Raymond Aubrac l'un des derniers cadres de la Résistance est décédé

Publié le par Paris Normandie

Paris Normandie publié le 11/04/2012 à 17H04

Le grand résistant Raymond Aubrac, l'une des dernières personnalités de la Résistance à avoir connu Jean Moulin, est mort mardi soir à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce à Paris à 97 ans, a annoncé mercredi sa famille à l'AFP.

Raymond AubracCofondateur du mouvement Libération Sud, M. Aubrac était le dernier survivant des chefs de la Résistance réunis et arrêtés en juin 1943 à Caluire, près de Lyon, avec le chef du Conseil national de la Résistance (CNR).

En 1947 et 1950, il avait été témoin à charge lors des deux procès du résistant René Hardy (décédé en 1987), accusé d'avoir livré Jean Moulin à la Gestapo et acquitté au bénéfice du doute.

Sa femme Lucie Aubrac, qu'il avait épousée en 1939, elle aussi héroïne de la Résistance, est morte en 2007 à l'âge de 94 ans. Ils avaient trois enfants et dix petits-enfants. Le père et la mère de Raymond Aubrac, Albert et Hélène Samuel, sont morts en camp d'extermination.

Mercredi matin Nicolas Sarkozy "a tenu à rendre, très solennellement, hommage à la mémoire de Raymond Aubrac, figure héroïque de la Résistance".

"Ces héros de l'ombre qui ont sauvé l'honneur de la France, à un moment où elle semblait perdue, disparaissent les uns après les autres", a commenté le chef de l'Etat. "Nous avons le devoir d'en maintenir le souvenir vivant au coeur de notre mémoire collective".

Né le jour de l'assassinat de Jean Jaurès, le 31 juillet 1914, juste avant le début de la Première Guerre mondiale dans une famille de commerçants juifs de Vesoul, de son vrai nom Raymond Samuel, Raymond Aubrac était resté un citoyen très actif, marqué à gauche, se rendant pendant des années dans les collèges et les lycées en compagnie de sa femme pour témoigner et raconter la Résistance.

"Je ne supporte pas la solitude après 67 ans de vie commune. Alors quand je me suis retrouvé seul, j'ai été heureux d'avoir des invitations de scolaires qui me donnaient le sentiment d'être encore un peu dans la vie", expliquait en 2010 Raymond Aubrac à TV Tours lors de l'inauguration d'un établissement portant son nom dans cette ville.

Il lui était alors demandé ce qu'était résister : "Surveiller ce qui se passe, essayer de comprendre ce qui se passe dans la société qui nous entoure. Et quand on a le sentiment qu'on est devant une injustice, réagir à l'injustice et ne pas se contenter de la constater mais essayer de faire quelque chose. Pour moi c'est ça la Résistance, ça couvre des petits gestes et aussi quelques aventures."

Un temps compagnon de route du parti communiste, il avait appelé à voter François Hollande au premier tour de la prochaine élection présidentielle.

Réagissant à son décès, M. Hollande a assuré que "dans les périodes les plus sombres de l'histoire de notre pays, il fut, avec Lucie Aubrac dont nous célébrons en juin le centième anniversaire de la naissance, parmi ces justes qui trouvèrent, en eux-mêmes et au creuset des valeurs universelles que porte notre République, la force de résister à la barbarie nazie".

Grand Croix de la Légion d'honneur, Croix de guerre 39-45, rosette de la Résistance, Raymond Aubrac avait publié en 1996 son autobiographie, "Où la mémoire s'attarde".

Cet ingénieur civil des Ponts et Chaussées s'est engagé dès 1940 dans la Résistance avec Lucie, et est devenu attaché à l'état-major de l'Armée secrète.

Arrêté le 21 juin 1943 à Caluire, emprisonné à Montluc, Raymond Aubrac et quatorze résistants sont libérés grâce à un intrépide raid de commando monté par Lucie, qui entrera dans la légende de la Résistance.

Cet épisode est au centre du film de Claude Berri, "Lucie Aubrac", sorti en 1997, avec Carole Bouquet dans le rôle de l'héroïne.

Recherché par la Gestapo, le couple est parti pour Londres, puis Raymond a gagné Alger, où il est devenu délégué à l'Assemblée consultative en juin 1944. A la Libération, il est devenu commissaire régional de la République à Marseille, responsable du déminage du littoral, puis inspecteur général à la Reconstruction.

Mercredi matin Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, a assuré que "Raymond Aubrac nous laisse en partage une certaine idée du courage et de l'honneur. Gardons précieusement son héritage et la valeur de l'exemple admirable qu'il nous a donné".

Et pour Eva Joly, candidate d'EELV à l'Elysée, l'engagement de Raymond Aubrac était "une leçon de courage et de résistance pour tous".

Publié dans Articles de Presse

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