Pierre Estève 89 ans a vécu la Libération d'Orange

Publié le par Roger Cousin

JournalLa Provence publié le jeudi 26/08/2010 à 09H18


Esteve PierreC'est dans la maison où il est né et où il a toujours vécu que Pierre Estève reçoit. Pas de haie ni de mur pour se cacher des curieux, parce que "l'enfermement et les ghettos, on sait où ça mène".

À 89 ans, cet ancien résistant est l'un des rares Orangeois qui puissent encore parler de la seconde guerre mondiale. Les décennies ont passé mais les souvenirs sont intacts. "Ici, on était théoriquement en zone libre mais comme Pétain était à la solde de l'Allemagne, c'était pareil, de toute façon, il n'avait pas attendu les ordres pour faire des lois racistes".

C'est sans même s'en rendre compte que Pierre entre dans la Résistance. "On n'en avait pas conscience, on était contre l'occupation. On ne cherchait pas la gloire, juste permettre aux gens de vivre mieux". Barrages sur les routes, distribution de journaux sous le manteau, transmission clandestine de courriers,… le jeune homme n'a que 21 ans en 1942. Déjà à la tête d'une entreprise, marié et père d'un petit garçon, il a grandi trop vite. "J'ai eu la chance d'être ajourné mais j'ai fait huit mois dans les chantiers de jeunesse.

Quand je suis revenu, il fallait se débrouiller pour vivre". Bien qu'épargnée partiellement par les bombes, Orange a connu des temps difficiles. Tickets de rationnement pour la nourriture, difficultés pour trouver des vêtements, à se chauffer, restrictions de circulation,… Pierre Estève s'en souvient parfaitement. "C'était vraiment dur. La guerre n'a duré que quatre petites années mais vous n'imaginez pas tout ce qui s'est passé" Tout comme la guerre et l'occupation ont été pesantes, l'euphorie de la libération n'a été que plus belle.

Le 26août 1944, la sixième compagnie du 2e bataillon du 7 e régiment d'infanterie américaine libère Orange. "J'étais en dehors de la ville avec ma section ce jour-là. On est arrivé dans la ville le lendemain, les Américains venaient de passer, c'était formidable. Est-ce que vous vous rendez compte que les jeunes n'avaient pas dansé depuis quatre ans? Désormais, on pouvait enfin revivre".

Quelques mois après la libération totale du pays, Pierre Estève a été choisi pour les juridictions d'exception chargées de juger les collaborateurs. "Je n'ai jamais condamné personne. J'ai toujours été contre la peine de mort et de toute façon comment les juger? Étaient-ils responsables de leurs actes? Les temps étaient difficiles. "Pierre Estève refuse catégoriquement l'appellation "ancien combattant". "Quand on est combattant, c'est pour la vie, non? Combattant tout court…"

Aujourd'hui à 18h, commémoration du 66e anniversaire de la Libération de la ville. Monument aux morts, cours Pourtoules. Un diplôme d'honneur sera remis aux anciens combattants.


Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article