Passage à Chalon des vedettes allemandes en 1943

Publié le par Le journal de Saone-et-Loire par Henri Huet (CLP)

Les MFP ou « Marinefahrprähme » transitaient par Chalon en 1943 afin de soutenir les forces allemandes en Méditerranée. Retour cette une page d’histoire chalonnaise. Débouchant du haut de l’avenue de Paris, un immense bateau descendit avec une extrême lenteur la rue de la Citadelle.

Passage à Chalon des vedettes allemandes en 1943

Nous étions au mois de mars 1943. Nous supportions tant bien que mal, depuis bientôt trois ans, l’occupation allemande et nous nous habitions peu ou prou à leur présence dans les rues de Chalon. Nous avions appris à croiser leurs véhicules immatriculés en WWH, leurs motos et leurs side-cars mais, jamais encore, nous n’avions vu arriver de tels engins par voie terrestre.

Mais pourquoi cette arrivée par la route alors qu’ils auraient dû emprunter la Saône comme d’autres le faisaient depuis quelque temps en passant par le canal du Rhône au Rhin ? C’est bien plus tard, après la Libération, que nous avons su leur nom exact : les MFP ou « Marinefahrprähme » et étaient destinés à soutenir les forces militaires allemandes en Méditerranée.

Grâce à l’opuscule de François Brechat et Lucien Gandrey, édité par l’Académie François-Bourdon, et intitulé Bateaux allemands sur la Saône, nous en savons beaucoup plus aujourd’hui.

L’itinéraire

Ils étaient construits en Allemagne, en Belgique et en Hollande mais ne pouvaient pas passer par les écluses traditionnelles de nos canaux étant donné leur longueur (47 mètres). Les Allemands adoptèrent donc un parcours maritime puis fluvial par la mer du Nord, la Manche, la Seine et l’Yonne.

Arrivés à Auxerre, les convois étaient chargés sur des plateformes dotées de 36 roues et empruntaient la RN 6. À quelques kilomètres de là, ils contournaient le tunnel de Saint-Moré, ce dernier étant trop étroit, passaient par Nitry pour retrouver la nationale à Avallon.

À l’entrée nord de Chagny : le pont du chemin de fer, dit de Paris, étant jugé trop bas, les convois traversaient alors le village de Corpeau (non sans avoir démoli des maisons qui gênaient) et, par la Nationale 74, gagnaient Meursault. De là, ils se dirigeaient vers Tailly.

Enfin, par la D 19, ils traversaient Demigny pour parvenir enfin à Chalon par l’avenue de Paris. Le premier bateau est ainsi arrivé en haut de la citadelle le 5 mai 1943. Par la suite, une quarantaine de MFP a emprunté le même chemin.

Parvenus à la Saône, dernier problème : la statue de Nicéphore Niépce barrait le passage et ne permettait pas le virage du convoi sur le quai Gambetta ; qu’à cela ne tienne, elle fut abattue sans ménagement et rangée dans la cour d’un chiffonnier près de l’actuelle salle Marcel Sembat.

De hautes palissades… et les soldats allemands ne permettaient pas aux Chalonnais qui auraient tenté de s’aventurer en cet endroit pour voir comment, par un plan incliné, assurer la mise à l’eau de ces MPF. C’était totalement « verboten » ! À la Libération, on pouvait voir, au bas du monument aux morts, la trace des cordages qui avaient servi à faire glisser les embarcations jusqu’à la Saône.

Les bateaux

Les MFP étaient des chalands de débarquement de 220 à 240 tonnes (en charge), de 47 m de long et de largeur : 6,50 m puis 8,40 m. Leur puissance était de 390 CV. Ils étaient armés d’un canon de 75 mm ou de 37 mm. Leur tirant d’eau en charge était de l’ordre de 1,50 m.

huet.henri@sfr.fr

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