Mein Kampf dans le domaine public en 2016

Publié le par L'Express - Chisato Goya

JournalL'Express publié le 13/10/2011 à 08:00 par Chisato Goya

Comment Mein Kampf sera-t-il diffusé sur le Web à partir du 1er janvier 2016, si les néo-nazis se l'approprient ? Comment contrôler sa diffusion sur le Web?

Mein kampfMein Kampf, le manifeste raciste d'Adolf Hitler rédigé entre 1923 et 1924, tombe dans le domaine public le 1er janvier 2016. La toute nouvelle Initiative pour la Prévention de la Haine qui s'est donné pour mission principale de "prévenir des conséquences de la dissémination de la haine, notamment sur Internet" plaide pour une option volontaire de signalétique internationale sur Internet. Sa fonction : différencier sur le Web les versions à valeur historique de celles publiées par les néo-nazis. Comme pour les films, la musique, l'alcool et les cigarettes, elle propose de faire précéder chaque reproduction sur Internet de Mein Kampf d'un logo à valeur informative. Le but de ce projet étant d'éviter la censure et de privilégier une liberté d'expression responsable.

Interdit en Allemagne et en Autriche, mais autorisé aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne au nom de la liberté d'expression, l'ouvrage dont les droits appartiennent exclusivement au Land de Bavière - dernière résidence en date d'Hitler - est déjà diffusé à grande échelle sur Internet. Aujourd'hui, il existe plus de 1000 versions diverses et variées. La plupart d'entre elles sont publiées sur des blogs néo-nazis et sont dépourvues d'annotations contextuelles.

En France, chaque édition papier de Mein Kampf est déjà accompagnée d'une préface contextuelle, suite à une décision de la Cour d'Appel de Paris datant de 1979. Philippe Coen, fondateur de l'Initiative pour la Prévention de la Haine, fait appel au Parlement et aux instances européennes pour soutenir un projet de résolution déjà rédigé par son organisation. Le juriste souligne que les législateurs auraient un rôle incitatif car qu'il s'agit bien d'une résolution et non d'une loi.

La mesure adoptée en 1979 paraît néanmoins très insuffisante à l'échelle globale du numérique. Philippe Coen explique qu'il serait de toute façon impossible de "faire la police sur Internet". Il propose ainsi la création d'un Observatoire de Prévention de la Haine, qui serait à la tête d'un projet international, du moins européen en premier lieu. Car, à l'heure actuelle, chaque pays a adopté une position différente concernant la diffusion ou non de Mein Kampf, mais Internet étant un outil global, il serait temps de voir les choses d'une manière plus "internationale", selon Philippe Coen.

Le label préconisé, à la fois préventif et éducatif, serait un outil optionnel basé sur le volontariat. Rien n'obligerait les gestionnaires de sites Internet d'apposer ce logo au texte, mais son absence même constituerait une sorte d'avertissement pour l'internaute qui pourrait ainsi différencier les versions pro-nazies de celles à but pédagogique.

Les moteurs de recherche tels que Google pourraient détecter automatiquement ce label unique et universel. A chaque nouvelle recherche, les sites en faisant usage apparaîtraient en début de liste. Les plus "vertueux" se distingueraient donc de ceux qui appellent à la haine. Et cela ne concernerait pas seulement Mein Kampf, mais aussi des romans tels que Les Carnets de Turner (The Turner Diaries) de l'Américain William Luther Pierce ou de façon plus générale, tout site contenant des propos incitant à la haine. 


Publié dans Articles de Presse

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