Les secrets de la cavale d'Oussama Ben Laden

Publié le par Le Figaro

La plus jeune femme du terroriste saoudien a raconté sa fuiteaux services secrets pakistanais.

Ben Laden OussamaBientôt un an après sa mort, le spectre d'Oussama Ben Laden continue de hanter les relations américano-pakistanaises, déjà sérieusement entamées par le jeu trouble d'Islamabad avec les islamistes. Abattu le 2 mai 2011 lors d'un raid des forces spéciales américaines sur son repaire d'Abbottabad, l'ancien dirigeant d'al-Qaida aurait passé la décennie écoulée à se terrer, non pas dans les montagnes des zones tribales de la frontière afghane, comme les services de renseignements le supposaient, mais dans de confortables résidences situées en plein cœur de vastes zones urbaines du Pakistan.

Telles sont les principales conclusions d'un rapport des services secrets pakistanais (ISI), rendu public le 29 mars. Elles émanent de l'interrogatoire de la plus jeune femme yéménite du milliardaire et terroriste saoudien, Amal Ahmad Abdul Fateh, âgée de 30 ans, elle-même blessée au pied durant l'assaut des Navy Seals. Le compte-rendu de la police pakistanaise indique qu'«immédiatement après le 11 Septembre (2001), (les membres du clan) se dispersent», pour échapper à la traque que doit inévitablement lancer Washington.

Des alliés «très haut placés»

Amal Ahmad Abdul Fateh fuit vers Karachi (Sud), la grouillante mégapole aux dix-huit millions d'habitants, où elle restera «huit à neuf mois», avant de rallier la ville de Peshawar plus au nord, où elle est rejointe par son mari. À ce moment, toutes les opérations visant à capturer Oussama Ben Laden «mort ou vif» se concentrent sur les Zones tribales pachtounes. Tandis que les snipers pistent sa trace dans les grottes de Tora-Bora, sur la frontière afghane, l'émir d'al-Qaida se fond dans la jungle urbaine du Pakistan.

Avec ses femmes et ses enfants, il va vivre dans sept endroits différents, l'un des fils Ben Laden, Saad, veillant à la logistique. Le fugitif aura quatre enfants durant ces neuf années de cavale, le dernier en 2008. Deux d'entre eux seraient nés dans des hôpitaux publics. Après Peshawar, la famille Ben Laden séjourne d'abord dans le district de Swat, à 60 km au nord-ouest d'Islamabad, puis à Haripur, plus près encore de la capitale, avant d'emménager en 2005 à Abbottabad, où elle séjournera six ans, à quelques centaines de mètres de l'académie militaire du Pakistan, un des endroits les plus sécurisés du pays.

Arrêtée juste après l'assaut des Seals, Amal Ahmad Abdul Fateh se trouve en résidence surveillée à Islamabad. Après avoir un temps envisagé de l'extrader vers son pays d'origine, le Yémen, ainsi que deux autres veuves saoudiennes du défunt, les autorités pakistanaises semblent s'être ravisées. Toutes trois risquent à présent à cinq ans d'emprisonnement pour séjour illégal au Pakistan. Il s'agit probablement d'éviter que ces femmes puissent être interrogées par d'autres services de renseignement que l'ISI, à commencer par la CIA, toujours très désireuse de retracer le parcours d'Oussama Ben Laden. Étrangement, le procès-verbal de l'interrogatoire reste très évasif quant au nom des individus ayant favorisé cette longue fuite en avant. «La vraie question qui ressort de ces révélations, suggère David Ignatius, éditorialiste du New York Times, c'est de savoir qui a offert son aide (à Ben Laden). Dans un pays où les forces de sécurité se font un devoir de tout savoir sur tout le monde, comment auraient-elles pu manquer un étranger de grande taille? Donc, qui a facilité ses déplacements? Qui dans la chaîne de commandement était au courant de ses changements de domicile?»

«La conclusion inévitable, renchérit Richard Clarke, ancien conseiller antiterroriste de la Maison-Blanche, interrogé sur la chaîne ABC, est qu'il a été aidé par des gens très haut placés». Qui ne souhaitent visiblement pas ébruiter certains petits secrets compromettants pour Islamabad.

Publié dans Articles de Presse

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