L'alliance mortelle de Robert Blémant et des frères Guérini

Publié le par La Provence

La Provence publié le 23/08/2010 à 16H28



Antoine et Barthélémy Guérini

A gauche : Antoine, le chef du clan Guérini. A droite : Barthélémy dit "Mémé", la tête brûlée de la famille. Durant la Seconde Guerre mondiale, il a eu un rôle actif dans la Résistance.


La scène se passe en soirée. Il fait chaud sur Marseille en ce mois de juin 1945. Un étonnant visiteur se présente à la porte d’Antoine Guérini, le chef de gang né en Corse. Il s’agit de Robert Blémant, le responsable sud-est de la DST. Âgé d’une trentaine d’années, l’assurance d’un homme d’action, le flic offre un marché au voyou : il se propose de détruire tous les dossiers compromettants pour les Guérini, qu’il a apportés dans sa voiture, et de le tuyauter sur les affaires détenues par des collaborateurs de Vichy. En échange, Blémant obtient de prendre le contrôle de plusieurs établissements de nuit du quartier de l’Opéra, comme le "Drap d’Or", rue Haxo. Il reçoit également le feu vert pour s’associer avec Dominique Paoleschi, un ancien proxénète, et monter le plus beau cabaret de Marseille : le "Paris-Montmartre", où se produiront des vedettes comme Mistinguett, Georgius, Édith Piaf, Georges Ulmer...

Singulier personnage que ce Blémant, fils d’avocat né en 1911 à Valenciennes. En 1930, il débute comme inspecteur à Lille. En 1939, il est nommé commissaire à Marseille. Une position qui lui permet de tenir un rôle important dans la Résistance. Son réseau utilise nombre de truands, comme Émile Buisson et Abel Danos dit "le Mammouth". A plusieurs reprises, il se rend en Afrique du Nord pour préparer le débarquement des Alliés. Blémant se transforme vite en carrefour du Milieu : il est en contact avec Lucien Grosso, un proche de Spirito, avec le clan Guérini, avec Marcel Francisci... Arrive l’armistice. Le commissaire se lance dans une violente chasse aux collaborateurs... qui est l’occasion de vastes opérations de racket.

"Péril rouge". Grâce à leur accord avec Blémant, les Guérini ont bientôt la haute main sur le Milieu marseillais, totalement désorganisé depuis la chute du tandem Carbone- Spirito... Sous couvert de lutte contre "le péril rouge", les affaires prospèrent, comme le raconte Bruno Aubry dans Les Parrains de la Côte : "Le commissaire Blémant dispose d’un blanc-seing de sa hiérarchie pour pactiser avec les nouveaux hommes forts de Marseille contre les communistes de la CGT. L’opération a pour but de faciliter le transit par les docks des marchandises envoyées des États-Unis dans le cadre du plan Marshall. La CIA tisse des liens avec Blémant. Le flic espion joue les entremetteurs et présente Antoine Guérini et les frères Renucci aux émissaires d’Irving Brown, qui travaillent en sous-main pour le contre-espionnage américain".

En 1947, les communistes sont boutés hors les murs de l’Hôtel de Ville où ils s’étaient installés à la Libération et les grévistes de la CGT sont matés lors d’émeutes de rue téléguidées par les Guérini. Gaston Defferre peut s’installer à la mairie. Mais à trop fricoter avec le Milieu, Blémant finit par se faire rattraper : mis en cause par ses supérieurs, il a la prudence de démissionner et "passe de l’autre côté de la barrière". Il ouvre un bar à Paris et prend des parts dans des maisons closes en Algérie et au Maroc. A Tanger, il s’associe avec Jo Renucci dans le trafic de cigarettes. Il touche également à la drogue, participant aux premières heures de la "French connection". Surtout, il se lance dans les jeux : en 1959, aidé par les Guérini et Jean-Baptiste Andréani, il prend le contrôle du "Grand Cercle", le plus fameux club de la capitale. Excès de gourmandise ? Le 15 avril 1963 à l’aube, Andréani est la cible de tueurs. Grièvement blessé, il en réchappe par miracle. La rumeur court vite le Milieu : c’est Blémant qui a commandité le coup...

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