Le procès Barbie à Lyon a donné une impulsion à la mémoire

Publié le par Le Progrès de Lyon

Mémoire. Serge et Beate Klarsfeld ont traqué les nazis aux quatre coins du globe. On leur doit les procès contre René Bousquet, Maurice Papon, Paul Touvier et, bien sûr, Klaus Barbie. Aujourd’hui encore, ils poursuivent leur œuvre pour que l’oubli ne prenne pas le dessus.

Serge et Beate Klarsfeld

Serge et Beate Klarsfeld

Vous sortez une nouvelle version de votre ouvrage Mémorial de la déportation des juifs de France. Qu’apporte-t-elle de plus que la précédente ?

Serge Klarsfeld : Des milliers de précisions supplémentaires. Il y a beaucoup de correction sur l’orthographe des noms, mais aussi l’adresse de chaque arrestation. Cela permet de rassembler les familles à partir des lieux d’arrestation.

Où peut-on consulter cet ouvrage ?

Il sera en consultation gratuite dans toutes les archives départementales à partir de la semaine prochaine. Un CD interactif devrait permettre, dans les semaines qui viennent de faciliter le travail des chercheurs et des familles en permettant par exemple de connaître tous ceux qui ont été arrêtés dans le Rhône.

Votre combat pour la mémoire n’est donc pas terminé ?

Beate Klarsfeld : Ce combat continue. Je vais ainsi participer à deux manifestations en Allemagne contre des néonazis. Là-bas, la police a été laxiste à l’égard de l’extrême droite. Elle essayait de relier toute une série de crimes racistes à la mafia alors que c’était le même pistolet qui avait tué dix fois. Il faut donc remobiliser la police et l’opinion publique.

Vous êtes passée plusieurs fois par la case prison justement pour mobiliser. Vous le referiez si c’était nécessaire ?

Beate Klarsfeld : Mes séjours en prison étaient toujours pour apporter un succès dans l’action. Le plus symbolique est la gifle que j’ai donnée au chancelier allemand Kiesinger, un ancien nazi, en 1968. C’était la gifle des jeunes Allemands à la génération précédente. Après ça, il a été impossible de nommer un ancien nazi à un poste à responsabilités.

Reste-t-il encore des nazis à débusquer ?

Serge Klarsfeld : Ils sont pratiquement tous morts. Ceux qui restent sont la base de la pyramide. Mais ce sont des crimes sans témoin ni documents signés.

Il ne reste donc plus rien à découvrir sur cette période ?

Serge Klarsfeld : Si, de la micro-histoire. D’ici quelques années, la masse des études locales permettra de tirer des conclusions définitives. Les Français ont-ils été des salauds ou ont-ils sauvé des juifs ?

Quelle est votre réponse ?

Serge Klarsfeld : Quand les Français ont compris qu’on arrêtait des femmes et des enfants, ils ont tendu la main aux juifs. Le déclenchement est venu des églises catholiques et protestantes, les leaders spirituels de la France. Elles ont conforté la population dans sa réaction d’aider les familles juives.

Vous étiez cette semaine à Lyon. Une ville indissociable pour vous du procès Barbie ?

Ce procès a donné une impulsion à la mémoire. À Lyon, capitale de la Résistance, il y a maintenant le centre d’histoire et de la Résistance et de la Déportation, le Fort Montluc, la maison du docteur Dugoujon, et la maison des enfants d’Izieu.

Quels souvenirs gardez-vous de cette traque puis du procès de Klaus Barbie ?

Beate Klarsfeld : C’est ici, à Lyon, avec un article du Progrès de Marcel Rivière, que nous avons lancé l’idée d’un avion spécial pour Munich afin de protester contre un non-lieu de Barbie. Nous sommes partis avec des résistants lyonnais, dont Lucie Aubrac. Toute la société lyonnaise s’est engagée dans ce combat.

Serge Klarsfeld : Le procès a été réussi. Et je me réjouis encore que Vergès ait décidé que Barbie n’assisterait pas au procès. Car je l’ai vu face aux témoins dans les confrontations chez le juge d’instruction, qui en était d’ailleurs ébranlé. Les témoins perdaient leur sérénité. Quarante ans après, ils se retrouvaient face à un bourreau qui avait toute latitude pour leur poser des questions. Et il savait le faire car c’est pour cela qu’il avait été embauché par les Américains après la guerre. Barbie savait mettre les témoins en colère pour les empêcher de dire ce qu’ils avaient à dire. Là, en son absence, ils ont été formidables.

Des enfants juifs ont été tués à Toulouse. L’antisémitisme est toujours d’actualité ?

Serge Klarsfeld : L’antisémitisme d’extrême droite est en régression, mais la situation tendue au Proche-Orient entraîne une mobilisation de l’islam radical contre les juifs. Chaque génération de juifs a lutté contre une forme différente d’antisémitisme. Mais aujourd’hui, aucun juif n’est persécuté par un pays comme cela a pu être le cas avant. Il faut faire en sorte que les jeunes grandissent en ne tombant pas dans les extrêmes.

Publié dans Articles de Presse

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