Où se cache Cornelius Gurlitt, l'homme aux 1400 oeuvres d'art ?

Publié le par La Libre.be

La Librepublié le 06/11/2013 à 16h15 par Christophe Lamfalussy

Au total, exactement 1.406 dessins, aquarelles, lithographies ou tableaux, ont été trouvés dans l'appartement de Cornelius Gurlitt.

Appartement de Gurlitt

 

L'homme chez qui la police munichoise a retrouvé 1400 oeuvres d'art, en partie volées par les nazis, n'avait ni compte en banque, ni assurance, ni pension. Il n'était pas enregistré dans la ville de Munich et les autorités allemandes ignorent où il se trouve, a indiqué ce mardi le magistrat Reinhard Nemetz, du parquet d'Augsbourg.

Le dernier contact avec M.Gurlitt, qui devrait avoir aujourd'hui 79 ans, date de septembre 2010 quand des douaniers allemands ont intercepté un homme aux cheveux blancs dans un Intercity entre Zürich et Munich. Dans sa poche, il avait 9 000 euros en billets de 500 euros, soit un peu moins du montant minimal de 10 000 euros qu'il aurait dû déclarer à la douane.

L'homme présenta un passeport autrichien au nom de Rolf Nikolaus Cornelius Gurlitt, né le 28 décembre 1933 à Hambourg, et prétendit habiter à Salzbourg en Autriche. La police fut intriguée et découvrit plus tard qu'il habitait à Schwabing, un quartier huppé de Munich où il avait un appartement.

C'est dans cet appartement que les policiers ont découvert, le 28 février 2012, près de 1400 tableaux et aquarelles appartenant aux plus grands maîtres, venus soit de biens saisis par les nazis aux juifs durant la Seconde guerre mondiale, soit d'expositions sur l '« art dégénéré » (Entartete Kunst) qu'organisait le régime hitlérien.

Il n'existe aucune photo connue de Cornelius Gurlitt. L'homme a réussi à se fondre dans la société allemande sans être identifié d'aucune façon que ce soit, vivant grâce à la revente de l'un ou l'autre de ses tableaux.

La grande galerie Kornfeld à Berne a été l'un de ses points de vente, mais « les derniers contacts professionnels et personnels remontent à l'année 1990 », précise la galerie dans un communiqué de presse. Cornelius est le fils d'Hildebrand Gurlitt, né en 1895, un grand historien et marchand d'art qui s'était mis au service du régime hitlérien. Il avait été l'un des quatre marchands contactés par Goebbels pour vendre les oeuvres saisies et montrées lors des expositions sur l' « Art dégénéré».

Oeuvres d'une "qualité tout à fait extraordinaire"

Le marchand déclara après la guerre que les tableaux qu'ils avaient gardés avaient été détruits lors du bombardement de Dresde. Ce n'était pas le cas.

Cornelius Gurlitt « a hérité des tableaux après la mort de sa mère Helène », explique la galerie Kornfeld. « Fondamentalement, il s'agit d'un cas d'héritage non déclaré ».

Rompant le silence, après les révélations de dimanche du magazine allemand Focus, le parquet d'Augsbourg (sud) a dévoilé mardi au cours d'une conférence de presse la nature des quelque 1.400 oeuvres d'art découvertes par hasard pendant la perquisition de février 2012 au domicile munichois, jonché de détritus, de cet homme.

Ces oeuvres sont d'une "qualité tout à fait extraordinaire" et leur découverte a "évidemment provoqué un sentiment de bonheur incroyable", a déclaré Meike Hoffmann, une historienne de l'art de l'université de Berlin, qui assiste la justice sur ce dossier.

Parmi elles, plusieurs pièces inconnues, dont un tableau de Chagall, qui représente une scène allégorique, datant probablement du milieu des années 1920, et d'une "valeur historique particulièrement élevée". Mme Hoffmann a aussi mentionné un autoportrait d'Otto Dix, qui n'était pas répertorié.

Autoportrait d'Otto Dix

 

Picasso (ci-dessous à gauche), Chagall, Renoir, Toulouse-Lautrec, Courbet, Matisse (ci-dessous à droite), Macke, Dix, Liebermann... La liste des artistes figurant dans cette collection sauvage ferait se pâmer d'envie n'importe quel conservateur de musée. Il ne s'agit pas que d'art moderne, a souligné Mme Hoffmann, révélant que la plus ancienne des peintures remontait au XVIe siècle.

Picasso et Matisse

 

La spécialiste a aussi confirmé qu'une peinture de Matisse, un portrait de femme datant probablement du milieu des années 1920, devait appartenir au marchand d'art juif Paul Rosenberg, dont l'héritière est la journaliste française Anne Sinclair. La collection parisienne de Paul Rosenberg avait été confisquée lorsqu'il avait fui la France en 1940. La toile en question a sans doute été saisie à Libourne (sud-ouest) en 1942, a précisé Mme Hoffmann.

Au total, exactement 1.406 dessins, aquarelles, lithographies ou tableaux, ont été trouvés dans l'appartement de Cornelius Gurlitt.

Mais l'affaire ne fait que commencer.

Publié dans Articles de Presse

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