L'oreille de Washington

Publié le par L'Express

Gerard Burke, responsable sous Nixon du President's Foreign Intelligence Committee, fut également directeur adjoint de la National Security Agency.

L'oreille de Washington

L'Express  : Les révélations récentes sur les cinq agents américains à Paris vont-elles envenimer les relations entre la France et les Etats-Unis?

GERARD BURKE: A court terme, la colère et la rancoeur des services américains risquent d'être dommageables à la confiance entre alliés et peut-être à l'échange serein d'informations. Mais cela ne durera pas, car depuis longtemps la coopération entre les deux pays est excellente. D'ordinaire, ce genre de problème se règle dans la discrétion. En l'occurrence, il s'agit essentiellement d'une affaire de politique française qui vise à détourner l'attention, actuellement fixée sur des questions internes. De la part des pouvoirs publics et des services de renseignement français, ces fuites officielles ont un aspect irrationnel, comme une forme de vengeance. Ils ont été piqués au vif, ces dernières années, par nos critiques sur l'intrusion de la DST dans les entreprises américaines de haute technologie. Quant à prétendre qu'il y a 80 agents de la CIA en France, je voudrais bien savoir d'où sort ce chiffre. C'est totalement absurde!

- Quelle est la stratégie de la CIA, dans l'après-guerre froide?

- On assiste à un vrai travail de reconversion, où l'accent est mis sur la protection de nos intérêts commerciaux et de nos technologies, ainsi que sur de nouvelles coopérations, avec les Russes, par exemple, dans la lutte contre la prolifération nucléaire, la drogue ou le terrorisme.

- Il serait question d'une refonte totale du statut de la CIA...

- Exact. Son adaptation à ce «nouveau monde», d'une confusion totale, laisse vraiment à désirer. Avant que de nouvelles normes se mettent en place, la transition est douloureuse, ce dont témoigne l'affaire Aldrich Ames. Je suis pourtant contre l'idée, actuellement discutée, de tronquer la CIA pour la fondre dans différents secteurs, comme l'armée ou le Département d'Etat. Les Etats-Unis ont besoin d'une agence centrale pour éviter les conflits de priorités et le doublonnage des opérations. Mais il faut revoir les méthodes et la stratégie: moins de repérages mondiaux par satellite et davantage d'informateurs humains pour du renseignement «ouvert» ou clandestin. En finesse... 

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