Jacques Vergès, "l'avocat de la terreur", est mort

Publié le par Le Journal du Dimanche

Jacques Vergès, "l'avocat de la terreur", est mort

Le célèbre avocat français, Jacques Vergès, est décédé jeudi d'un arrêt cardiaque à l'âge de 88 ans.

Jacques Vergès

Jacques Vergès

Il avait défendu des personnalités controversées, à l'image du nazi Klaus Barbie lors de son procès à Lyon en 1987. Le célèbre avocat français, Jacques Vergès, est décédé jeudi d'un arrêt cardiaque à l'âge de 88 ans. "Me Jacques Vergès est mort d'un arrêt cardiaque vers 20h00 dans la chambre de Voltaire, précisément quai Voltaire à Paris, alors qu'il s'apprêtait à dîner avec ses proches. Un lieu idéal pour le dernier coup de théâtre que devait être la mort de cet acteur-né", car "à l'instar de Voltaire, il cultivait l'art de la révolte et de la volte-face permanentes", selon un communiqué des éditions Pierre-Guillaume de Roux, qui avaient publié ses mémoires en février (De mon propre aveu - Souvenir et rêveries).

Le président du Conseil national des barreaux, Christian Charrière-Bournazel, avait dîné avec lui il y a une dizaine de jours. "Il avait fait une chute il y a quelques mois, et du coup il était très amaigri, marchait très lentement. Il avait des difficultés à parler, mais intellectuellement il était intact. On savait que c'était ses derniers jours, mais on ne pensait pas que ça viendrait aussi vite", a-t-il raconté.

Il avait disparu de 1970 à 1978

Très médiatique, Jacques Vergès était né le 5 mars 1925 en Thaïlande, d'un père réunionnais et d'une mère vietnamienne. En 2011, avec son collègue Roland Dumas, il s'était rendu à Tripoli (Libye) et s'était dit prêt à défendre le dictateur Mouammar Khadafi, si ce dernier était condamné par la Cour pénale internationale (CPI), afin "de briser le mur du silence". Parmi ses autres clients : le chef des Khmers rouges Pol Pot, Omar Raddad, le terroriste vénézuélien Carlos, le dictateur yougoslave Slobodan Milosevic ou encore Laurent Gbagbo, l'ancien président de Côte d'Ivoire.

Jacques Vergès était aussi connu pour son passé de résistant pendant la Seconde guerre mondiale. Il avait décidé de quitter la Réunion à 17 ans pour s'engager dans la Résistance en 1942 puis était passé en Angleterre pour s'engager dans les Forces françaises libres (FFL). Démobilisé, il s'inscrit au PCF, devient président de l'association des étudiants coloniaux et rencontre Pol Pot, le futur Khmer rouge. Puis, il séjourne à Prague de 1951 à 1954, avant de rentrer à Paris fin 1955 et d'y suivre de brillantes études d'avocat.

Il avait aussi défendu le FLN durant la guerre d'Algérie. Après l'avoir sauvée de la peine de mort, il épousera d'ailleurs Djamila Bouhired, héroïne de l'indépendance et poseuse de bombes du FLN algérien. L'avocat embrasse ensuite le maoïsme en créant le périodique Révolution et soutient le FPLP palestinien. Parmi ses zones d'ombre, l'avocat avait disparu de 1970 à 1978 et a toujours entretenu le mystère sur cette période, indiquant seulement qu'il était "très à l'est de la France".

Un "homme tout à fait fascinant et mystérieux"

Figure emblématique du paysage judiciaire français, Jacques Vergès était un "homme tout à fait fascinant et mystérieux", a déclaré jeudi soir sur BFMTV l'un de ses confrères, Georges Kiejman, qui lui a été opposé sur de nombreux dossiers. "il fait partie des deux ou trois avocats extraordinaires de la génération qui a été la mienne", a-t-il ajouté, parlant d'un "type particulier".

"Ce qu'on peut retenir de Jacques Vergès, c'est à la fois le talent, le courage, l'engagement et le sens de la contradiction avec un respect de l'autre. Un avocat, ce n'est pas un mercenaire, c'est un chevalier, et Jacques Vergès était un chevalier", a pour sa part résumé Christian Charrière-Bournazel.

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