Les banques suisses dédommagent les victimes de la Shoah

Publié le par Muriel Jasor

JournalLes Echos publié le 23/11/2011 à 12:00 par Muriel Jasor

Après trois ans de bataille, UBS et Credit Suisse versent, le 23 novembre 1998, 250 millions de dollars aux victimes ou ayants droit de la Shoah. Au total, selon un accord conclu le 12 août de la même année, les deux principales banques de la Confédération se sont engagées à verser 1,25 milliard de dollars.

Un épilogue qui aide à rétablir – au moins partiellement -, la réputation de la place financière suisse, sérieusement écornée depuis les révélations, en 1995, sur son rôle pendant la période nazie. Une mauvaise image dont elle n’est d’ailleurs pas la seule responsable. Certes, cette réputation est née du fait que la banque centrale a servi l’effort de guerre de 1939 à 1945 en achetant à l’Allemagne de l’or pillé à travers toute l’Europe et de l’histoire trouble du développement d’un de ses principaux établissements bancaires, l’Union de Banques Suisses, pendant la guerre. Et elle a été confortée par la tradition de secret bancaire. Mais elle a aussi été suscitée par l’obstination de la Suisse à faire cavalier seul en Europe et par les vastes restructurations génératrices de suppressions massives d’emplois des dernières années.

Face aux récriminations des organisations juives internationales et une partie des dirigeants politiques américains, le secteur bancaire suisse a aussi fait de la résistance, réagissant souvent avec maladresse et arrogance. Notamment en 1997 quand, interrogé sur la question des avoirs juifs en déshérence détenus par sa banque, Robert Studer, alors président de l’Union de Banques Suisses, avait ponctué par un sec et cassant « peanuts ».

Sur la défensive, les banques helvétiques ont refusé pendant trois ans de réexaminer la question des avoirs juifs. Exigeant, parfois avec cynisme, la production de certificats de décès pour les morts des camps de concentration. Mais, en février 1997, les principaux établissements suisses ont dû finir par accepter de créer en faveur des victimes de l’Holocauste un « fonds humanitaire » de 100 millions de francs suisses. Une cagnotte portée ensuite à 190 millions de francs suisses.

En juin 1998, les principales banques ont décidé d’offrir aux organisations juives américaines un solde de tout compte de 600 millions de dollars. Une offre que les plaignants, qui réclamaient 1,5 milliard, ont alors déclinée et jugée « insultante ». Un accord a finalement été trouvé à 1,25 milliard, en août. Sous la menace de graves sanctions à l’encontre de pans entiers de l’économie suisse de certains Etats américains, les banques suisses ont préféré arriver à un terrain d’entente.


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