Qui c’est, le plus collabo ?

Publié le par Libération par Sophie Gindensperger

Qui c’est, le plus collabo ?

Ce soir à la télé - Sur France 3, un docu détaille la rivalité entre Pétain et Laval, qui mena à une surenchère.

Otto Abetz, Ambassadeur du Reich en France saluant le Maréchal Pétain

Otto Abetz, Ambassadeur du Reich en France saluant le Maréchal Pétain

C’est une période dont l’école n’enseigne pas toujours les détails. Les noms, eux, restent en général bien en mémoire : PétainLavalDarlan… Mais comment ces hommes se sont-ils retrouvés à prendre en main le destin d’une nation à genoux ? Suivant quelles convictions, quels desseins ? Ces ambitions, ces pragmatismes et ces mouvements parfois antagonistes qui ont mené la France «du compromis à la compromission» font l’objet du documentaire Collaborations, diffusé ce soir sur France 3.

Collaborations, avec un «s» pour souligner sa nature plurielle, dont la dispersion d’un bout à l’autre du spectre politique est abondamment documentée, sous la supervision de l’historien Jean-Pierre Azéma.

Mais, avant tout, ce film en deux parties met en lumière le rôle clé d’un homme dont le patronyme est moins connu des manuels d’histoire : le francophile ambassadeur du Reich, Otto Abetz. Marié à une Française, c’est lui qui, durant les quatre années d’occupation, va tirer les ficelles et faire son choix dans le panier de crabes de Vichy. Il y a d’abord la Révolution nationale du Maréchal Pétain, vieillissant, «un ambitieux qui n’est pas encore rassasié». Cependant, Abetz, lui, a son chouchou : Pierre Laval et ses cravates blanches, dont l’ambition démesurée fait un pantin de premier choix pour le nazi.

La rivalité entre ces deux personnages alimente rapidement la surenchère de la collaboration, envisagée dès le départ par l’ambassadeur comme un pillage pur et simple du pays qui ne dit pas son nom. «La collaboration ne va que dans un sens : la France donne mais ne reçoit rien», considère-t-il.

Aux «maréchalistes», peu à peu mis sur la touche, succèdent les «collaborationnistes», fascistes convaincus, prêts à se battre aux côtés de l’Allemagne. Etape par étape, sous couvert de bonne volonté, l’Etat se met au diapason de l’ensemble de la politique du Reich : aryanisation des entreprises, obligation du port de l’étoile jaune et déportation de 78 000 Juifs.

Le film choisit de s’attacher au ballet des arrivismes à la tête de l’Etat, passant plus rapidement sur ce qui a fait le quotidien de cette époque - histoires d’amour avec l’occupant ou dénonciations quotidiennes de Juifs. Les archives colorisées, les bruitages et une mise en scène emphatique constituent une mécanique dans laquelle on entre aisément, prêt à découvrir les rouages de cette époque honnie et pourtant passionnante.

Publié dans Articles de Presse

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