Le feuilleton des spoliations

Publié le par L'Express par Judith Benhamou-Huet

Des toiles volées aux familles juives retrouvent enfin leurs vrais propriétaires. Après un incroyable périple !

Le feuilleton des spoliations

Le 27 janvier prochain, Christie's mettra en vente à New York un ensemble de cinq tableaux anciens, qui, pendant près de cinquante ans, étaient dans les collections du musée du Louvre, plus une toile issue du grand musée allemand, la Gemäldegalerie de Berlin. Ces peintures, estimées au total à 4 millions de dollars, appartenaient à un diplomate et homme d'affaires juif d'origine italienne résidant à Paris, Federico Gentili Di Giuseppe.

Après son décès, les 79 toiles de maître que contenait son appartement de l'avenue Foch ont été vendues aux enchères à Drouot, en 1941, par un jeune commissaire-priseur de l'époque, aujourd'hui académicien, Maurice Rheims. Le 2 juin dernier, la cour d'appel de Paris a reconnu que cette vente était spoliatrice pour les héritiers du collectionneur et l'a donc annulée. Auparavant, les descendants avaient retrouvé la trace de six toiles de la collection. Ces oeuvres avaient connu un parcours compliqué.

Dans un premier temps, une toile de Tiepolo, Alexandre et Campaspe dans l'atelier d'Apelle, aujourd'hui estimée à 2 millions de dollars, était allée rejoindre les collections de Goering. D'autres, comme un pastel de Rosalba Carriera (estimé 25 000 dollars) ou Les Joueurs de cartes, d'Alessandro Magnasco (150 000 dollars), avaient été acquises par un marchand allemand proche du pouvoir nazi, Haberstock. Après la guerre, les toiles récupérées par les autorités françaises et portant la mention MNR (Musées nationaux récupération) avaient été intégrées aux collections du Louvre. Par ailleurs, une autre peinture de Tiepolo, Les Adieux de Rinaldo à Armide, avait été achetée par un marchand français, Cailleux, et revendue en 1979 aux musées de Berlin.

C'est après des demandes répétées pendant plus de quarante ans qu'en juillet dernier le Louvre se voyait dans l'obligation de rétrocéder les oeuvres aux héritiers. La Gemäldegalerie a fait de même en novembre. Ironie du sort, ce 27 janvier, dans la même vente, se trouve une autre oeuvre en provenance du Louvre, un Calvaire du XVe siècle par le Maître de la mort de Saint-Nicolas de Munster, elle aussi classée MNR et récupérée récemment par les héritiers d'André Seligmann. Le feuilleton des récupérations continue: l'un des avocats des héritiers de Gentili Di Giuseppe est sur la piste d'une dizaine d'autres oeuvres de la fameuse collection.

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article