Le coaching résistant de la BBC

Publié le par L'Ardennais - Hervé Chabaud

L'Union publié le dimanche 14/11/2010 à 12H00 par Hervé Chabaud


Comment entretenir une tradition d'hommes libres à l'exemple de celle dont ont témoigné ceux qui ont défié Vichy et l'occupant en manifestant le 11 novembre et en déposant des fleurs devant les monuments aux morts de la Grande Guerre ?

Appel 18 juin1940Henri Hauck dans l'émission « Les Français parlent aux Français » pense avoir trouvé les clés intellectuelles pour faire vivre cet esprit de résistance. Il se dit réconforté par la certitude que les Français ont toujours refusé « de croire les bobards fascistes et nazis, et de laisser s'établir chez eux un régime autoritaire ». Si les libertés sont restreintes, c'est parce que le pays a été poignardé dans le dos pour le plus grand plaisir d'Hitler et de Mussolini : « Voilà, camarades, les fruits amers de la capitulation. Et ne croyez pas que l'Allemagne va faire quoi que ce soit pour vous si M. Pierre Laval s'aplatit encore un peu plus devant Hitler et si la France accepte d'entrer dans le nouvel ordre européen que l'Allemagne s'efforce d'établir ».

Les Français libres sont unanimes pour dénoncer ce nouvel ordre imposé depuis Berlin parce qu'il n'apporte pas une répartition équitable des ressources et de l'activité de l'Europe entre les différents pays qui en font partie : « Ce sera la botte allemande sur tous les peuples vassaux, et la pompe aspirante qui, au profit de l'Allemagne, raflera et absorbera les derniers biens qui restent encore aux vaincus ».

Le seul moyen de s'en sortir est de refuser la résignation. Bref, de s'inscrire dans la voie tracée par le général de Gaulle dès le 18 juin. Hauck résume ainsi sa pensée : « Il n'y a pas de salut dans l'acceptation de l'oppression. Il ne peut y avoir de salut que dans la défaite d'Hitler et le rétablissement d'une France libre et fraternelle, prête à collaborer avec les peuples de l'Europe ». Les Français ne doivent pas perdre leur âme et rester eux-mêmes. C'est le sens de cette déclaration sur les ondes de la BBC. Sa conclusion est explicite : « Ainsi et ainsi seulement, sur les ruines du régime de Vichy et du système hitléro-fasciste, nous pourrons construire une France heureuse dans une Europe libre ». Laval est de plus en plus visé par les colères médiatiques coiffées d'une Croix de Lorraine. Georges Boris toujours prolixe dès lors qu'il s'agit d'embourber le vice-président du Conseil dans ses contradictions ne se prive pas de dire : « M. Laval remplit exactement le même emploi que les chefs de gouvernement complices que l'Allemagne a placés à la tête des pays qui collaborent. Sachez où il vous mène.

Et que l'échec que vous lui avez infligé, en l'empêchant de signer un traité monstrueux, vous enseigne que vous avez le pouvoir, tout comme vous avez le devoir de résister ». Avec sa poigne habituelle et ses mots qui cognent, René Cassin ne relâche pas la pression et prend une fois encore le micro le 13 novembre pour oxygéner l'esprit de résistance. Il parle d'ailleurs d'un mandat que la France occupée a confié à ceux qui sont en Angleterre et dans l'Empire pour redonner la liberté à nos compatriotes. Il s'en explique : « Les Français libres ne répudient pas seulement les armistices ou tout pseudo-pacte de collaboration qui jetterait la France dans le sillage de l'Axe. Ils tiennent pour illégaux et nuls toutes les actes législatifs postérieures au 23 juin 1940 et en particulier cette caricature de révision constitutionnelle ». Il voit dans Vichy une dictature qui s'affranchit de rendre des comptes, dépouille la nation et les citoyens français de leur libre droit : « Pour eux, il n'y a plus que des sujets et des collectivités réduites en servitude ».

« Nos amis sont les vôtres »

Pour crédibiliser les Forces françaises libres, René Cassin explique que le général de Gaulle a fondé un Conseil de défense de l'Empire composé de neuf membres civils et militaires, chargé de diriger l'effort français pendant la guerre. Et de préciser l'engagement du général de Gaulle : « Il a solennellement pris l'engagement de rendre compte de ses actes aux représentants du peuple français dès qu'il aura été possible à celui-ci d'en désigner librement ». Ces principes sont ceux de la démocratie sincère à laquelle Cassin adhère aussi demande-t-il à ses auditeurs de faire de même : « Elle s'oppose catégoriquement aux doctrines, aux diktats que les hommes de Vichy, agenouillés devant les vainqueurs entendent vous imposer à tous ». Le Conseil de défense est aussi pour l'orateur la preuve que les valeurs de la déclaration des droits de l'homme de 1789 sont respectées. Il n'y a pas chez les FFL de doctrine raciste. L'universitaire français redit sa confiance : « Vous savez, chers concitoyens, que nos amis sont les vôtres : ce sont les masses populaires du monde entier, attachées à la France libératrice et à sa civilisation, que vous représentez. Nos ennemis aussi sont les mêmes. Pour la dignité de l'homme et la libération des peuples opprimés, tenez bon comme les Français libres tiennent bon ».

Gaston Palewski y va de son analyse, celle qui dénonce les bergers de Vichy et l'incapacité du gouvernement à avancer une politique étrangère qui ne soit pas un copié-collé des exigences de Berlin. Le premier fautif est bien sûr Pierre Laval dans le collimateur de l'orateur qui cible encore Flandin et Bonnet. A Vichy il y aurait quatre postulats : la décadence de l'Angleterre, la puissance militaire et sociale de l'Italie, la volonté de désintéressement de l'Amérique envers les affaires de l'Europe et enfin la nécessité de s'entendre avec l'Allemagne, championne de l'humanité dans la lutte contre le communisme. Palewski les dépèce avec le couteau de la résistance : « Français qui m'écoutez, et dont le merveilleux patriotisme a été soumis à la plus abominable entreprise d'escroquerie intellectuelle jamais tentée sur un grand pays, n'écoutez pas les menteurs de Vichy ».

Avec talent il démontre que l'Angleterre résiste malgré les bombardements quotidiens. Il témoigne du moral des Britanniques convaincus de la victoire même si elle prend du temps. Il insiste sur l'unité de l'Empire et ricane des propos inconséquents de ceux affirmant la décadence de Londres : « Allez donc dire cela aux milliers de jeunes gars de la RAF qui offrent leur vie chaque jour pour leur liberté et pour la vôtre ». Il se moque de l'Italie et de ses déconvenues en cascade en Grèce. Il attire l'attention sur la réélection à Washington de Roosevelt et est prêt à parier qu'un jour ou l'autre les Etats-Unis vont entrer dans la guerre pour : « la victoire, la délivrance ». Pour l'intervenant, la situation est assez simple à comprendre. Tout ce qui est affirmé aux Français de la métropole est de la désinformation : « Trompés sur l'Angleterre, trompés sur l'Italie, trompés sur l'Allemagne, trompés sur l'Amérique, on cherche à en faire les artisans d'une victoire mondiale du Reich ». Cette manipulation est suffisamment énorme pour que les Français en soient avertis. Laval qui est qualifié de « Dauphin de la France » est ficelé dans ses contradictions et son aveuglement. S'il sert de bouc émissaire c'est aussi parce que depuis Montoire son engagement pro-allemand relève de la caricature et de la soumission la plus parfaite.

Publié dans Articles de Presse

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