Un maître de vie

Publié le par Le Nouvel Observateur par Jean Lacouture

A-T-ON LE DROIT de se sentir fier d’avoir été proche de certains êtres d’exception quand on n’a pas pris sa part des risques qui leur ont valu le respect de leurs contemporains ? On peut en tout cas témoigner, rappeler par exemple que l’héroïsme ne voue pas à l’isolement.

Un maître de vie

Que celle qui sut arracher à Klaus Barbie son mari Raymond Aubrac tombé aux mains de la Gestapo en même temps que Jean Moulin, son chef de file, était l’être le plus généreusement ouvert aux autres, le plus porté à communiquer, à expliquer, à transmettre.

Ceux qui ont connu Lucie Aubrac peuvent témoigner que ce qu’elle avait accompli face à l’occupant nazi ne lui importait que dans la mesure où l’ancien professeur d’histoire qu’elle était y voyait la matière d’un enseignement, d’une constante communication avec la jeunesse.

D’écoles en collèges et en universités, elle allait, indifférente à l’âge, à la fatigue, dans un grand sourire sous les cheveux blancs, apprendre aux plus jeunes qu’il n’est de défaite que dans la résignation, et d’impossible que ce qu’on n’a pas tenté de surmonter. Elle détestait le mot d’"héroïne", pour peu qu’on lui appliquât. Alors on dira que celle qui vient de nous quitter fut un maître de vie.

Publié dans Articles de Presse

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