L'espionne soprano anglaise qui chantait pour Hitler

Publié le par rodney42

JournalL'Express publié le 10/09/2010 par Cyrille Vanlerberghe


Margery Booth
Née près de Manchester, Margery Booth avait épousé un Allemand avant la guerre, le Dr Egon Strohm, et l'avait ensuite suivi en Allemagne. Crédit : bournemouth news & picture service Crédits photo


La chanteuse d'opéra avait caché des documents secrets dans ses sous-vêtements lors d'une représentation à Berlin.

La mise aux enchères en Angleterre de photos prises dans un camp de prisonniers en Allemagne pendant la deuxième guerre mondiale met en lumière l'histoire d'une espionne méconnue, une chanteuse d'opéra anglaise, Margery Booth. Elle œuvra pour les services secrets de son pays, en cachant notamment des documents secrets dans ses sous-vêtements lors d'une représentation devant Hitler.

Née près de Manchester, Margery Booth avait épousé un Allemand avant la guerre, le Dr Egon Strohm, et l'avait ensuite suivi en Allemagne. Grâce à ses talents de mezzo-soprano, elle commença sa carrière à Covent Garden à Londres avant de connaître un certain succès à l'opéra de Berlin. Pendant la guerre, elle fut envoyée pour donner des récitals dans un camp de prisonniers très spécial, le Stalag IIID. Ce camp regroupait des soldats anglais que les Allemands tentaient de recruter pour les British Free Corps, une unité des Waffen SS constituée de Britanniques pro nazis.

C'est au cours d'une visite dans ce Stalag près de Berlin, qu'elle fut approchée par John Brown, un prisonnier qui fut l'un des agents secrets britanniques les plus efficaces de toute la guerre. Ce sous-officier de la Royal Artillery avait été fait prisonnier à Dunkerque en 1940. Très vite, il avait réussi à convaincre les Allemands qu'il était dans leur camp, en mettant en avant son appartenance avant la guerres à la British Union of Fascists, le parti fasciste anglais. Il avait en fait été entraîné à son rôle de «prisonnier spécial» par le MI9, le service de renseignements qui travaillait avec les résistants et les soldats alliés derrière les lignes ennemis.

«Le camp de vacances»

Grâce à la confiance des Allemands, il obtint des responsabilités dans le Stalag IIID, surnommé «le camp de vacances» par la Croix Rouge, en raison des conditions de détention très souples qui y régnaient, comme le montrent certaines des photos qui vont être vendues aux enchères à la fin du mois. Il s'agissait de montrer les Allemands sous le meilleur jour possible.

Après avoir entendu Margery Booth terminer son récital dans le Stalag par «Land of Hope and Glory», le célèbre hymne patriotique anglais, John Brown sut qu'elle était toujours loyale à son pays. Il se servit d'elle à plusieurs reprises pour faire sortir du camp des renseignements sur des cibles militaires stratégiques ainsi que des informations sur des traîtres anglais travaillant pour les nazis. C'est après l'une de ses rencontres avec John Brown que Margery Booth dut chanter devant le Führer à l'opéra de Berlin, avec des documents secrets cachés dans ses sous-vêtements. Les informations qu'elle réussit à transmettre à Londres servirent notamment de pièces à conviction pour condamner après guerre des traîtres comme William Joyce, un nazi anglais qui faisait de la propagande sur la radio allemande et John Amery, l'un des fondateurs des British Free Corps.

Après la guerre, elle retrouva sa nationalité britannique et rentra vivre à Wigan. Mais parce qu'elle avait vécu en Allemagne, elle fut traitée comme une paria par la population, ce qui la poussa à émigrer aux États-Unis, où elle décéda en 1952 à l'âge de 47 ans.


Publié dans Articles de Presse

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