Stupeur et résignation : Les Allemands occupent Agen 11 novembre 1942

Publié le par Le Petit Bleu de Lot et Garonne

Le Petit Bleu de Lot et Garonnepublié le 11/11/2012 à 03h48


Le 11 novembre 1942, les Allemands pénètrent dans Agen, désormais ville occupée. Retour sur une sombre histoire - largement méconnue - grâce aux archives d'époque.

Maurice CottenceauLa période de la Seconde Guerre mondiale à Agen a fait l'objet de nombreux ouvrages. Les témoins de l'époque ont raconté leurs souvenirs, sur l'Occupation, la collaboration, la Résistance ou encore la Libération, et des historiens sont venus compléter, par leurs recherches, la compréhension de ces années noires.

Beaucoup d'éléments ont été publiés sur les années 1943 et 1944, mais l'on sait finalement peu de choses sur l'arrivée des Allemands, le 11 novembre 1942. Des faits remontant à soixante-dix ans, et sur lesquels les archives de la préfecture (conservées aux archives départementales de Lot-et-Garonne) apportent un éclairage inédit.

La France coupée en deux

En 1942 la France est coupée en deux (hors l'annexion de l'Alsace-Lorraine et le littoral de la Manche classé zone interdite). Au nord se trouve la zone occupée, administrée par les Nazis, et au sud la zone non occupée dirigée par le gouvernement de Vichy. L'armistice de 1940 trace une ligne de démarcation entre les deux zones, « frontière» qui passe notamment par Langon et La Réole, deux des dix cantons de la Gironde rattachés à notre département.

A cette époque, le Lot-et-Garonne est en zone dite « libre» et « quelques dizaines d'Allemands, chargés de veiller à la bonne application de la convention d'armistice, s'installent à Agen», indique l'historien Jean-Pierre Koscielniak.

L'arrivée

Le 8 novembre 1942, les Américains débarquent en Afrique du Nord. En réaction, les Allemands décident de franchir la ligne de démarcation pour rejoindre le littoral méditerranéen et « sécuriser» le continent. L'opération « Anton» (9 divisions empruntant les vallées du Rhône et de la Garonne) se déroule le 11 novembre et la France est désormais totalement occupée.

Parties de Bordeaux, les troupes qui pénètrent alors à Agen (par la route nationale) ont pour objectif de neutraliser les quartiers militaires, où se trouvent des unités françaises de l'armée d'armistice. Pendant ce temps, d'autres militaires allemands poursuivent leur route, en direction de Toulouse.

« La surprise était totale, se souvient Pierre Thial, qui avait alors 12 ans et dont les parents tenaient un commerce sur le boulevard de la République. Il était 10 heures ou 11 heures, et j'ai entendu ma mère crier : «Les Allemands !» Nous sommes allés à la fenêtre, et avons vu une immense colonne de camions et d'engins motorisés. Ils venaient de Jasmin et allaient vers le Pin. Le convoi avançait très calmement, inexorablement. Nous étions sidérés, on ne s'attendait pas à ça. Les gens étaient vraiment ébahis. Mon père, qui était un ancien Poilu de 14-18, était atterré.»

Maurice Cottenceau (alors camarade de classe de Pierre Thial au lycée Palissy) confirme cette stupéfaction et l'abattement général : « Les gens ne disaient rien, ils étaient résignés. Le traumatisme de la défaite de 1940 était toujours vif dans la population. Nous, on a vu les Allemands vers 14 heures, les voisins nous ont avertis. Ils sont passés devant chez nous, sur le cours Victor-Hugo. Ils allaient porte du Pin pour encercler la caserne Toussaint. C'était une grande colonne motorisée. Pas de tanks mais des camions et des engins semi-chenillés.On n'avait jamais vu ça à Agen.»

La surprise est totale, pour la population comme pour le gouvernement. Le 12 novembre, Vichy publie dans la presse un communiqué laconique indiquant «que les mouvements des unités du Reich se sont effectués selon les plans du haut commandement par les itinéraires qui les conduisaient vers le littoral méditerranéen. C'est ainsi que des passages de convois allemands ont eu lieu à Limoges, Montluçon, à Agen, Lyon, Clermont-Ferrand (…) Aucun incident n'a été signalé dans ces différentes villes».

Sur place, les policiers des Renseignements généraux de La Réole rendent compte par téléphone du passage de la ligne de démarcation le 11 novembre, dès 7 h 30. « Les premières troupes sont passées vers 7h 15, précédées de voitures ambulances, indique un rapport transmis le lendemain au préfet d'Agen, Jean Destarac. Ces troupes comprenaient surtout de l'infanterie transportée par camions et voitures diverses. Pendant ce temps, des trains venant de Bordeaux passaient à intervalle régulier, cependant que des avions survolaient la place, semblant couvrir ces transports de troupes qui se sont succédé durant toute la journée du 11, et la nuit du 11 au 12, et continuent au cours de cette matinée.»

Publié dans Articles de Presse

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