« On oublie la mort du juge Renaud dans l’histoire »

Publié le par Le Journal de Saône et Loire - Catherine Zahra

Le Journal de Saône et Loirepublié le 30/11/2011 à 05h00 par Catherine Zahra

Parce que le film d’Olivier Marchal vante le gang des Lyonnais et occulte l’assassinat de son père François Renaud, dit le Shérif, Francis Renaud sort un livre.



Francis RenaudFrancis Renaud, fils cadet du juge François Renaud dit « le Shérif », vit aujourd’hui au Vietnam, pays qui a vu naître son père en 1923



Le film d’Olivier Marchal et votre livre « Justice pour le juge Renaud » sortent le même mois. Coïncidence ou choix délibéré ?

Ce n’est pas une coïncidence. Tout est lié. Ce film refait parler en sous-main de l’affaire de mon père, le juge Renaud, même si le réalisateur l’a occultée par choix. Mais le point de départ date de 2005, lors des 30 ans de l’assassinat de mon père avec l’émission « Faîtes entrer l’accusé » où j’ai eu l’impression qu’on faisait un procès. Un policier dit que mon père était un « malade de la répression », une magistrate mentionne qu’il était « border line » et un autre, qu’il était « un fou furieux qui s’identifiait à un shérif ». Il incarnait des valeurs aujourd’hui ringardisées. On casse mon père en permanence avec toujours la même litanie alors qu’il était quelqu’un de courageux et d’indépendant, certes dur et cassant, mais il était fidèle à la justice et luttait contre les magouilles de très haut niveau. Il n’avait pas le temps de faire du romantisme dans le contexte de cette époque, où Lyon était baptisée Chicago sur Rhône. On oublie qu’il a été promu par sa hiérarchie et respecté de la police. Avec la sortie du film, j’avais une échéance à respecter si je ne voulais pas qu’on enterre définitivement mon père dont l’assassinat demeure impuni.

Olivier Marchal mélange réalité et fiction pour « Les Lyonnais ». Qu’en pensez-vous ?

Je ne conteste pas la liberté de l’artiste de faire un film idéalisé et édulcoré mais il laisse tomber qu’un juge a été buté dans cette histoire. Cela crée un flou transformé à grands renforts d’outils médiatiques. Il cocufie la vérité même si le mot est un peu fort.

Le gang des Lyonnais a été très souvent mentionné dans l’enquête de police concernant l’assassinat de votre père. Quelle est votre version ?

Edmond Vidal a été accusé à tort. Il était le coupable idéal pour mettre un terme à l’hypothèse politique. Mais le gang des Lyonnais ne se résume pas à une seule personne. C’est la rencontre de deux générations, celle des seniors qui comptaient d’anciens résistants et de la guerre d’Algérie. Ces derniers bénéficiaient de la protection du Service d’action civique (SAC). Une génération à laquelle s’est greffée celle des nouveaux, des outsiders très soudés avec un code de l’honneur. Ils roulaient pour eux, même si au début ils rendaient service aux seniors. Parmi ces derniers, il y avait Caclamanos connecté au SAC via Jean Augé, puis Jean Schnaebelé. Je ne prétends pas avoir la vérité judiciaire mais je suis convaincu que mon père a été victime du gang pour une raison politico-mafieuse. C’est la première chose que des gens m’ont dit à sa mort. Je crois que Caclamanos a réuni les fonds pour payer trois hommes extérieurs au gang — Marin-Alfani et Lamouret — pour qu’ils exécutent mon père, afin qu’il ne dévoile pas l’implication du SAC dans le hold-up de Strasbourg.

Aujourd’hui, le gang revendique ce hold-up et ne cache pas qu’une partie du butin a été reversée à des caisses politiques. Quelle est votre réaction ?

Le film d’Olivier Marchal m’a rendu service quelque part. Aujourd’hui, le gang l’avoue ouvertement alors que personne n’a été inculpé pour ce hold-up. Cela prouve que mon père a été coupable d’avoir eu raison depuis le début. Mais l’histoire oublie que mon père a été buté. C’est aller vers une inversion des valeurs auxquelles il croyait et la mort des justiciers à la John Wayne.

Que souhaiteriez-vous aujourd’hui ?

Je ne crois pas à la citation à l’ordre de la nation réclamée au garde des Sceaux par Georges Fenech. Mon père ne figure même pas dans la liste des juges morts dans l’exercice de leur fonction. Je souhaiterais seulement que les gens qui se permettent de dire n’importe quoi et de fouler au pied les valeurs fondamentales lisent mon livre. C’est une piqûre de rappel pour mettre les choses au point sur la personnalité de mon père. Les gens qui iront voir le film pourront aussi le lire et juger par eux-mêmes.

« Justice pour le juge Renaud » par Francis Renaud aux éditions du Rocher. Prix : 19 €.

Publié dans Articles de Presse

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