Petiot Marcel

Publié le par Mémoires de Guerre

Marcel André Henri Félix Petiot, dit le docteur Petiot (alias Wetterwald François et capitaine Henri Valeri), né le 17 janvier 1897 à Auxerre et guillotiné le 25 mai 1946 à Paris en France, est un médecin, criminel et homme politique français. Lors de la Seconde Guerre mondiale, fut condamné pour meurtres après la découverte à son domicile parisien des restes de vingt-sept personnes. 

Petiot Marcel

Jeunesse

Marcel Petiot naît à Auxerre le 17 janvier 1897, dix ans avant son frère Maurice, né à Auxerre, le 20 décembre 1906. Il est le fils aîné de Félix Irénée Mustiole Petiot, alors âgé de 30 ans, employé des postes et télégraphes d'Auxerre, et de Marthe Marie Constance Joséphine Bourdon, alors âgée de 22 ans, sans emploi, mariés, locataires d'un appartement situé 100 rue de Paris à Auxerre, au dernier étage. Un oncle maternel par alliance est professeur de mathématiques au collège d'Auxerre. Marcel Petiot est issu de la petite bourgeoisie bourguignonne, son père étant devenu receveur des postes de Joigny. Dès son enfance, il manifeste une grande intelligence – à cinq ans, il lit comme un enfant de dix ans –, et une forte précocité – mais il manifeste des signes de violence : il serait allé jusqu'à distribuer des images obscènes en cours, tirer au revolver sur des chats ou à en étrangler un après lui avoir plongé les pattes dans l'eau bouillante. Ces récits ultérieurs sur sa délinquance précoce ne sont cependant pas attestés et ont peut-être été inventés pour un public friand de ces faits divers.

Internée à Sainte-Anne pour une pathologie psychiatrique, sa mère meurt lorsqu'il a douze ans. Il suit alors son père à Joigny où ce dernier vient d'être nommé receveur. Il est par la suite renvoyé de plusieurs écoles pour indiscipline. À dix-sept ans, il est arrêté pour avoir fracturé des boîtes aux lettres, non pour voler les mandats mais pour y lire les lettres et cartes postales. Il n'est pas condamné, un psychiatre l'ayant déclaré inapte à être jugé, estimant qu'il a une personnalité que l'on qualifierait aujourd'hui de « bipolaire », inadaptée socialement et anormale. Abandonnant ses études de médecine pendant la Première Guerre mondiale, il devance l'appel et s'enrôle dans l'armée le 11 janvier 1916. Il est blessé au pied d'un éclat de grenade le 20 mars 1917. Accusé de vol de couverture à l'hôpital où il est soigné, il fait un premier séjour à la prison militaire d'Orléans avant d'être transféré dans le service psychiatrique de l'hôpital de Fleury-les-Aubrais où les psychiatres le déclarent neurasthénique, déséquilibré mental, dépressif paranoïaque et sujet à des phobies. 

Il est tout de même renvoyé au front en 1918, blessé une nouvelle fois, et réformé pour troubles psychiatriques. La commission militaire de réforme de Sens fixe son invalidité à 40 % et le déclare réformé temporaire. Un an plus tard en 1920, à Orléans, une autre commission fixe à 100 % cette incapacité, ramenée à 50 % en mars 1921. Le 18 juillet 1923, une dernière commission conclut à une « psychose mélancolique », une « obsession de la persécution » et une « démence précoce ». Les anciens combattants bénéficiant d'un accès facile aux études et d'une procédure accélérée, il obtient en trois ans son diplôme de médecine de la Faculté de Paris le 15 décembre 1921, avec mention très bien ; sa thèse porte sur le syndrome de Landry. 

Villeneuve-sur-Yonne

En 1922, il ouvre un cabinet médical à Villeneuve-sur-Yonne, où il devient rapidement populaire en offrant aux indigents consultations et vaccinations. Mais il se fait aussi remarquer par des tendances à la cleptomanie. Élu conseiller municipal en 1925 puis maire en juillet 1926, il épouse le 4 juin 1927, à Seignelay, Georgette Valentine Lablais, fille d'un commerçant local propriétaire du restaurant parisien « Chez Marius », situé 5, rue de Bourgogne ; leur fils unique Gerhardt naît le 19 avril 1928. Rapidement, il est cité devant les tribunaux pour plusieurs délits (fausses déclarations à l'assurance maladie, détournements de fonds). 

