Qui était vraiment Edgar Hoover ?

Publié le par France-Soir Charles Desjardins

A l'occasion de la sortie de "J. Edgar", le film que lui consacre Clint Eastwood, retour sur l'un des personnages les plus controversés de l'histoire américaine récente : John Edgar Hoover (1895-1972). Fondateur du FBI, pape du renseignement, recordman de longévité à la tête d'une agence fédérale américaine, homme de l'ombre de huit présidents, réactionnaire, anti-communiste, protecteur de la mafia, raciste, autoritaire, parieur passionné, maître-chanteur, corrompu, dépravé...

Qui était vraiment Edgar Hoover ?

Un regard noir, une tête carré, un nez de boxeur, des cheveux bruns soigneusement coiffés en arrière, des costumes ajustés, la chemise blanche et l'incontournable cravate des agents du FBIJohn Edgar Hoover n'a que 29 ans lorsqu'il devient directeur du Bureau of Investigation (BOI), l'ancêtre du FBI. Jusqu'alors, son parcours n'avait pas été étincelant. Naissance dans la capitale fédérale en 1895, études de droit à l'université George Washington, diplômé à 22 ans. Nous sommes en 1917. Le 6 avril, le Congrès a voté l'entrée en guerre du pays et le président Wilson proclame : « L'Amérique doit donner son sang pour les principes qui l'ont fait naître... ». Mais J. Edgar reste sourd à cet appel patriotique. Il ne s'engage pas dans l'armée et, grâce au piston d'un oncle magistrat, réussit à se faire embaucher au Département de la Justice.

"Péril rouge" et coups tordus

Déjà le sens de l'intrigue ? Il s'arrange pour se lier au procureur général (attorney general) Alexander Mitchell Palmer. Bien que démocrate, le patron du département de la Justice est obsédé par le « péril rouge ». La Russie va bientôt basculer dans le communisme. Alors, de l'autre côté de l'Atlantique, Palmer traque impitoyablement les gauchistes et les anarchistes américains. J. Edgar apprend vite de son mentor. D'abord à la tête de la section chargée de « l'enregistrement des ressortissants d'un pays ennemi » (Enemy Aliens Registration), le jeune juriste est nommé, en 1919, directeur de General Intelligence Division, qui vient d'être créée. Désormais versé dans le renseignement, avec un sens inné pour les enquêtes et les coups tordus, il rejoint le Bureau of Investigation (BOI) comme directeur adjoint. En 1924, c'est la consécration : il est nommé directeur. Avec un effectif de quelques centaines de personnes, le BOI est encore embryonnaire. Mais Hoover a trouvé sa voie. Il va faire de ce service, sa « chose », son jouet, sa créature... durant 48 ans !

Portrait terrifiant

Les élections présidentielles n'y changent rien. Elu en 1933, Roosevelt nomme un nouveau procureur général qui veut faire le ménage à la tête du BOI. Coïncidence ? Le nouveau patron de la justice meurt le jour même de sa prise de fonction. En 1935, le BOI devient le Federal Bureau of Investigation (FBI), avec des pouvoirs élargis. À partir de 1939, le FBI prend la place qu'on lui connaît aujourd'hui, comme la principale agence d'investigations et de renseignements intérieurs US. À chaque fois, Hoover accroît son emprise sur le pouvoir politique et sur l'Amérique. Et il devient de plus en plus difficile de faire la part des choses entre la légende et la réalité : mises sur écoute de people comme Marilyn Monroe ou Franck Sinatra, constitution de dossiers compromettants contre des personnalités politiques, haine viscérale des noirs et de leur leader, Martin Luther King, liens douteux avec la mafia et son chef, Frank Costello, relations ambigües avec le showbiz (notamment ses liaisons supposées avec Lela Rogers, la mère de l'actrice Ginger Rogers, ou la comédienne Dorothy Lamour), harcèlements des militants de gauche ou des défenseurs des droits civiques, organisation de paris truqués... Vraies ou fausses, les accusations dessinent le portrait terrifiant d'une éminence grise qui survit à tous les présidents de Truman, successeur de Roosevelt, à Nixon, en passant par EisenhowerKennedy et Johnson.

Homosexualité

Ultime touche à ce portrait trouble à la Francis Bacon : l'homosexualité et le travestissement. Selon plusieurs témoignages concordants, l'homme qui a mis l'Amérique en coupe réglée avait une attirance pour les hommes – il vivait sans doute en couple avec son directeur adjoint au FBIClyde Tolson – et... aimait s'habiller en femme. Tenue préférée : robe noire à dentelle, bas, talons hauts et même perruque, de préférence noire et frisée... Ultime paradoxe pour un des hommes les plus puissants de son époque, qui n'hésita pas à faire chanter d'autres homosexuels, dont il avait percé à jour le penchant dans l'Amérique encore très puritaine de l'après-guerre !

Être complexe ayant basculé du côté obscur, John Edgar Hoover est retrouvé mort à son domicile le 2 mai 1972, à l'âge de 77 ans. Nixon lui accorde des obsèques nationales – que l'on réserve d'habitude aux présidents américains – et lui rend un vibrant hommage... Sans doute pour d'innombrables services rendus, mais lesquels ? Le père du FBI a emporté bien des secrets dans sa tombe.

Publié dans Articles de Presse

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