Reims n'a pas oublié le « Normandie-Niémen »

Publié le par L'Union - Hervé Chabaud

L'Unionpublié le 24/08/2012 à 11H00 par Hervé Chabaud



De juin 1966 en provenance d'Orange jusqu'à l'été 1993 et son départ pour Colmar, le « Neu-Neu » a été sur la BA 112 « commandant Marin-la-Meslée ».

La dédicace des aviateurs soviétiquesSI l'armée de l'air a été invitée mi-août au centenaire des forces aériennes russes, ce n'est pas un hasard. L'histoire qui lie les deux armées passe par l'épopée de l'escadrille « Normandie-Niémen » donc par l'ancienne base aérienne 112 « commandant Marin-la-Meslée » de Reims où la prestigieuse unité compagnon de la Libération a stationné.

Si le « Neu-Neu » qui avait été mis en sommeil a été réactivé au printemps sur la base de Mont-de-Marsan, ce n'est pas une surprise que le Rafale qui a effectué une démonstration de sa polyvalence et de ses aptitudes au cours de ce centenaire, était aux couleurs du « Normandie-Niémen ». Comme l'a redit, le général de corps aérien Antoine Noguier, commandant la défense aérienne et les opérations aériennes et nommé ce mardi chef du cabinet militaire du ministre de la Défense où il succède au général marnais Denis Mercier prochain chef d'état-major de l'armée de l'air : « C'est un grand honneur d'être aux côtés de nos camarades russes avec qui nous partageons une longue tradition qui remonte à la Seconde Guerre mondiale ». Avant d'ajouter : «

C'est impressionnant de se rendre compte de la symbolique que représente cette escadrille pour le peuple russe. Les aviateurs sont venus combattre auprès de leurs frères russes pendant la Deuxième Guerre mondiale. Beaucoup y ont laissé leur vie mais leurs mémoires sont très présentes ». Si ce centenaire s'est terminé le 13 août par le survol d'une patrouille composée de deux Rafale et un Sukhoï russe au-dessus du terrain de Khatenki à environ 200 kilomètres de Moscou, c'est que d'un commun accord l'histoire est au rendez-vous. C'est depuis ce terrain que le groupe de chasse n°3 « Normandie » auquel Staline décidera d'adjoindre le 31 juillet 1944 le nom de « Niémen » a débuté son engagement sur le front de l'Est. Ce terrain délaissé depuis une vingtaine d'années va bientôt accueillir un aéro-club portant le nom de « Normandie-Niémen ». Il comprendra un musée dédié au souvenir historique du célèbre « Neu-Neu » et cela grâce à un passionné d'aéronautique, Gritchenko Andreï Alexandrovitch.

Des MiG à Reims

Le « Normandie-Niémen » a été stationné sur la BA 112 de Reims aussi les Marnais sont-ils toujours sensibles à son évocation. En pleine Guerre froide, il y a même eu un épisode remarquable. Le 6 septembre 1971, au lendemain de l'atterrissage d'un Iliouchine II-18, six MiG 21 PF se posent sur la BA « commandant Marin-la-Meslée ». Le maréchal Pavel Stepanovitch Koutakhov, commandant les forces aériennes soviétiques est accueilli à Reims par le général Gabriel Gauthier, chef d'état-major de l'armée de l'air. C'est tout simplement la première fois que des MiG 21 se posaient sur une base de l'Ouest !

Cet échange placé sous le signe de la convivialité fait suite à l'accueil du 21 au 25 juin en URSS de six Mirage IIIC de la 10e escadre de chasse et s'inscrit dans le souvenir de l'action exemplaire menée dans le ciel soviétique par l'escadrille « Normandie-Niémen ». Du 4 au 8 septembre 1978 six MiG 23 Flogger stationnent une fois encore à Reims. En prime, il y a aussi un Tupolev-124 et un Antonov-12 Cub. La délégation est conduite par le lieutenant-général Vadim Andreev, commandant l'aviation du district aérien de Moscou. Il est reçu par le général Louis Grouiller commandant la défense aérienne et le colonel Étienne Copel commandant la BA 112. Un détachement de l'escadron 02.030 « Normandie-Niémen » s'est rendu l'été précédent en Union Soviétique. La météo rémoise ne permet pas une démonstration des MiG23 mais avant le départ de leurs pilotes et mécaniciens, un jeune pilote natif de Fresnes-lès-Reims et futur chef d'état-major de l'armée de l'air, le commandant Jean-Pierre Job, second du « Normandie-Niémen » fait une démonstration sur Mirage F1C qui stupéfie les aviateurs soviétiques ravis de leur séjour rémois.

Le 30 mars 1990, le ministre de la Défense, Jean-Pierre Chevènement accueille à Reims, son homologue le général Dimitri Iazov qui vient visiter le « Neu-Neu ». Cela préfigure un nouvel échange avec la présence de six MiG 29 fulcrum assistés d'un Iliouchine II-76 Candid. Les MiG appartiennent à une patrouille de voltige créée au sein du 234e régiment de chasse de la Garde de Kubinka et dénommée « Striji », « Martinets ». Ils arrivent accompagnés d'une patrouille de deux Mirage F1 C du « Normandie-Niémen » conduite par le commandant Philippe Charles. Le lieutenant-général Nikolaï Antoshkine, commandant les forces aériennes du district de Moscou est reçu par le général Bernard Norlain, commandant la défense aérienne. C'est une fois encore un échange qui fait suite au déplacement en juin de six Mirage F1C du « Neu-Neu » sur le terrain de Kubinka.

Le jubilé du « Neu-Neu »

Le 9 septembre 1992, une délégation de l'armée de l'air s'envole pour la Russie pour célébrer le 50e anniversaire de l'escadron de chasse 02.030 « Normandie-Niémen ». Le 16 septembre, les trois Mirage F1C et les trois Mirage 2000B sont de retour en France accompagnés de six Sukhoï-27 Flanker. Une grande cérémonie se déroule sur la BA 112 le 18 septembre en présence du ministre de la Défense, Pierre Joxe, du général Deynikine, chef d'état-major de l'armée de l'air russe et de son homologue français le général Vincent Lanata. Le 30 septembre, le maréchal Chapochnikov, chef d'état-major de l'armée russe visite la base rémoise et le 19 janvier 1993, c'est le général Pavel Grachev, ministre de la Défense russe qui fait de même.

Bref, Reims n'a jamais oublié le « Neu-Neu » et a même conservé ses traditions et son drapeau après sa mise en sommeil grâce au colonel Gilles Perrone qui avait été l'un des patrons du « Normandie-Niémen ». Aujourd'hui loin du ciel marnais, le prestigieux escadron doté de Rafale va reprendre toute sa place dans l'armée de l'air.

On peut retrouver les épisodes significatifs de cette unité, fierté de l'armée de l'air dans l'histoire de la BA 112 de Reims cosignée par Frédéric Lafarge ancien conservateur du musée de la base et de l'aéronautique locale (désormais installé à Bétheny) et du major Jean-Pierre Calka.


Publié dans Articles de Presse

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