Le testament de Danielle Mitterrand

Publié le par France-Soir - D. de Montvalon

France-Soirpublié le 10/01/2012 à 20h01 par D. de Montvalon

Juste avant sa mort, le 22 novembre, la "rebelle" Danielle Mitterrand a voulu, dans un petit livre, se confier une dernière fois.

Danielle MitterrandMême si Michel Joli, secrétaire général de la Fondation France-Libertés que présidait Danielle Mitterrand, récuse dans sa post-face le mot de « testament » pour qualifier ce livre (1) dans lequel l'ex-première Dame de France s'est une dernière fois livrée, c'est bien d'un testament qu'il s'agit. Morte le 22 novembre dernier à Paris et sachant que sa fin approchait, Danielle Mitterrand avait accepté, en effet, une dernière conversation. Son questionneur est Gilles Vanderpooten, co-auteur avec l'ambassadeur Stéphane Hessel d'Engagez-vous, la suite du célébrissime opuscule Indignez-vous. D'ailleurs, le livre de la rebelle Danielle Mitterrand - qui, toute sa vie, aura refusé le conformisme, le cynisme ou simplement le statu-quo - s'intitule : « Ce que je n'accepte pas ».

Tout au long des deux septennats de François Mitterrand, « Danielle » n'aura eu de cesse d'interroger celui qu'elle baptise d'une drôle de façon son « interlocuteur privilégié » sur le trop grand écart entre ses « convictions » et ses « actes ». Et lui, chaque fois, essayait de s'en sortir tant bien que mal : « Je ne peux pas te donner la réponse que tu attends de moi. La conduite du pays m'impose trop de retenue... »

Danielle Mitterrand savait dire non

L'aptitude à dire « non » de Danielle Mitterrand date, en réalité, de sa prime jeunesse : quand, à l'âge de 6 ans, la directrice - fort « bigote », paraît-il - du collège (pourtant public) de Dinan lui a fait payer cash les convictions laïques de son père, en lui reprochant de ne pas aller tous les matins faire sa prière, comme les autres.

« Dire non, je le tiens de mon père, écrit plus loin Danielle Mitterrand, émue et fière. Sous Vichy, il a refusé de livrer le nom des enfants juifs de l'établissement dont il était directeur... 'Non, ce n'est pas possible. Je dois désobéir'... ». Et Danielle, dans cet élan-là, de proclamer, fidèle à son père : « Toute ma vie, j'ai posé des questions ».

Une femme dérangeante

Militante de la cause kurde (jusqu'à exaspérer, à l'époque, le quai d'Orsay), « séduite » par Fidel Castro (au motif, un peu court, qu'il représentait « tout le mal que le monde capitaliste pense de ses opposants ») et avocate de la « rupture avec le capitalisme » (ce qui était le cas aussi de son mari avant 1981), Danielle Mitterrand ne s'est jamais exprimée en intellectuelle ou en théoricienne. Le registre de cette femme dérangeante était plutôt instinctif, voire « tripal », avec des accents à la Mélenchon : « Jusqu'ici, les peuples ont vécu le règne de la pensée unique, selon lequel seul l'argent peut faire le bonheur. C'est, bien sûr, une hérésie... » Ou encore (p. 80) : « Le capitalisme a fait de l'argent un maître à penser. Ce système est devenu d'une telle démesure qu'il est insupportable. Et c'est dans cette même démesure qu'il s'effondre... »

« On ne s'engage pas dans la Résistance, on naît résistant. Jamais mon père n'aurait suivi Pétain... » : ces lignes - pesées, fortes - François Mitterrand, mort le 8 janvier 1996 ne les aura pas lues. Sans doute, compte tenu de son propre itinéraire (autrement plus tourmenté), est-ce mieux ainsi. Mais s'il les avait lues, qu'aurait-il dit, comment aurait-il réagi ? « Danielle », jusqu'au bout, aura été solidaire de « François » mais, elle le confirme, sans la moindre concession quand il s'agissait, à ses yeux, de l'essentiel.

(1) Ce que je n'accepte pas, par Danielle Mitterrand. 110 pages. Editions de L'Aube. 7,10 euros.

Publié dans Articles de Presse

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