. Il leur chante des airs d'opéras, dont un irrésistible Ô Vaterland ! Ô Vaterland !, air qui clôture en allemand Le Petit Faust d'Hervé. Le lundi 28 février, le commissaire Rousselot, prévenu quatre jours plus tôt, vient tenter de le délivrer mais quand il arrive à la prison, les prisonniers n'y sont plus.

Le matin de ce 28 février, mal en point, Max Jacob a été emmené avec soixante-deux autres détenus en train via la gare d'Austerlitz au Judenlager de Drancy, qui est gardé par la gendarmerie française sous la direction d'Alois Brunner. Dès son arrivée en fin d'après midi, « l'Orphée Orphelin aux confins de l'enfer » est affecté au contingent qui doit remplir le prochain convoi qui partira le 7 mars pour Auschwitz. Le zèle des arrestations des derniers jours vise à rentabiliser ces convois. Le matricule 15 872 est torturé moralement par l'absence de sa sœur cadette Myrthe-Léa, qu'il espérait retrouver à Drancy. Au greffe du camp, il dépose les cinq mille cinq cent vingt francs qu'il a emportés et la montre en or de Filibuth. Il se voit attribuer une paillasse, escalier n° 19. Dès le lendemain, il écrit à l'abbé Fleureau, curé de Saint-Benoît-sur-Loire, « Je remercie Dieu du martyre qui commence », et, grâce à la complaisance des gardes mobiles, fait parvenir des messages à son frère Jacques, à son relieur Paul Bonet, à André Salmon, à Jean Cocteau, à Conrad Moricand. 

Roger Toulouse, parti à Paris dès le 25 février, y donne l'alerte. Pour faire libérer le poète, Jean Cocteau, Sacha Guitry, André Salmon, Marcel Jouhandeau, José Maria Sert, Conrad Moricand, Charles Trenet, Henri Sauguet, mais aussi le journaliste allemand de la Pariser Zeitung, et mari de l'actrice Ursula Krieg, Albert Buesche ainsi que le conseiller municipal collaborationniste de la ville de Paris Georges Prade (1904-1992) font des démarches auprès de la Gestapo et auprès de l'ambassade d'Allemagne, où le conseiller juridique Hans von Bose est un admirateur de Max Jacob. La figure de Pablo Picasso étant trop compromettante, il est demandé à celui-ci de rester en retrait. Une réunion est organisée le 27 chez André Salmon, rue Notre-Dame-des-Champs, pour faire le point. Les amis de Max Jacob sont optimistes mais sans résultats immédiats, ils font circuler une pétition rédigée le 29 par Jean Cocteau. Marie Laurencin y ajoute sa signature et la porte personnellement à von Bose. 

L'intervention auprès d'Otto Abetz et de la Gestapo de Gerhard Heller, responsable de la censure à l'ambassade et ami de la « peintresse », est vaine. Le 4 mars, celle d'Albert Buesche a reçu un bon accueil. Un jour plus tard, le dimanche 5 mars 1944 à vingt et une heure trente, Max Jacob, entré en agonie vers neuf heures, meurt à l'infirmerie de la cité de la Muette de Drancy, où règne la dysenterie, d'un arrêt cardiaque induit par la fièvre d'une pneumonie en murmurant « Juif ! Sale juif !... ». « Il fait un peu plus noir et tu montes sans bruit Comme un boiteux du Ciel les marches de la nuit. » Il est trop tard quand le lendemain, avec une offre de prendre la place de Max Jacob, la pétition de Jean Cocteau, « indésirable » vilipendé par la presse collaborationniste et fiché par la police nationale comme anarchiste, est remise par Georges Prade au conseiller von Bose, qui transmet aussitôt à son supérieur Karl Klingenfuss en poste à Berlin. Ce 6 mars, la Kommandantur, au terme de tractations dont il n'est resté aucune trace, contacte Charles Trenet par téléphone et lui annonce, cynisme des circonstances, que Max Jacob est enfin libre. 

Figure de la Résistance

Le certificat de décès de Max Jacob déposé en préfecture le 7 mars ne parvient à la mairie de Saint-Benoit-sur-Loire que le 13, Jean Cocteau et la plupart de ses amis, incertains quant à la rumeur, ayant jusque-là continué leur démarches. Dès le 19 mars 1944, Pablo Picasso invite toute l'intelligentsia anti-nazie de Paris à venir chez Michel Leiris, son voisin, écouter sous le dernier portrait qu'il a fait deux ans plus tôt de Max Jacob, sa pièce Le Désir attrapé par la queue. En avril 1944, Les Lettres françaises, en réponse aux injures de Paris-Midi et de Je suis partout, consacrent les deux tiers de leurs une à un hommage de Paul Éluard intitulé, par référence au poète assassiné, « Max Jacob assassiné ». Michel Leiris y ajoute un article. Louis Parrot évoque, par un poème de sa composition, la conception quiétiste de la résistance qu'avait le poète, un mélange d'autodérision exemplaire et d'amour sacrificiel du prochain, qui est plus que résister à la tentation de rejeter l'autre, s'identifier à lui et l'identifier à soi jusque dans ses turpitudes et abjections, comme lorsqu'il était allé serrer la main de miliciens tenant publiquement des propos antisémites et leur déclarer « Merci ! Et que Dieu vous pardonne ! ».

