Le chef d'Aqmi aurait été tué au Mali

Publié le par Le Figaro - Thierry Oberlé

Le Figaropublié le 01/03/2013 à 10h48 par Thierry Oberlé

Spécialiste des prises d'otages, Abou Zeid serait mort dans un bombardement de l'aviation française.

Abou Zeid (à gauche)
Abdelhamid Abou Zeid, le principal chef d'al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) serait mort dans un bombardement de l'aviation française. Des sources proches des dirigeants touaregs du MNLA, le Mouvement national de libération de l'Azawad, ont confirmé au Figaro l'information donnée jeudi en milieu d'après-midi par la télévision privée algérienne Ennahar TV. Sous le titre «Mort de l'émir d'Aqmi Abou Zeid», le site en ligne de cette télévision privée écrit que «des sources sécuritaires ont découvert (les corps) de 40 terroristes dont celui d'Abou Zeid». Les djihadistes auraient été tués par les forces françaises dans le massif de Tigharghar, dans le nord du Mali, où se concentrent les combats entre les forces spéciales françaises appuyées par des troupes tchadiennes et les katibas salafistes. Proche de la localité d'Aguelhok, la région est un refuge d'Aqmi. Selon d'anciens otages, c'est dans cette zone accidentée difficilement pénétrable qu'Abou Zeid avait établi son camp.

À Paris, le ministère français de la Défense se refuse à tout commentaire officiel. «Nous n'avons pas d'information à ce stade», assure un membre de l'entourage de Jean-Yves Le Drian. Même silence radio à Alger, où les développements de la «guerre contre le terrorisme» menée dans le nord du Mali sont suivis en direct en raison notamment de la proximité avec une frontière algérienne longtemps poreuse. Depuis plusieurs semaines, l'armée algérienne a massé des troupes sur son territoire à proximité des zones de refuge au Mali des groupes islamistes armés pour empêcher leur ravitaillement via des circuits de contrebande et leur repli en Algérie.

Abou Zeid, de son vrai nom Mohammed Ghdiri, était apparu pour la première fois dans le casting djihadiste algérien en 2003 comme adjoint d'Abderazak el-Para, principal instigateur de l'enlèvement de touristes européens. Il était devenu au fil des ans l'émir des zones sud-sahariennes en se taillant une réputation de stratège froid et cruel. On lui attribue deux exécutions, celle d'Edwin Dyer, un Britannique abattu en 2009 car son pays refusait par principe de payer pour sa libération, et celle en 2010 du Français Michel Germaneau, 78 ans, un vieil homme malade retenu prisonnier dans des conditions extrêmes jusqu'à ce que mort s'ensuive. De son côté, le diplomate canadien Robert Fowler, qui fut otage au Sahara, a raconté comment Abou Zeid a refusé de fournir des médicaments à deux otages souffrant de dysenterie, dont l'un avait été piqué par un scorpion.

Ce radicalisme a fait la fortune d'Abou Zeid. Le chef salafiste a encaissé des dizaines de millions d'euros grâce aux rançons versées par les États occidentaux pour l'élargissement de leurs compatriotes. Le pactole lui a permis de s'équiper en armes et en munitions, de recruter des volontaires et de corrompre des notables locaux pour s'attirer des complicités.

Une guerre invisible

Aux dernières nouvelles, Abou Zeid détenait au moins quatre des sept otages français au Mali. Il s'agirait de Thierry Dol, Daniel Larribe, Pierre Legrand et Marc Féret, tous employés d'Areva ou de la Satom, enlevés en septembre 2010 à Arlit, au Niger, sur un site d'exploitation d'uranium. Les otages ont été longtemps divisés en deux groupes pour empêcher une intervention d'un commando français. Abou Zeid a sans doute envisagé de se servir d'eux comme dernier rempart. Mais rien ne permet de corroborer cette hypothèse.

Abou Zeid, qui s'est montré à plusieurs reprises ces dernières années sur des vidéos de revendication d'enlèvements pour montrer le poids qu'il exerce dans son organisation, est resté silencieux comme tous les responsables d'Aqmi depuis le déclenchement de l'opération «Serval». Des éléments d'al-Qaida ont combattu au début de l'intervention française à Konna, près de Mopti, mais ont rapidement battu en retraite. Les chefs d'Aqmi qui contrôlaient la ville de Tombouctou ont plié bagage avant l'arrivée des armées franco-maliennes. Composés de djihadistes arabes, les groupes d'al-Qaida sont traqués dans les montagnes de l'Adrar des Iforas, leur bastion. Là-bas, loin des caméras et des témoignages des journalistes, se déroule une guerre invisible. Les forces tchadiennes sont en première ligne et les Français déploient en second rideau leurs hélicoptères et leurs Rafale. Une offensive qui a, peut-être, permis de mettre hors d'état de nuire l'ennemi public numéro un de Paris.

Publié dans Articles de Presse

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