La saga de Suzy Solidor s'écoute en chansons

Publié le par Olivier Berrezai

La saga de Suzy Solidor s'écoute en chansons

Suzy Solidor, de son vrai nom Suzanne Rocher, est décédée en 1983 sur les hauteurs de Cagnes-sur-Mer, dans le Sud de la France. Trente ans après sa mort, elle reste une célébrité. Il suffit d'aller sur internet pour s'en rendre compte. Dès que l'on tape son nom, plus de 36 000 articles lui sont consacrés.

La saga de Suzy Solidor s'écoute en chansons

Et sa gloire posthume est renforcée par la sortie d'un CD, accompagné d'un livret richement documenté. Il rassemble 50 titres. Des enregistrements inédits pour la plupart, retrouvés par Martin Pénet, un Parisien amoureux de la Bretagne. Journaliste, historien de la chanson, auteur de nombreux ouvrages, il travaille pour France Inter et France Musique et s'est passionné pour la célèbre chanteuse malouine.

« Ma famille fréquente la région d'Erquy depuis l'avant-guerre, raconte-t-il. J'avais des disques de Suzy Solidor, j'ai étudié les chansons de cette époque. » Suzy Solidor, un destin peu commun. Née en 1900 de père inconnu, son père naturel serait en réalité Robert Henri Surcouf, avocat, député de Saint-Malo et armateur, descendant de la famille du célèbre corsaire, chez qui sa mère travaillait comme domestique.

« Un garçon manqué »

« C'était un vrai garçon manqué, raconte Martin Pénet. Élevée au bord de mer, elle courait dans les rochers de Solidor, où l'on peut encore voir la maison familiale, épargnée par les bombardements. » Elle apprend à conduire en 1916 et passe son permis l'année suivante, ce qui était exceptionnel pour une femme.

Après la guerre, elle s'installe à Paris et débute dans la chanson en 1929. Sa voix grave, quasi masculine, et son physique androgyne la font vite remarquer. En 1933, elle se produit avec succès à L'Européen puis ouvre un cabaret où se produit entre autres le jeune Charles Trenet. « À sa manière, elle a prolongé l'école de la chanson réaliste, décrit Martin Pénet. Certaines de ses chansons sont devenues des tubes pour l'époque, comme Les filles de Saint-Malo, Escale ou encore Le pirate de Saint-Malo, sans doute son plus grand succès. »

Les années d'Occupation

La maison Solidor sur la place du Chateau sera bientôt un lieu de vie et d'expression pour de jeunes artistes

La maison Solidor sur la place du Chateau sera bientôt un lieu de vie et d'expression pour de jeunes artistes

L'Occupation restera une page noire de son existence. Suzy Solidor sera jugée à la Libération devant la commission d'épuration des milieux artistiques, car son établissement accueillait l'armée allemande. Elle part pour les États-Unis, revient en France dès 1949 et ouvre de nouveaux cabarets, avec toujours autant de succès.

À la fin des années 50, elle se retire sur la Côte d'Azur, à Cagnes-sur-Mer, là encore à la tête d'un cabaret baptisé « Chez Suzy », avant de se reconvertir dans les antiquités, place du château de Haut-de-Cagnes. « Elle est toujours restée très attachée à son origine bretonne », souligne Martin Pénet. Suzy Solidor a interprété de nombreuses chansons de marins, également d'autres où elle déclarait ouvertement sa bisexualité et son amour des femmes.

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article