Des poèmes inédits de Max Jacob continuent d'être diffusés immédiatement après sa mort par les revues clandestines. Parmi d'autres, ils circulent dans le stalag XI-A d'Altengrabow, ronéotypés par Gaston Ciel pour ses quatre-vingts exemplaires des Cahiers littéraires XIA. En décembre 1945, Max Jacob est célébré dans sa ville natale lors d'un gala hilarant donné au théâtre de Quimper et présidé par le maire catholique Yves Wolfarth, un artiste peintre. Son autoportrait, cosigné Picasso, figure parmi les œuvres transmises en mars 1946 par Adrienne Monnier à un comité pour être vendues aux enchères à Buenos Aires. L'argent récolté permet de distribuer des vivres aux écrivains français dans un Paris soumis au rationnement et au marché noir. René Guy Cadou, disciple, dédie son poème sur les fusillés de Châteaubriant « À la mémoire de mon ami Max Jacob assassiné ». Le 17 novembre 1960, Max Jacob est reconnu officiellement « poète mort pour la France ». Pierre Seghers, dans son témoignage militant La Résistance et ses poètes, le consacre comme père de tous les « poètes casqués » de la Seconde Guerre mondiale et des générations futures. 

Tombeau

Comme tous les prisonniers décédés à Drancy, Max Jacob est enterré dans le cimetière d'Ivry. L'inhumation est confiée à l'UGIF et a lieu le samedi 11 avril 1944. Conformément au vœu du poète, qui voyait dans le paysage de Saint-Benoît-sur-Loire un tableau cubiste, la dépouille de Max Jacob repose depuis le 5 mars 1949 dans le cimetière de ce village. La veille, les ossements étaient exhumés du cimetière d'Ivry, après accord de la veuve de l'exécuteur testamentaire Pierre Colle, mort à quarante ans un an plus tôt, et du dernier survivant de la famille du défunt, son frère Jacques. Le transport s'est fait en camion militaire aux frais de l'Etat, au titre de la « restitution des corps des internés et déportés politiques ou raciaux ». La tombe est désormais ornée d'un portrait en bronze réalisé en 1935 par son ami René Iché. 

Les Amis de Max Jacob

À l'occasion du transfert du cercueil de Max Jacob sur les bords de la Loire, ses amis Jean Denoël et Henri Dion, le chanoine Frédéric Weill, les docteurs Robert Szigeti et Georges Durand, le peintre Roger Toulouse fondent l'Association des Amis de Max Jacob. Elle rassemble initialement les poètes de l'Ecole de Rochefort, Marcel Béalu, René Guy Cadou, Michel Manoll, Jean Rousselot, et leur ami résistant Roger Secrétain ainsi que l'abbé Garnier. Un comité d'honneur présidé par Pablo Picasso apporte les soutiens de Mgr Courcoux, Paul Claudel, Carmen Baron, Jean Cassou, Jean Cocteau, Albert Fleureau, Jean Follain, Louis Guilloux, Jacques Jacob, Julien Lanoë, Maurice Morel, André Salmon, Jean Paulhan, Henri Sauguet, qui présidera l'association jusqu'en 1976.

Depuis, l'association édite un bulletin semestriel, Lettres et mots. Elle a publié pendant dix ans une revue annuelle, Les Cahiers Max Jacob208, qui ont été édités de 1978 à 1991 par un département de l'Université de Saint-Étienne sous le titre Le Centre de recherche Max Jacob avant d'être repris par l'association sous un format bisannuel. En mars de chaque année, elle organise à la Maison Max Jacob de Saint-Benoît-sur-Loire le Mois Max Jacob, événement inscrit à l'agenda du Printemps des Poètes qui inclut spectacles, brigades d'Intervention poétique, poésie en appartement, café littéraire... 

