L'ex-nazi Samuel Kunz rattrapé par ses fantômes

Publié le par L'Express - Anne Vidalie

L'Express publié le 28/07/2010 à 17:28 par Anne Vidalie

Ce paisible retraité allemand et témoin au procès Demjanjuk est soupçonné d'avoir participé activement à l'extermination des juifs au camp de Belzec. Il vient d'être mis en accusation par la justice allemande.

Dans le camp de BelzecFini, les jours tranquilles que Samuel Kunz, 88 ans, coulait dans sa jolie maison près de Bonn, avec vue imprenable sur le Drachenfels, un ancien volcan au bord du Rhin.

Le vieil homme, retraité du ministère de la Construction, a été mis en examen ce mercredi pour complicité dans l'assassinat des 434 000 juifs exterminés à Belzec, l'un des trois camps de la mort édifiés par les nazis à l'est de la Pologne. Kunz y aurait servi comme gardien de camp, entre 1942 et 1943.

"Il était évident que les juifs étaient exterminés, puis brûlés"

Son histoire ressemble étrangement à celle de John Demjanjuk, dont le procès devant les assises de Munich s'est ouvert à la fin du mois d'octobre 2009. Comme l'ancien mécano de Cleveland (Etats-Unis), Kunz, natif des bords de la Volga, a été enrôlé par l'Armée rouge, puis fait prisonnier par la Wehrmacht et interné au camp de Chelm, dans d'effroyables conditions. Comme lui, il a cédé aux sirènes nazies et rejoint les rangs des gardiens de camp formés pour leur prêter main-forte dans leur entreprise d'extermination. Il en est sorti avec le grade de sergent. Ce "privilège", réservé aux Allemands de souche, lui donnait le droit de porter une arme.

Après la guerre, Kunz n'a pas fui l'Europe, à la différence de Demjanjuk. Naturalisé allemand en 1944, il s'est installé en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, où la justice n'est jamais venue l'importuner. Pourtant, l'ancien fonctionnaire n'a pas cherché à dissimuler son passé. Il a même témoigné à trois reprises devant les tribunaux de son pays, lors de procès intentés à des responsables nazis. Oui, a-t-il reconnu à chaque fois, il savait ce qui se passait à Belzec: "Il était évident que les juifs étaient exterminés, puis brûlés. Nous sentions l'odeur chaque jour."

Ces propos terribles, Kunz est prié de les répéter au procès Demjanjuk, au cours duquel il doit témoigner. Ils vont aujourd'hui être retenus contre lui, sept décennies après la guerre. C'est qu'outre-Rhin le vent judiciaire a tourné. "Tous ceux qui ont contribué à faire fonctionner ces usines de mort sont désormais jugés coresponsables", indique Cornelius Nestler, professeur de droit pénal à l'université de Cologne. Y compris les gardiens de camp, souvent originaires d'Ukraine. "Longtemps, personne ne s'est intéressé à eux parce que beaucoup ont émigré à la fin de la guerre ou sont rentrés dans leur pays d'origine", précise la juge Kirsten Götze, du Centre national de recherche sur les crimes de guerre nazis, qui a bouclé un dossier de 80 pages consacré à Kunz.

Les accusations sont lourdes. "Samuel K. aurait personnellement abattu une dizaine de juifs", souligne Andreas Brendel, procureur au sein de l'unité de Dortmund spécialisée dans la chasse aux meurtriers nazis. L'affaire est désormais entre ses mains. Sans attendre l'ouverture des poursuites, le professeur Cornelius Nestler s'est lancé sur les traces des descendants des juifs de Belzec. Son credo : "Il est essentiel de donner un visage et de restituer une histoire personnelle à ces victimes." Deux hommes se sont déjà manifestés, prêts à se porter parties civiles: un Canadien, originaire d'Allemagne, dont la mère et les trois frères et soeurs ont péri ; un Israélien, né en Pologne, qui a perdu ses parents. Pour eux, il ne sera jamais trop tard. 

Publié dans Articles de Presse

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