Les États-Unis embarrassés

Publié le par Rodney42

Le Point publié le 21/11/2010 à 11:13

Les États-Unis embarrassés d'avoir été un "refuge" pour les nazis

Zuroff EfraimUn rapport que l'administration américaine a tenté de dissimuler pendant quatre ans explique comment les États-Unis ont passé, dans les années qui ont suivi la guerre, un "pacte avec le diable" et constitué un "refuge" pour criminels nazis. "Les États-Unis, qui s'enorgueillissent d'avoir été un refuge pour les persécutés, sont devenus, dans une certaine mesure, un refuge pour les persécuteurs également", écrit le Bureau des investigations spéciales (OSI) dans ce rapport révélé par le New York Times.

Créé en 1979 pour traquer les nazis résidant sur le sol américain et organiser leur expulsion, l'OSI a récemment été fusionné avec d'autres services du ministère américain de la Justice pour devenir la section "Droits de l'homme et instructions spéciales". Le rapport retrace le travail de l'OSI depuis sa création et lève une nouvelle fois le voile sur la "compromission éthique de la politique américaine dans l'utilisation d'anciens responsables nazis comme informateurs, pour leur programme spatial ou pour d'autres projets militaires secrets", explique Efraïm Zuroff, chef du département consacré à la traque des anciens nazis au centre Simon Wiesenthal.

Le ministère de la Justice s'engage "à la transparence"

"Ces thèmes sont bien connus", rappelle le spécialiste dans le quotidien britannique The Guardian, mais "méritent d'être réexaminés". Et pourtant, ce rapport de plus de 600 pages rédigé en 2006 a mis quatre ans à être publié dans son intégralité. Un responsable de l'administration a assuré sous le couvert de l'anonymat qu'il s'agissait d'un "brouillon qui n'a jamais été validé et contient erreurs et omissions" et que le ministère avait renoncé à le finaliser faute de moyens. Après un an de bataille réglementaire, le ministère a néanmoins fourni une copie largement censurée aux Archives de sécurité nationale après que celle-ci l'a menacé de poursuites judiciaires.

"Le ministère s'est engagé à la transparence, des avocats spécialisés ont pris la décision d'amputer certains passages pour des raisons de respect de la vie privée ou de respect de la loi", a assuré Laura Sweeney, une porte-parole du ministère de la Justice. Au vu de la quantité de passages biffés, "d'anciens responsables de l'administration", selon les Archives, ont fini par le donner intégralement au New York Times. "Maintenant que nous pouvons faire la comparaison entre le document censuré et le texte complet, il apparaît clairement que le ministère de la Justice cache des informations sans aucune justification juridique", a estimé David Sobel, avocat des Archives.

"Pour une administration et un ministre qui s'étaient engagés à un niveau de transparence 'sans précédent', il s'agit d'un exemple perturbant de la distance entre réalité et rhétorique", a-t-il ajouté dans un communiqué. L'accueil par les États-Unis de scientifiques allemands et autrichiens dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, pour accélérer la victoire contre le Japon dans un premier temps et pour que l'URSS ne les accueille pas dans un deuxième temps, est connu.

Mais le rapport donne davantage de détails sur la procédure et atteste à quel point ceux-ci ont été accueillis "sciemment". Il approfondit notamment les connaissances historiques sur la manière dont la CIA a utilisé les services d'anciens nazis à l'extérieur et à l'intérieur des États-Unis. "Nous continuons à nous dissimuler, nous continuons à cacher que certaines personnes dans notre pays ont perverti le sens de l'intérêt national. Il est temps que ça se sache", a commenté sur NBC Abraham Foxman, de l'Anti-Defamation, une organisation de lutte contre l'antisémitisme.

Publié dans Articles de Presse

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