Publications

Contes et nouvelles

  • Histoire du roi Kaboul Ier et du marmiton Gauwain, Alcide Picard & Kaan, Paris, 1903, rééd. Le roi Kaboul et le marmiton Gauvin, Gallimard, Paris, 1971. nouvelle intégrée en 1921 dans le recueil Le Roi de Béotie.
  • Le Géant du Soleil, supplément au Journal des Instituteurs, Librairie générale, Paris, 1904.
  • Le Roi de Béotie, Gallimard, Paris, 1921.
  • Ne coupez pas, Mademoiselle, ou Les erreurs des P. T. T., Galerie Simon, Paris, 1921, 18 p.
  • La Couronne de Vulcain, Galerie Simon, Paris, 1923.
  • Le Nom, A la lampe d'Aladdin, no 7, Liège, 1926, 66 p.

Romans poétiques

  • Saint Matorel, Kahnweiler, Paris, 1911, réed. Gallimard, Paris, 1936.
  • Le Phanérogame, Chez l'auteur, Paris, 1918.
  • Cinématoma. Frgaments de mémoires des autres. , La Sirène, 1920, réed. Gallimard, Paris, 1929.
  • Matorel en province, 1921.
  • Le Cabinet noir, Gallimard, Paris, 1922, éd. augmentéee, Gallimard, Paris, 1928, pseudo roman épistolaire.
  • Filibuth ou la Montre en or, Gallimard, Paris, 1922.
  • Bourgeois de France et d'ailleurs, Gallimard, Paris, 1932.

Poèmes en prose et en vers

  • La Côte. Chants bretons, Chez l'auteur, Paris, 1911.
  • Les Œuvres burlesques et mystiques de Frère Matorel, mort au couvent de Barcelone., Kahnweiler, Paris, 1912.
  • Le Cornet à dés, Chez l'auteur, Paris, décembre 1917, rééd. Gallimard, Paris, 1945.
  • Les Alliés sont en Arménie, plaquette, 1918.
  • In R. Allard, A. Breton, F. Carco, L. Codet, F. Fleuret, M. Jacob, V. Larbaud, J.-V. Pellerin & A. Salmon, ill. M. Laurencin, L’Éventail de Marie Laurencin, NRF, Paris, 1922.
  • Le Laboratoire central, Au Sans-Pareil, 1922, rééd. Gallimard, Paris, 1960.
  • Visions infernales, Gallimard, Paris, 1924.
  • Les Tabar, in Sélection, no 3, p. 209-219, décembre 1924.
  • Les Pénitents en maillots roses, Collect° Les Cahiers nouveaux, Krà, Paris, 1925.
  • Fond de l'eau, Éditions de l'Horloge, Toulouse, 1927.
  • Sacrifice impérial, Émile Paul, Paris, 1929, 43 p.
  • Rivage, Les Cahiers libres, Paris, 1931.
  • Ballades, René Debresse, 1938.

Poèmes posthumes

  • Derniers poèmes en vers et en prose, Gallimard, Paris, 1945.
  • L'Homme de cristal, La Table ronde, Paris, 1946, réed. Gallimard, Paris, 1967.
  • Poèmes de Morvan le Gaëlique, Gallimard, Paris, 1953.
  • Le Cornet à dés, II, Gallimard, Paris, 1955.

Poésie musicale

  • Musique R. Manuel, Isabelle et Pantalon, inédit, 1919, opéra bouffe en deux actes, texte perdu, première dir. L. Masson, Trianon Lyrique,Paris, 4 décembre 1922.
  • Musique F. Poulenc, trad. (en) J. Hugo, Quatre poèmes, [s. éd.], 1920, rééd. Association Max Jacob 1993, « Poète et ténor », rééd. in Le Laboratoire central, 1921, « Est-il un coin plus solitaire », rééd. in Les Pénitents en maillots roses, 1925, « C’est pour aller au bal », rééd. ibidem, « Dans le buisson de mimosa », rééd. ibidem.
  • Musique H. Sauguet, Un amour de Titien, 1928, éd. in Théâtre I, Cahiers Max Jacob, Saint-Benoît-sur-Loire, mars 1953,opérette en cinq actes. Préf. G. Auric, ill. M. Jacob & J. Audiberti, Mendiantes professionnelles suivi de Jalousies, [s. éd.], 1949, 16 p267.

Miscellanées

  • La Défense de Tartuffe, Société littéraire de France, Paris, 1919, 213 p268. nouv. éd., introd. & notes André Blanchet, La défense de Tartufe : extases, remords, visions, prières, poèmes et méditations d'un Juif converti., Gallimard, Paris, 1964, 299 p. Ce livre devait avoir initialement pour titre Le Christ à Montparnasse.
  • D'un carnet de notes, Crét, Talence, 1958, 12 p. Dir. A. Marchetti, trad. du français M. H. Viviani, Carnet. Viaggio in Italia., Coll. I rombi, Marietti, Gènes, 2005, 142 p. (ISBN 978-8821163395).

Préfaces

  • C. Valence, Les Interprètes, La Sirène, Paris, 1919.