Son avocat, maître René Floriot, lui évite à chaque fois la prison ferme. Révoqué de son mandat de maire, en 1931, il se fait élire conseiller général mais est définitivement privé de tout mandat électif, en 1934, pour avoir trafiqué son compteur électrique. Dès ce moment, plusieurs affaires inexpliquées suscitent des rumeurs, dont la disparition de sa bonne Louisette et l'incendie de la laiterie où est morte Mme Debove, patronne de l'entreprise. Poursuivi par la justice pour divers délits, il part s'installer à Paris en 1933. 

Paris

À son arrivée dans la capitale, Petiot ouvre un cabinet médical au premier étage du 66 rue de Caumartin - au-dessus d'un magasin d'objets de piété. Son entreprise est d'autant plus florissante qu'il organise une grande publicité, digne d'un charlatan, pour s'attirer des patients souffrant des maux les plus divers. Il vante sa pratique de l'électrothérapie. Il se prétend aussi spécialiste en désintoxication, ce qui lui permet de délivrer des ordonnances de complaisance à des toxicomanes ou morphinomanes sans risquer d'être interpellé pour trafic de stupéfiants. En 1936, il est arrêté pour vol à l'étalage à la librairie Gibert Joseph, dans le Quartier latin. 

Il affirme à ses juges qu'« un génie ne se préoccupe pas de basses choses matérielles ». Déclaré aliéné mental, il échappe à la prison mais est interné d'office à la Maison de santé d'Ivry pendant sept mois. La question de son état mental se pose alors : est-il fou ou a-t-il simulé la folie pour éviter la prison ? Un premier expert psychiatre le déclare « délirant et irresponsable » mais un second conclut à « un individu sans scrupules, dépourvu de tout sens moral ». Rendu à la liberté le 20 février 1937, il reprend tranquillement ses consultations. 

L'affaire Petiot

Le cabinet macabre

Le 11 août 1941, il acquiert un hôtel particulier, à Paris, au 21, rue Le Sueur. Il y réalise d'importants travaux : il fait surélever le mur mitoyen pour empêcher toute vue sur la cour et transforme les communs en cabinet médical. Lors de fouilles ultérieures, la police découvrira une cave intégralement aménagée comportant :

  • des doubles portes ;
  • une pièce triangulaire équipée d'un judas permettant d'observer l'agonie des victimes après leur avoir administré une dose mortelle de gaz ou de poison, sous prétexte d'un vaccin ;
  • un puits rempli de chaux vive.

À partir de 1942, il propose un passage clandestin en Argentine à des personnes craignant d'être poursuivies par la Gestapo. Les candidats à l'évasion sont invités à se présenter chez lui, de nuit, munis d'une valise contenant bijoux, espèces et argenterie. Sous le nom de « docteur Eugène », il recrute deux rabatteurs : un coiffeur, Raoul Fourrier, et un artiste de music-hall, Edmond Pintard. Les prétendants au voyage disparaissent mystérieusement sans atteindre l'Amérique du Sud - pas même Yvan Dreyfus, un prisonnier envoyé par la Gestapo pour infiltrer le réseau. Une première victime disparaît le 2 janvier 1942. Il s'agit de Joachim Guschinow, un fourreur juif voisin de Petiot. 

Il aurait apporté l'équivalent de 300 000 euros en diamants. Visant d'abord les personnes seules, Petiot s'en prend bientôt à des familles entières, en leur proposant des « tarifs de groupe ». Les victimes sont essentiellement des Juifs, mais aussi des malfrats désireux de se faire oublier. Parallèlement à ces disparitions, d'autres individus connaissant le docteur, et risquant de le dénoncer, s'évanouissent dans la nature. Les services allemands découvrent le réseau grâce à un second indicateur, un Français nommé Beretta. Petiot est arrêté et torturé pendant huit mois à la prison de Fresnes mais il n'avoue rien car il n'entretient aucun lien avec la Résistance. Il est libéré le 13 janvier 1944, faute de preuves. Il décide alors de faire disparaître des indices compromettants. 

