La collaboration : une honte française

Publié le par Roger Cousin

JournalL'Ardennais publié le 31/10/2010 à 12H00

Pétain et LavalComment condamner avec le plus de pertinence la résolution du gouvernement de Vichy d'accepter ce qu'il appelle : « une politique de collaboration avec l'Allemagne » ? Cette question est débattue à Londres par ceux qui secondent le général et interviennent sur les ondes de la BBC pour entretenir la flamme de l'espérance auprès des Français. D'abord, il s'agit de contrer les relais dociles des passerelles établies entre Berlin et Paris. «

Les hitlériens de France se saisissent du mot collaboration et prétendent que le führer a surmonté sa victoire » dénonce Georges Boris, le 29 octobre 1940. Pour mieux montrer que ces affirmations sont infondées, le journaliste prélève dans les déclarations communes des puissances de l'Axe quelques perles attestant le mépris envers le pays : « La propagande allemande et la propagande italienne ont déclaré dans les mêmes termes que : les Français n'étaient qu'un peuple abâtardi et dégénéré. Elles les proclamaient indignes de jouer aucun rôle en Europe ou ailleurs, indignes même de posséder leur sol et leurs richesses ». Ces mots choisis à bon escient sont destinés à mettre au grand jour le jeu de dupes qui se poursuit.

Le gouvernement de Winston Churchill comme les Français libres convergent sur le décryptage de la posture allemande. Il n'y a aucun effort accompli par le Reich mais une habile manœuvre pour tromper les honnêtes gens : « Si les Allemands ont changé de ton, ce n'est ni à l'habilité de M. Laval, ni au prestige du maréchal Pétain que cela est dû, comme on voudrait le faire croire ». La seule raison qui justifie à leurs yeux l'acceptation par Hitler de la rencontre de Montoire, c'est la résistance impressionnante de l'Angleterre aux assauts de la Luftwaffe. Le cumul des pertes aériennes enregistrées par Berlin justifie de la part du gouvernement nazi des initiatives pour trouver de nouveaux ennemis au Royaume-Uni. Et la France doit selon le Reich s'allier à ses troupes pour combattre la Grande-Bretagne. Tous les moyens sont bons y compris des paroles rassurantes pour y parvenir.

Il ne faut pas se laisser abuser. Georges Boris est catégorique : « A supposer par impossible qu'il parvienne à ressaisir la victoire qui lui échappe, combien de temps lui donnez-vous pour reprendre son ancien, son vrai visage, pour écraser de nouveau la France de son mépris et de sa haine, pour la poursuivre de sa volonté d'anéantissement ? ». Ce dialogue dans le wagon-salon du train blindé d'Hitler n'est que le moyen trouvé pour convaincre au plus vite Vichy de s'engager par les armes contre Londres. A tout prix, il faut que les Français n'acceptent pas ce nouvel avilissement. On se préoccupe peu des paroles tenues par le maréchal au cours de l'entretien. On mesure les risques d'une telle politique si elle est validée par le gouvernement. « On leur a promis qu'ils coopéraient à la construction d'une nouvelle Europe. On a fait miroiter devant leurs yeux la perspective d'un avenir meilleur et plus heureux. Sait-on ce qui va advenir ? ». Les gaullistes sont certains du résultat et se fient à la situation qui est décrite au Danemark. Dès le mois d'avril 1940, la solution de la collaboration a été recommandée et acceptée par le Royaume. Le résultat est attristant puisque ce pays où régnait l'abondance pour tout est désormais soumis à un rationnement des plus sévères.

Comme dans l'Hexagone, l'occupant a mis en marche une politique de pillage en règle de l'économie. Les Français libres résument par le détail les mesures de rétorsions adoptées par les nazis : « Ils ont réquisitionné la récolte de pommes de terre du Jutland, ils ont exigé la livraison de la production de lard. Ils ont fait tuer cinq millions d'animaux de basse-cour. Ils enlèvent chaque semaine par dizaines, par vingtaines de milliers de têtes, pour le faire abattre, le magnifique cheptel qui faisait la richesse du pays ». L'énumération ne s'arrête pas à cette liste déjà accablante puisque les informations recoupées confirment que les confiscations de conserves de viande sont patentes ainsi que celles des pulls et des manteaux d'hiver dans les magasins. Le Danemark ne suffit plus à alimenter sa population et est dans l'incapacité d'exporter le beurre qui était l'un des atouts de son commerce extérieur. Comme les livraisons promises par les Allemands ne sont pas au rendez-vous, la situation se dégrade. Le charbon n'arrive pas, les gens grelottent et l'occupant sourd aux plaintes réclame prioritairement les quantités de lignite extraites dans les mines danoises !

Si cet exemple ne suffit pas l'argumentaire de la France libre est aussi riche de celui de la situation relatée en Roumanie. Ce pays qui a accepté il y a moins d'un mois la politique de collaboration est soumis à un authentique déménagement de ses ressources agricoles : « En quinze jours, les prix du pain, du sucre, de la viande, du beurre ont été doublés. Il y a une disette complète d'oignons, de pommes de terre, de légumes. A Bucarest, on manque aussi de textiles, de vêtements et de chaussures ». A Sofia, la situation est comparable : « Mercredi 23 octobre 1940, il a fallu introduire en Bulgarie le système du rationnement de la farine, des graisses, du fromage, du riz et de divers autres produits alimentaires ». Bref, par tous ces détails qui sont communiqués à la radio de Londres, les Français doivent comprendre que la politique de collaboration se résume à plus de difficultés au quotidien, à avoir faim et, à terme, à manquer de tout. C'est le piège le plus terrible qui vient s'ajouter à l'humiliation de la défaite. D'ailleurs c'est ainsi résumé par Boris : « Sachez que la collaboration signifie en allemand le droit de commettre toutes les exactions et tous les pillages possibles ».

Laval est jugé comme l'individu le plus dangereux, le portrait type du « collaborationniste ». On décortique ses interventions multiples dans les journaux et sur Radio Paris. On se pince lorsqu'on l'entend proclamer que son entrevue avec Hitler lui a laissé : « des souvenirs touchants ». Il est comparé à la voix autorisée de l'ennemi à Vichy, à l'agent de Berlin au sein du gouvernement. On résume ainsi le fond de sa pensée : « Aujourd'hui, l'Allemagne et Laval se croient, à tort, sûrs de la victoire. Que cachent donc les souvenirs touchants dont se targue le grand artisan, le profiteur de la défaite ». On accuse tout autant Laval d'être inerte face aux accusations immondes de la presse italienne lorsqu'elle affirme qu'il n'y a jamais eu de suprématie intellectuelle de la France et que ce pays n'a fait que jouer la comédie de la latinité. Ne pas réagir au « Popolo d'Italia » qui affirme que la France est un ensemble vide est un scandale ! On se gausse des affirmations relayées par Radio Paris comme quoi il faut s'armer de patience avant que la collaboration apporte ses premiers fruits. Dès lors qu'on considère que le ravitaillement, le sort des prisonniers de guerre, le chômage ne vont pas s'améliorer dans les prochaines semaines, c'est bien qu'on se contente de relayer la propagande nazie en s'interdisant d'en dénoncer le machiavélisme. On est tenté de dire que Pierre Laval a signé l'arrêt de mort de la patrie. Ce qu'il propose se résume à ce que la France ne soit plus la France !


Publié dans Articles de Presse

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