Articles

  • « Poèmes burlesques », in Des feuilles libres no 28, p. 245-249, septembre 1922.
  • « Deux lettres et un commentaire », in Revue hebdomadaire, p. 213-218, 11 août 1928.
  • « Max Jacob ou le poète de Saint-Benoît-sur-Loire. Textes et dessins inédits de Max Jacob - hommage de Saint-Pol-Roux - Vers et proses de Marcel Abraham, Jean Cassou, Jean Cocteau...», in Le Mail, no 5, p. 221-272, avril 1928.

Correspondance

  • Conseils à un jeune poète suivis de Conseils à un étudiant, Gallimard, Paris, 1945
  • Lettres à Liane de Pougy, préface de Jean Chalon, Plon, 1980 (ISBN 2-259-00537-3).
  • Lettres inédites du poète à Guillaume Apollinaire, Seghers, Paris, 1946.
  • Choix de lettres à Jean Cocteau. 1919-1944., Librairie Paul Morihien, Paris, 1949.
  • François Garnier, Correspondance, t. I "Quimper-Paris : 1876-1921", Éditions de Paris, Paris, 1953, 229 p.
  • François Garnier, Correspondance, t. II "Saint-Benoit-sur-Loire : 1921-1924", Éditions de Paris, Paris, 1956.
  • Lettres aux Salacrou. Août 1923 - janvier 1926., Gallimard, Paris, 1958.
  • Y. Pelletier, préf. Y. Pelletier, Lettres à René Villard suivies du Cahier des Maximes, Rougerie, Mortemart, 1978.
  • M. Green, préf. M. Manoll, Lettres à Michel Manoll, Rougerie, Mortemart, 1985, 163 p. (sans ISBN).
  • A. Kimball, Correspondance avec Nino Franck, Peter Lang, Berne, 1989.
  • A. Roumieux, L'Amitié - Lettres à Charles Goldblat, Le Castor astral, Bègles, 1994 (ISBN 2859202234).
  • A. Kimball, Max Jacob, Jean Cocteau : correspondance 1917-1944., Paris Méditerranée, Paris, 2000.
  • A. Kimball, Lettres à Jean Paulhan, Paris Méditerranée, Paris, 2005.
  • Lettres et dessins à Paul Huin : 1928-32, Éditions Al Manar, Paris, 2006.
  • A. Cariou, Lettres à Lionel Floch, Apogée, Rennes, 2006.
  • Les Amitiés & les Amours : correspondances., L'Arganier, Nantes, 2005 & 2006, 3 tomes.
  • Lettres à Louis Guillaume, La Part Commune, Rennes, 2007.
  • P. Sustrac, Lettres à un jeune homme 1941-1944, Bartillat, Paris, 2009.
  • J. Gojard, Max Jacob-André Salmon, 1905-1944., Gallimard, Paris, 2009.
  • A. Kimball, Max Jacob écrit. Lettres à six amis. Charles Oulmont, Louis Vaillant, Jean Cassou, René Iché, Louis Dumoulin, Marcel Métivier., coll. Mémoire Commune, PUR, Rennes, juin 2015 (ISBN 2753532710).

Critiques d'art

  • Avec B. Cendrars & P. Reverdy, préf. G. Apollinaire, Exposition André Derain, Galerie Paul Guillaume, Paris, 15-21 octobre 1916. Préface, Exposition André Beaudin, Paris, 1925.
  • Ill. Josiah Adès, Chronique du jour, Galerie Pierre Colle, Paris, 1932. 15 p. et 20 reprod. L'exposition a eu lieu en février 1933.

Peinture

Illustration

  • M. Jacob, Dos d'Arlequin, Le Sagittaire, Paris, 1921.
  • M. Jacob, Filibuth, ou la Montre en or, NRF, Paris, 1923, 268 p., 4e éd.
  • M. Jacob, La Côte, 1927, 2e éd.
  • M. Jacob, Visions des souffrances et de la mort de Jésus Fils de Dieu : quarante dessins de Max Jacob, avec un portrait de l'auteur par lui-même, Aux Quatre Chemins, Paris, 1928, 279 ex.
  • M. Jacob, Tableau de la Bourgeoisie, NRF, Paris, 1929, 223 p.
  • M. Jacob, Saint Matorel, Le siège de Jérusalem, Les œuvres burlesques et mystiques de frère Matorel, Gallimard, Paris, 1936, 300 p.
  • M. Jacob, Méditations sur le chemin de croix, Courtille libr., mars 1940, 37 f. & 47 dessins dont 6 rehaussés à la gouache ou à l'aquarelle, 1 ex
  • Paul Yaki, Montmartre, illustrations de Maurice Asselin, Jean Aujame, René Collamarini et Max Jacob, Éditions G. Girard, 1947.
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