La résistance juive une réalité méconnue

Publié le par L'Humanité - Jean Chatain

JournalL'Humanité publié le 07/03/2012 par Jean Chatain

Très documenté, cet ouvrage, paru une première fois en 1970, met en lumière le combat multiforme des juifs contre la persécution raciale durant la Seconde Guerre mondiale.

Pas comme des moutons :  les juifs contre Hitler, de Lucien Steinberg. Éditions Les Balustres, 2012, 600 pages, 10 euros.  Recueillant inlassablement documents, témoignages et archives diverses, Lucien Steinberg, ancien président de l’UJRE (Union des juifs pour la résistance et l’entraide, née dans la clandestinité en 1943) a réuni « un matériau indispensable pour la compréhension de cette époque si compliquée », selon les mots de Jacques Delarue dans la préface à cette réédition d’un livre déjà ancien (il était sorti pour la première fois en 1970, sous le titre la Révolte des Justes), mais devenu introuvable depuis de longues années. Sa lecture fait litière d’une mythologie voulant que six millions de juifs se soient laissé conduire passivement à la mort par le nazisme hitlérien.

Le combat des juifs contre la persécution raciale précéda la phase de l’extermination : à Berlin même, des réseaux se constituèrent dès les années trente et fonctionnèrent, malgré d’effroyables pertes, jusqu’à la victoire des forces alliées. En France, la présence juive fut importante dans toutes les composantes de la Résistance nationale, permettant la sauvegarde d’une large partie des populations concernées (y compris celle des juifs étrangers ayant immigré avant 1940). Trop généralement ignoré des chroniqueurs et historiens de la Seconde Guerre mondiale, ce combat se vérifie partout, si la diversité de ses formes exprime la diversité des contextes sociaux et politiques dans lesquels il eut à s’organiser.

En Europe occidentale, en s’intégrant aux résistances nationales, comme en France mais aussi dans l’Italie mussolinienne. Intégration rendue impossible en Europe de l’Est, et surtout en Pologne, par la ségrégation ayant précédé l’occupation : les combattants des ghettos (Varsovie, Vilna ou Bialystok) et des camps de la mort (Treblinka, Sachsenhausen) menaient une lutte solitaire et désespérée, exprimant leur refus de partir « comme des moutons à l’abattoir », selon l’expression biblique du prophète Jérémie. Dans les territoires soviétiques occupés, les juifs furent nombreux dans les rangs des partisans. Comme lors de l’insurrection yougoslave dirigée par Tito. Partout ils prouvèrent que ce sont les combattants qui ont le plus de chances de survivre.

Publié dans Articles de Presse

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