L’avocat Jacques Vergès est mort

Publié le par Les Echos par Mathieu Quiret

L’avocat Jacques Vergès est mort

Défenseur des terroristes et des opprimés, résistant, anticolonialiste, le réunionnais a été de tous les combats. Il est mort à 88 ans d’une crise cardiaque.

L’avocat Jacques Vergès est mort

Un avocat unique en son genre est mort jeudi. Ce Français, né en 1925 d’un père réunionnais et d’une mère vietnamienne, frère jumeau de l’homme politique Paul Vergès, laisse le souvenir d’un défenseur de toutes les causes jusqu’aux plus indéfendables, celle de Klaus Barbie en 1987 par exemple. Mais aussi celles des terroristes, de Carlos par exemple, du préfet Bonnet, des protagonistes de l’affaire du sang contaminé ou d’entrepreneurs africains.

Elevé à la Réunion, il quitte l’île à 17 ans pour s’engager dans la Résistance en 1942, et s’engage un an plus tard au sein des Forces françaises libres. En 1945, il prendra sa carte au Parti communiste. Après-guerre, le voilà lancé dans des études de droit qui l’amènent à s’inscrire au barreau de Paris en 1955, point de départ d’une longue carrière d’avocat pénaliste. Sa première bataille sera celle de l’anticolonialisme, en particulier en Algérie. Il défend les combattants du FLN, et notamment Djamila Bouhired, poseuse de bombes condamnée à mort avant d’être graciée et libérée en 1962, qu’il épousera par la suite, et avec qui il aura deux enfants. Il quitte le parti communiste en 1957, qu’il juge alors «trop tiède» sur l’Algérie. Il plaidera plus tard la cause palestinienne pour les mêmes motifs. Il se fera le défenseur de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire jusqu’en 2011.

Parmi les épisodes de sa vie qui ont contribué à en faire un personnage mystérieux et pleins de contradictions, sa disparition entre 1970 et 1978, lorsqu’il abandonne femme et enfants et s’en va... Jamais il ne révélera les raisons de son départ, ni sa destination. Jacques Vergès avait mille visages que le cinéaste Barbet Schroeder a tenté de filmer dans «L’Avocat de la terreur». L’un des interviewés du film, l’écrivain Lionel Duroy, le résume ainsi : Vergès «est né en colère, en guerre, colonisé». Collectionneur de jeux d’échecs, ce «chevalier des causes perdues» a réalisé son dernier coup et s’est éteint pour toujours jeudi en début de soirée, d’un arrêt cardiaque.

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