Découverte du charnier

Le 11 mars 1944, les pompiers sont alertés par des voisins incommodés, depuis plusieurs jours, par des odeurs pestilentielles provenant d'une cheminée de la maison à l'abandon située 21, rue Le Sueur. Ils fracturent une fenêtre et pénètrent dans l'immeuble. Ils sont vite alertés par les émanations et le ronflement d'une chaudière. Descendus dans la cave, ils découvrent sur le sol des corps humains dépecés, dont certains brûlent dans une des deux chaudières à bois d'où provient la fumée. Ensuite, il existe plusieurs versions des faits :

  • une première prétend que Petiot, qui ne demeure plus sur place, serait arrivé à bicyclette tirant une remorque recouverte d'une toile, se serait fait passer pour son frère Maurice ou pour un Résistant, aurait constaté les faits (affirmant que tous les corps étaient ceux de nazis ou de collaborateurs que son frère ou lui-même avait tués), mystifiant ainsi les policiers qui l'auraient laissé partir ;
  • une autre version relate que Petiot ne serait jamais venu et que le commissaire Georges Massu, accompagné des inspecteurs principaux Schmitt et Battut, se serait présenté à son cabinet du 66, rue Caumartin, dont il était absent ;
  • une troisième suppose que Petiot se serait rendu 93, rue Lauriston, au siège de la Gestapo française. Son chef supposé, Henri Lafont, aurait découvert ses crimes et, par chantage, l'aurait contraint à travailler pour son compte avant de lui conseiller de disparaître.

Quoi qu'il en soit, Petiot s'est volatilisé. Lors de perquisitions ultérieures rue Le Sueur, la police découvre au fond de la cour, dans un débarras, des dizaines de cadavres rongés par la chaux vive dans l'ancienne fosse septique, ainsi que 72 valises et 655 kilos d'objets divers dont 1 760 pièces d'habillement, parmi lesquelles : 21 manteaux de laine, 90 robes, 120 jupes, 26 sacs à main, 28 complets d'hommes, 33 cravates, 57 paires de chaussettes, 43 paires de chaussures, Une culotte de pyjama d'enfant appartenant au jeune René Kneller, disparu avec ses parents. 

Arrestation

En fuite, Petiot s'engage dans les Forces françaises de l'intérieur sous le nom de « Capitaine Valéry ». Lors de son procès, il expliquera que son propre réseau, nommé « Fly Tox » – marque alors très connue d'une pompe à main insecticide et allusion ironique à la chasse aux mouchards – avait été démantelé par les Allemands. Devenu médecin-capitaine, il est affecté à la caserne de Reuilly où il est devenu le Dr Wetterwald, officier de Sécurité Militaire chargé de l'épuration des traîtres et des collaborateurs. À la Libération, un mandat d'arrêt est lancé contre lui mais il reste introuvable.

En septembre 1944, Jacques Yonnet, lieutenant à la DGER, publie dans le journal Résistance un article provocateur intitulé « Petiot, soldat du Reich ». Imprudent, Petiot utilise son droit de réponse. En adressant au journal une lettre manuscrite, il tombe dans un piège. Le journal n'étant diffusé que dans la capitale et en banlieue, la police en déduit qu'il se cache à proximité, au sein de la Résistance. Elle compare son écriture – facilement identifiable – à celle de tous les officiers FFI parisiens.

Finalement, l'inspecteur Henri Soutif (qui a remplacé Georges Massu, alors emprisonné) l'arrête le 31 octobre 1944 à la station de métro Saint-Mandé - Tourelle. On trouve dans ses poches un revolver 9 mm, une carte des Milices patriotiques et plusieurs cartes d'identité. L'enquête met au jour la complicité de son frère Maurice, commerçant rue du Pont à Auxerre ; de sa femme Georgette ; de sa belle-fille et maîtresse Léonie Arnaux ; d'Albert Neuhausen, marchand de cycles à Courson-les-Carrières, chez qui ont été retrouvées des valises. 

