Romy Schneider, derniers secrets

Publié le par Le Nouvel Observateur Alain Riou

A 23h10 sur France 2 - Un morceau de la mémoire française a l’accent allemand. Mais pas une mémoire noire, une mémoire heureuse, comme celle qui préserve les bons souvenirs de cinéma. Ou peut-être l’accent autrichien : c’est celui de Romy Schneider, qui a participé à tant de beaux films de ce côté des frontières.

Romy Schneider, derniers secrets

Mais ce bonheur, que Romy donne encore à des générations de spectateurs, elle l’a payé cher. Rarement gloire fut plus sombre. Je suis habitué aux documentaires sur le septième art : on y parle d’abord d’esthétique, et le caractère un peu sensationnaliste de l’émission “Un jour, un destin” préparé et présenté par Laurent Delahousse me surprend toujours. Mais si celle consacrée à Romy n’évite pas les coups de cymbales, elle est fondée sur une documentation proprement fascinante.

Fille de la star autrichienne Magda Schneider, qu’on peut voir, jeune, dans “Liebelei”, de Max Ophuls, Romy passa sa toute petite enfance à Berchtesgaden, où vint s’installer le Führer en personne (sans qu’il y eut préméditation de la part de sa mère). On voit en photo Romy toute nue (à 2 ans), et elle joue avec les enfants de Goebbels.

Plus stupéfiant encore, un film en Agfacolor, pris tout au début des années 1930, où Magda tient compagnie à Eva Braun, sous l’oeil approbateur d’Adolf Hitler. On ne pouvait guère faire carrière, en Allemagne, à l’époque, sans son soutien actif et “Un jour un destin” révèle un document trouvé sans doute dans les archives du IIIe Reich, par lequel Magda Schneider est dispensée d’impôts pour services rendus à l’Allemagne, faveur qu’elle paiera cher en 1945, après la défaite de son pays.

C’est alors que l’idée lui vient de s’effacer derrière sa fille, qui, à 16 ans, devient “Sissi”… mais elle est choisie pour jouer la mère de la jeune impératrice. Et voilà Romy instrumentalisée dans un combat douteux, commencement de malheurs sans fin qu’“Un jour un destin” quadrille de ses brillants témoignages, et de sa documentation diabolique. Je laisse à l’émission le soin de raconter la suite. Mais si elle ne parle guère de cinéma, elle ressemble beaucoup à un film à suspense.

Publié dans Articles de Presse

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