Laval et Déat blessés dans un attentat

Publié le par L'Ardennais

L'Ardenais publié le 28/08/2011 à 11H00

Versailles. Alors que les meurtres politiques se multiplient à Paris, deux éminences de la collaboration sont la cible d'un enrôlé de dernière heure de la LVF. A Londres, on réfléchit pendant ce temps à l'efficacité des bombardements.

Légions des Volontaires FrançaisA Vichy, l'entourage du Maréchal semble plus préoccupé par l'attentat manqué dont ont été victimes le 27 août 1941 à Versailles Pierre Laval, ancien vice-président du Conseil et Marcel Déat dirigeant du Rassemblement national populaire et directeur de « L'œuvre ». Ce jour-là, les deux hommes se trouvent à la caserne Borgnis-Desbordes de Versailles pour passer en revue le premier contingent de la Légion des volontaires français contre le bolchévisme en partance pour le front soviétique. Vers 18 heures, alors que la cérémonie prend fin un homme qui s'est posté sous le porche de la caserne, Paul Collette, 21 ans, ouvrier ajusteur, sort de l'une de ses poches une arme de poing. Il s'agit d'un pistolet 6,35. Il tire à plusieurs reprises.

Laval est touché au thorax et s'effondre tandis que Déat portant pour la première fois l'uniforme : chemise bleue, cravate noire, béret, ceinturon est blessé à l'abdomen. Le tireur ne cherche pas à prendre la fuite. Il est ceinturé par des gendarmes, appréhendé et poussé dans une voiture, sous les huées d'un groupe de gens révoltés par cette double tentative d'assassinat. Pourtant une fois la portière refermée, l'un des militaires confie tout de go : « Ce que vous venez de faire est magnifique mais nous ne pouvons rien pour vous ». Un officier allemand qui se tient auprès de Laval avant qu'il ne soit transféré à l'hôpital de Versailles s'engage : « Votre agresseur a été interpellé. Nous allons l'exécuter ».

Pas très loquace

L'ancien dauphin de Pétain s'y oppose : « Surtout pas ! Vous ne connaissez pas aussi bien que moi les réactions des Français ». Lorsqu'ils arrivent dans l'établissement, les deux blessés qui sont conscients et ont demandé que leur famille soit prévenue doivent patienter de longues minutes avant que le médecin-chef, le docteur Baragué, les prennent en charge. Laval apparaît le plus sévèrement touché. Une balle s'est logée à proximité du cœur et doit être extraite sans tarder. Déat est blessé au niveau de la dernière côte mais son état n'inspire aucune inquiétude. On envisage l'extraction du projectile sous anesthésie locale. Le chirurgien doit se raviser et intervenir sous anesthésie générale. L'estomac et l'intestin ont été déchirés par le parcours de la balle.

Collette est interrogé mais se montre peu bavard. On apprend qu'il a demandé son engagement dans la LVF le 16 août dans un courrier adressé directement à Deloncle. Il a reçu une réponse favorable le 26 août. On lui signifie : « Veuillez vous présenter le mercredi 27 août entre 14 et 17 heures caserne Borgnis-Desbordes à Versailles ». Pour expliquer son geste, il déclare simplement : « J'ai voulu avant tout tirer sur Laval, l'homme de Montoire ». Il justifie son acte par simple patriotisme. Il n'en demeure pas moins plusieurs zones d'ombre sur les conditions exactes dans lesquelles Deloncle a accepté son engagement. A-t-il été convoqué directement à la caserne ? Les candidats étaient normalement doublement filtrés par le MSR et par les services de la Wehrmacht. Comment a-t-il pu dans des délais aussi courts rejoindre des hommes qui étaient effectivement incorporés ? Déat verse de l'huile sur le feu en voyant dans cet acte un geste par procuration de Deloncle. Il considère qu'un complot le visant a été finalisé. Plusieurs proches vont le conforter dans cette direction. Cette tentative est alors analysée comme la volonté dissimulée du MSR de phagocyter le RNP. On cherche à savoir pourquoi Deloncle s'est rendu à Vichy début août. Ce déplacement a fait l'objet d'un suivi détaillé par les renseignements généraux qui notent ses rencontres avec Pétain, Darlan, Huntziger, du Moulin de Labarthète et Pucheu, le nouveau ministre de l'Intérieur.

Un rapport embarrassant

Parmi toutes les intrigues qui dominent l'été à Vichy, l'idée d'écarter définitivement Laval et Déat est une hypothèse recevable mais incertaine. L'attentat se produit en présence du ministre plénipotentiaire Schleier qui représente Otto Abetz, Deloncle, président du comité directeur de la LVF, Brinon, délégué général du gouvernement de Vichy, de nombreux officiers allemands et proches du pouvoir vichyssois. De fait l'attentat est plutôt bien accueilli parmi la population civile qui déteste les deux cibles de Collette ! A Londres, le gouvernement britannique reçoit un rapport du commandement de l'aviation de bombardement qui résulte de l'analyse des frappes opérées sur le territoire allemand. Le travail est réalisé à partir de photographies aériennes d'excellente qualité qui attestent l'imprécision des largages.



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