Petiot Marcel

Procès et condamnation

Alors que l'épouse du docteur Petiot et Albert Neuhausen sont accusés de recel et son frère Maurice d'homicide involontaire, le juge Goletti arrivé au bout de son enquête rend une ordonnance de non-lieu. Petiot, que la presse baptise « docteur Satan », est jugé seul, du 18 mars au 4 avril 1946, par la Cour d'Assises de la Seine, pour homicides volontaires avec vol, guet-apens et préméditation. Il lui est reproché d'avoir commis, entre 1942 et 1944, vingt-sept assassinats, dont ceux de douze Juifs et de quatre proxénètes accompagnés chacun de leur prostituée. Dès le deuxième jour du procès, par fanfaronnade, Petiot revendique soixante-trois meurtres. 

Il affirme qu'il s'agit de cadavres de traîtres, de collaborateurs et d'Allemands. Jusqu'au bout, il prétend avoir tué « pour la France ». Toutefois, il reste incapable d'expliquer pourquoi un pyjama d'enfant figure dans les affaires dérobées à ses victimes, ni comment les corps retrouvés sont ceux d'innocents. Durant les auditions, il montre une attitude désinvolte et va même jusqu'à s'endormir. Malgré la plaidoirie de six heures prononcée par son jeune avocat, maître René Floriot, il est condamné à mort pour vingt-quatre meurtres. 

Exécution

Au matin de l'exécution, quand l'avocat général Pierre Dupin le réveille en lui disant : « Ayez du courage, Petiot, c'est l'heure », il rétorque : « Tu me fais chier ». Et quand, au dernier moment, il lui demande s'il a quelque chose à déclarer, il répond : « Je suis un voyageur qui emporte ses bagages ». Ces paroles rappellent étrangement celles de Landru à son avocat, qui le pressait d'avouer ses crimes : « Cela, Maître, c'est mon petit bagage... ». Soucieux de laisser une bonne image à maître Floriot, il lui demande de ne pas regarder l'exécution, affirmant : « Ça ne va pas être beau ! ». Le 25 mai 1946, à 5 heures 07, il est guillotiné dans la cour de la prison de la Santé, dans le 14e arrondissement de Paris. Le bourreau est Jules-Henri Desfourneaux. 

D'après les témoins, il meurt avec détachement, un sourire aux lèvres. Il est ainsi le premier condamné de droit commun guillotiné après la Libération. En marge de son acte de naissance, la mention de décès est erronée quant à l'arrondissement (il est inscrit : « décédé le 25 mai 46 à Paris 18e »). Il est inhumé au Cimetière parisien d'Ivry, dans le carré des suppliciés. Le terrain ayant été repris par l'administration après l'abolition de la peine de mort en 1981, les corps sont relevés à la fin des années 1990 si bien qu'on ignore ce que sont devenus ses restes. 

Postérité

La fortune indûment amassée par Petiot est restée introuvable. Selon certaines estimations, elle aurait atteint quelque 30 millions d'euros (en valeur de 2012). Plusieurs personnes rachetèrent son hôtel particulier du 21 rue Le Sueur et le démontèrent pierre par pierre pour y trouver un magot, en vain. Le bâtiment est détruit et remplacé par un immeuble neuf dans les années 1950. Sa femme Georgette tenta de refaire sa vie en travaillant dans une boulangerie. D'après des sources incertaines, elle serait partie rejoindre son fils Gérard en Amérique du Sud à la fin des années 1940. 

Petiot dans les œuvres de fiction

Cinéma

  • 1957 : Les Sept Tonnerres (Seven Thunders). Film de Hugo Fregonese. Bien que l'action se passe à Marseille, le personnage du Dr. Martout est visiblement inspiré par le Dr Petiot.
  • 1973 : Los Crímenes de Petiot, de José Luis Madrid. – Film espagnol de série B très lointainement inspiré de l'affaire Petiot.
  • 1990 : Docteur Petiot, de Christian de Chalonge, avec Michel Serrault dans le rôle-titre.

Publié dans Banditisme

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