Le mirage de l'or nazi

Publié le par Le point - Clémentine Goldszal

Le Point publié le 12/08/2010 à 12:16 par Clémentine Goldszal

 

Ruée. Les trésors de guerre du nazisme ont fait l'objet des spéculations les plus folles.

Sur la trace des trésors nazisMerkers, le 4 avril 1945. La nuit tombe sur la petite ville thuringienne. Dans les rues vides, un groupe d'officiers américains croise deux jeunes femmes. L'une raconte, dans un anglais approximatif, que des convois de camions sont venus avec des officiers SS et des messieurs en civil. Pourquoi ? La rumeur fait état d'un trésor. Des prisonniers de guerre auraient aidé à transférer des caisses et des sacs dans une cache proche de la ville.

D'ex-prisonniers libérés guident les Américains vers une ancienne mine de sel. Le 6 avril, les GI pénètrent dans une caverne d'Ali Baba après avoir percé un trou dans l'entrée murée : 220 tonnes d'or, 8 000 lingots dans 207 conteneurs et sacs, ainsi que des caisses et valises de bijoux, alliances, montres, etc. Mais aussi, par centaines de kilos, des couronnes dentaires ou dents en or.

Ce pactole vient de l'enfer. Un reporter relate : " Aucun soldat n'avait jamais rien vu de tel. Le 12 avril, Dwight Eisenhower inspecta le dépôt. Il ne put que s'écrier : " Jésus-Christ !" " Les semaines suivantes, les Alliés trouvent d'autres caches, mais aucune de cette importance. Trente ans après la fin de la guerre, un officier américain m'a indiqué une ancienne galerie de mine dans les montagnes du Tyrol où un autre trésor serait caché. Mais les plafonds ne tiennent plus et nul ne veut risquer sa vie pour cela.

A partir de 1936, quand Hitler décida la militarisation à outrance, et surtout en 1940, quand le Reichsmark fut inconvertible, il fallut payer en or et argent les métaux - wolfram, tungstène, uranium - destinés à l'industrie des armements. Les lois raciales de Nuremberg permirent d'abord de faire main basse sur les biens de la bourgeoisie juive. Après 1940, le Reich put voler les juifs d'Europe, jusqu'à leurs prothèses dentaires prélevées sur les cadavres dans les camps d'extermination.

On confisqua aussi les réserves en or des banques centrales des pays conquis. Un système astucieux permettait de convertir cet or en francs suisses dans des banques de la Confédération helvétique. Quand la Wehrmacht occupa le sud de la France, on put transférer le métal précieux en Espagne et au Portugal. En 2000, Michel Guérin, instituteur près d'Oloron en Béarn, me raconta la découverte par un particulier, Jonathan Diaz, de documents témoignant du transport de métaux précieux et d'horlogerie par Canfranc en Espagne : 44 convois de camions. Que sont-ils devenus ?

Depuis la découverte initiale à Merkers en 1945, rien de bien concluant. L'ardeur des chercheurs de trésors, stimulée par les légendes qui entouraient notamment l'organisation Odessa, réseau d'évasions de vétérans SS, s'est un peu calmée. On cherche en vain depuis des décennies la " chambre d'Ambre des tsars " à Königsberg, enterrée par les nazis. On a aussi plongé dans le lac de Töplitz, où l'on a trouvé des caisses qui ne contenaient que des bouteilles de bière. L'attention s'est reportée vers un autre lac de Styrie, le lac d'Altausee, non loin de l'endroit où le chef de la sûreté du Reich, l'Autrichien Ernst Kaltenbrunner, successeur de Heydrich, avait une résidence.

Là se trouvait un " réduit alpin " où il s'était réfugié avec sa maîtresse, la comtesse von Westarp. Après son exécution en 1946, on a trouvé enterrés dans son jardin 76 kilos d'or. Puis de nouvelles recherches ont exhumé 2 tonnes d'or dans 50 caisses, une collection de timbres valant 5 millions de marks-or. Un plongeur a trouvé dans le lac d'Altausee en 2001 le sceau personnel de Kaltenbrunner. Il est possible qu'il se soit défait à la hâte de valeurs dont il était le dépositaire en les immergeant dans le lac. Encore de quoi nourrir une légende postnazie qui n'en finit plus

Historien. Auteur de " Sur la trace des trésors nazis " (Tallandier) par Jean-Paul Picaper




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